Passer de 120 à 130 km/h sur autoroute ?

Depuis le 1er septembre, la vitesse maximale autorisée sur la plupart des autoroutes aux Pays-Bas est passée de 120 à 130 km/h. C'était déjà le cas en France, au Luxembourg et en Allemagne. Serait-il bienvenu de leur emboiter le pas? Entretiens croisés.

Entretien : M.Bs et T.Bo.
Passer de 120 à 130 km/h sur autoroute ?
©Jean Luc Flemal

Oui, sur certains tronçons et avec une signalisation numérique efficace. Objectif : améliorer la fluidité du trafic. Des tests menés aux Pays-Bas ont montré que ce serait sans impact négatif en termes d'accidents ou d'environnement." Une opinion de Danny SMAGGHE, Porte-parole de Touring.

Depuis le changement intervenu aux Pays-Bas, tous les pays qui nous entourent autorisent une vitesse maximale de 130 km/h sur les autoroutes. Etes-vous pour que la Belgique fasse la même chose ?

Oui. Notre principal argument dans ce sens est d'améliorer la circulation et la fluidité du trafic. C'est l'objectif qu'ont réussi à atteindre les Pays-Bas lors des tests d'évaluation qui ont précédé leur décision. Nous défendons donc que certains tronçons des autoroutes belges passent également à 130 km/h dans des conditions météorologiques normales, une vitesse limitée à 110 km/h aux mêmes endroits si la météo est mauvaise. Attention, je le répète, il ne s'agit pas d'un objectif global, il ne faut pas généraliser ce que nous proposons. Comme aux Pays-Bas, la mesure ne s'appliquerait qu'à certains endroits où il est possible de fluidifier les cadences.

Comment seraient choisies les zones en question ?

En fonction du nombre de sorties sur l'axe, du nombre d'accidents qui s'y sont déroulés et du nombre de voitures qui les empruntent. Dans un premier temps, il faudrait installer un système provisoire pour évaluer l'impact réel du changement sur la sécurité routière. Justement, selon l'IBSR, augmenter la vitesse sur les autoroutes reviendrait aussi à faire grimper le nombre de décès lors d'accidents.

Les études réalisées aux Pays-Bas ont clairement montré le contraire. Le passage de 120 à 130 km/h n'a pas gonflé le nombre de victimes. Vous pensez bien que s'il y avait un lien entre les deux, les autres pays frontaliers n'auraient pas tous pris de telles mesures. Aucun impact n'a d'ailleurs été prouvé non plus sur l'environnement.

Sauf que les autoroutes belges ne ressemblent pas aux autres, notamment quant au grand nombre d'entrées et de sorties très proches.

C'est bien pour cela qu'il faut limiter le changement à certains tronçons. Un autre élément important est de mettre sur pied une signalisation numérique efficace et dynamique. Il faut que ce soit très clair pour les usagers.

Autre spécificité belge : un dépassement de 6 % est autorisé avant de verbaliser. Autrement dit, on monte déjà à 127 km/h avant d'être flashé. Un passage à une vitesse autorisée de 130 km/h élargirait donc l'impunité jusqu'à 138 km/h !

Non, parce que nous demandons aussi que les contrôles sanctionnent dès 130 km/h dans les zones concernées. C'est ce que nous avons fait dans les tunnels à Bruxelles. Avant, la limitation de vitesse y était fixée à 50 km/h partout. Ensuite, elle est passée à 70 km/h dans certains tunnels, mais à la condition qu'ils soient strictement contrôlés. Malheureusement, nous remarquons qu'il n'y a pas assez de contrôles. Entre 90 et 95 % des usagers respectent les limitations installées mais il faut sanctionner les cow-boys. Pour que les gens ne prennent pas le risque de dépasser, il faut qu'ils sachent qu'ils risquent d'être pris. C'est bien une compétence fédérale ?

Oui, la vitesse sur les autoroutes ainsi que son contrôle sont la compétence du secrétaire d'Etat à la Mobilité, Melchior Wathelet. Cela dit, si les Régions commencent à discuter, tout deviendra quand même très compliqué. Nous nous sommes toujours opposés à une régionalisation approfondie de la sécurité routière et du Code de la route. Et il y a une tendance dans ce sens avec encore, dernièrement, la régionalisation du permis de conduire. Les Régions ont reçu cette compétence en janvier dernier. Or nous trouvons que ce sujet est fédéral, voire européen ! Enfin, est-il bien raisonnable, alors qu'on manque déjà d'argent pour restaurer le réseau notamment, d'envisager le coût d'une modification des limitations de vitesse ?

C'est pourquoi nous militons aussi pour des modifications du système de taxation : une taxation en fonction des kilomètres parcourus, dont les bénéfices seraient réinvestis sur la route. Non. Cela "coûterait" par an 25 tués et 120 blessés graves supplémentaires à cause des nombreuses entrées et sorties d'autoroute. Mais n'est-ce pas un faux débat, vu qu'il n'y a pas de sanctions en Belgique en dessous de 128 km/h ?

Une opinion de Benoît GODART, Institut belge pour la sécurité routière – IBSR. Pourquoi êtes-vous opposé à porter la vitesse maximale sur autoroute de 120 à 130 km/h ?

L'Institut belge pour la sécurité routière (IBSR) y est opposé pour deux raisons principales. D'abord, la structure de notre réseau autoroutier ne permet pas de rouler à 130 km/h. La Belgique compte de trop nombreuses entrées et sorties d'autoroute proches les unes des autres. Or, les études de l'IBSR montrent que ces endroits sont justement les plus dangereux. En augmentant la vitesse, vous augmenterez dès lors le nombre d'accidents. Deuxième raison : en augmentant la limitation de vitesse à 130 km/h, on augmente la différence de vitesse entre les véhicules les plus lents – comme les camions – et les plus rapides. Plus ce différentiel est haut, plus il est dangereux. Aux Pays-Bas, des études montreraient que le passage de 120 à 130 km/h n'aurait que très peu d'impact. Ce serait donc différent ici ?

Oui. Si on passe de 120 à 130 km/h, le risque d'accidents grandit et cela "coûterait" par an 25 tués et 120 blessés graves supplémentaires sur nos autoroutes. Quelles sont les conclusions avancées par votre étude sur les comportements sur autoroute suite à une semaine de mesures fin 2011 sur 30 sites en Belgique ?

La vitesse sur autoroute est un problème à ne pas négliger. Malgré la limitation à 120 km/h, la vitesse moyenne est déjà très élevée en Belgique et 40 % des conducteurs dépassent les limitations de vitesse dont 15 % qui les dépassent de plus de 10 km/h. La question n'est donc pas "faut-il augmenter la limitation de vitesse ?" mais plutôt "comment faire respecter la limitation de vitesse ?" En termes d'infrastructure, il n'est pas possible, bien sûr, de mettre des casse-vitesse sur les autoroutes. Agissons alors au niveau de l'éducation. D'abord en renforçant la désapprobation sociale. Rouler vite en Belgique est trop souvent perçu comme un élément positif ou valorisant. Exemple : des contrevenants arrêtés pour alcool au volant ne voudront pas apparaître devant une caméra pour une interview au contraire de contrevenants arrêtés pour excès de vitesse. A côté, lançons des campagnes qui montrent que dans notre petite Belgique, rouler à 130 km/h plutôt qu'à 120 n'amène aucun gain de temps significatif pour une prise de risque maximale. Enfin, il faut augmenter la répression, en particulier via les nouveaux radars-tronçons (évaluation de la vitesse moyenne sur un tronçon de route).

Considérez-vous que, vu les enjeux, il y a trop peu de contrôles en Belgique ?

Ces dernières années, le nombre de contrôles sur autoroute a augmenté. Les services de police fournissent de gros efforts mais ce n'est malheureusement pas assez. Il faut savoir que la vitesse moyenne sur les autoroutes en Belgique (avec limitation à 120 km/h) est de 118 km/h alors qu'en France, elle est de 114 km/h… avec une limitation à 130 km/h par temps sec. Pourquoi ? Parce que les conducteurs français ont tellement l'habitude de voir des radars et des contrôles partout, qu'instinctivement, ils lèvent le pied de l'accélérateur. Le problème "typiquement belge" ne réside-t-il pas dans notre tolérance qui permet de dépasser les limitations avant d'être réellement sanctionné ?

Oui, il existe une certaine tolérance technique. En Belgique, 120 km/h est la limitation de vitesse sur autoroute mais les services de police prennent en compte une marge technique de 6 %. Ainsi, en dessous de 128 km/h, vous n'avez pas de risque de vous faire contrôler. A la limite, nous sommes actuellement dans un faux débat. On pourrait dire qu'en Belgique, c'est (presque) le 130 km/h qui est en vigueur.


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