La Libre.be > Actu > Belgique > Article
La Justice à l'écran (4)
Les choix cornéliens de l'avocat
Jean-Baptiste et Bruno Dayez
Mis en ligne le 23/07/2005
L'idéaliste, film de Francis Ford Coppola, daté de 1997, est tiré d'un roman de John Grisham intitulé «The Rainmaker». Il n'y manque aucun des ingrédients classiques du suspense puisqu'il s'agit de l'adaptation d'un best-seller.
Au-delà des aspects fort convenus du scénario, c'est la description du monde du barreau qui donne son originalité à cette oeuvre. La charge contre les avocats est d'une particulière férocité: pratiquer le barreau s'assimile à une lutte pour la survie. Le héros est donc sommé, comme les autres, de «faire la chasse aux ambulances» sous peine de famine. La manière d'être rémunéré apparente ses «chers confrères» aux usuriers, spéculant sur le malheur d'autrui pour se remplir les poches.
La prime va aux plus retors: ce sont les avocats des puissants, à 1000 dollars l'heure, qui ont monté en grade grâce à leur absence de tout scrupule. «Depuis quand êtes-vous un vendu?», assène en pleine réunion Rudy Baylor à son adversaire... sans être convoqué chez son bâtonnier, ce qui est inimaginable sous nos latitudes.
Les avocats sont les premiers à rire des blagues qui les dépeignent en des termes peu flatteurs: «Comment sait-on qu'un avocat ment? Ses lèvres bougent.» Enfin, la décision de Baylor de «rendre la robe» (en fait, les avocats américains plaident en tenue bourgeoise) donne à penser qu'il n'y a d'autre alternative, si l'on a foi en la Justice, que de la déserter.
La ligne
Le monologue final est à cet égard édifiant: «Tout avocat, une fois par affaire, sent qu'il franchit une ligne contre son gré. Si on la franchit trop souvent, elle s'efface à jamais et on devient une caricature d'avocat. Un requin de plus en eaux troubles.»
Sans partager une vue aussi pessimiste des choses, force est de reconnaitre que les dilemmes dans lesquels s'enferre Baylor sont réels: comment gagner sa vie en rendant service si ce n'est sur le dos des justiciables? Comment atteindre à la notoriété, gage de subsistance, sans piétiner ses concurrents? L'idéalisme est-il de mise dans une profession où la valeur de vérité est relative, notamment au hasard de ceux qui vous consultent? Quel avocat peut-il, en effet, se vanter d'avoir le choix de ses causes?
Ainsi, par compromissions successives, ne finit-on pas par «effacer la ligne» et perdre son âme? Le moindre paradoxe n'est pas que le renoncement de Baylor à poursuivre sa carrière se décide après qu'il a fait triompher une cause juste.
Les faits opposent un cinglant démenti à la noirceur de son verdict: c'est par son intermédiaire que la Justice a trouvé son incarnation dans le cas qu'il avait en charge. Le titre anglais du livre contrebalance en quelque sorte sa traduction: l'idéaliste n'est-il pas condamné à l'inaction, tandis que l'avocat se transforme en «faiseur de pluie» s'il consent à abdiquer une part, une part seulement, de ses scrupules au profit de l'efficacité.
Lorsque celle-ci est mise au service de causes qui en valent la peine, le strict respect de la légalité ne pourrait-il s'accommoder de quelques entorses?
Le même thème, à bien y regarder, est illustré par le déroulement du procès. On y voit le héros sans cesse freiné dans sa progression par des obstacles de procédure que son contradicteur, malin singe rôdé à toutes les astuces, lui lance comme autant de peaux de banane! D' «objection, Votre Honneur» en «preuves irrecevables», le but de l'avocat de l'assurance (John Voight) est de paralyser l'oeuvre de Justice par une application vétilleuse du prescrit légal.
Où le spectateur se rend compte à quel point le formalisme du droit fait barrage à la vérité. Heureusement pour Baylor, c'est un jury qui juge de sa cause, soit douze profanes que les arguties juridiques laissent de marbre et qui sont exclusivement préoccupés de découvrir qui a raison.
© La Libre Belgique 2005
10mn28 pour gravir l’Empire...
Barack Obama teste une arme redoutable
Parodie: Sarkozy face à la crise
Charles et Camilla fêtent Dickens