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Face au Belang, le silence du SP.A

V.d.W.

Mis en ligne le 16/05/2006

Personne n'a «la» solution pour éradiquer l'extrême droite. Mais la tiédeur de certaines réactions politiques ne manque pas de surprendre.

Rien n'est plus désagréable, pour un francophone, de subir les discours hautains de certains Flamands qui expliquent comment il faut s'y prendre pour éradiquer le chômage wallon. Rien n'est plus horripilant d'entendre les ténors du Nord répéter que le retard économique de la Wallonie empêche les riches Flamands d'être encore plus riches. Gardons-nous donc de donner des leçons aux Flamands et de leur dire comment vaincre l'extrême droite. Personne n'a «la» solution.

Cette retenue ne doit cependant pas nous empêcher d'être surpris, le mot est faible, par les réactions plus que mitigées, voire ambigües de certains hommes politiques flamands après le triple drame anversois de jeudi dernier. Un exemple: les propos plus que mesurés du président des socialistes flamands, Johan Vande Lanotte.

Pour lui, l'extrême droite sème les racines de la haine mais elle n'est pas, dit-il, responsable des cas individuels de violence extrême. Et il serait plus important, aujourd'hui, de bien faire la distinction entre les socialistes et les libéraux plutôt que de faire front, ensemble, contre le Blok.

Sur un point, Vande Lanotte n'a pas tort. En gommant les aspérités de leurs programmes, les partis n'affichent plus assez clairement leurs différences. Et parfois, pour contester les partis traditionnels, l'électeur n'a, croit-il, comme seule solution que le vote extrême, celui de droite en particulier.

Vande Lanotte a laissé au parti Spirit, son allié, le soin de critiquer le Belang. Mais lui, tient des propos nuancés. L'heure est au recueillement. D'accord. Mais après. Que fait-on? Rien? Comment expliquer cette frilosité à l'égard du Belang, l'impossibilité qu'ils ont à affronter, de face, ces ennemis? Tentons 3 explications.

1. Plusieurs études démontrent que les nouveaux électeurs du Belang sont des déçus du socialisme. Pour tenter de récupérer ces brebis égarées, le SP.A refuse de stigmatiser le Belang: il faut essayer, parait-il, de comprendre les électeurs. Et pourquoi ne les culpabiliserait-on pas? Parce qu'ils ne savent pas pour qui ils votent? Faux: le Belang a été condamné pour racisme. Pourquoi ne pas dire, au contraire que le vote pour le Belang est un vote honteux, malsain, dangereux?

2. Le SP.A considère que l'heure n'est pas à la polémique. Que la meilleure réplique, c'est le silence, que plus on parle du Belang, plus on lui fait de la publicité. Mais pendant ce temps-là, le Belang ne se tait pas, il est à l'oeuvre partout, tout le temps. Se taire, c'est accepter que ce parti dicte l'agenda, répande ses contrevérités mensongères.

3. Que le Vlaams Belang soit l'ennemi des autres partis, personne n'en doute. Mais la condamnation n'est jamais totale et sans appel. Car le Belang pousse les autres formations à radicaliser leur discours en matière institutionnelle. Quelque part, ils sont sur la même longueur d'onde pour réclamer plus d'autonomie flamande.

Une remarque pour terminer. Pour se dispenser de toute autocritique, certains hommes politiques flamands en viennent à espérer que l'extrême droite francophone fasse une percée le 8 octobre, à Charleroi, par exemple. C'est révoltant: il faut être tombé bien bas pour souhaiter le pire à ceux qui demeurent, malgré tout, des alliés.

© La Libre Belgique 2006

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