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Accrocher les jeunes Roms
Annick Hovine
Mis en ligne le 20/11/2006
Depuis janvier 2006, près de mille enfants de nationalité étrangère, découverts seuls sur le territoire, ont été pris en charge dans des centres spécialisés. Ces mineurs étrangers non accompagnés (Mena), sans parents et sans repères dans un pays qu'ils ne connaissent pas, sont particulièrement vulnérables. Toute autorité qui a connaissance de la présence d'un jeune étranger qui parait non accompagné (qu'il soit ou non demandeur d'asile) doit immédiatement en aviser le Service des tutelles des Mena. Pour éviter que ces enfants tombent entre les mains d'individus peu recommandables.
Premier accueil
Dans un premier temps, ces jeunes sont envoyés dans un centre d'observation et d'orientation (COO), chargé de la première phase d'accueil. Il en existe deux (à Steenokkerzeel et à Neder-over-Hembeek). Ces centres gérés par Fedasil (Agence fédérale pour l'accueil des demandeurs d'asile) peuvent chacun héberger 50 jeunes pour 15 jours, avant de les aiguiller vers une structure d'accueil de plus longue durée.
Ces mineurs, pas tous primo-arrivants, vivent parfois depuis plusieurs années en Belgique; la moitié quitte le centre dans les premières heures, voire les premières minutes... Il s'agit en majorité de jeunes Roms. "Ils repartent dès que les policiers ont tourné les talons. Certains sont très jeunes, 8 ou 9 ans. Ils ont été interpelés lors d'un contrôle d'identité, dans le bus, après des petits vols...", témoigne Isabelle Plumat, directrice du COO de Neder-over-Hembeek. "Souvent, on les revoit à plusieurs reprises. Ils repartent encore, après avoir pris un repas et une douche." Parfois au milieu de la nuit...
Ce passage éclair ne permet pas de détecter ceux qui sont dans une situation d'extrême vulnérabilité, victimes possibles d'exploitation économique ou sexuelle. "On avait l'impression de ne rien pouvoir faire".
Méfiance enracinée
Cause principale de ce départ quasi immédiat : la méfiance enracinée de la communauté rom envers les structures institutionnelles. "On s'échine à leur dire qu'on n'est pas la police, ni la justice. Mais ils arrivent menottés et encadrés par des policiers. Ils ont du mal à faire la différence..."
Sans compter les problèmes de langue : le personnel des COO se trouve régulièrement dans l'impossibilité de donner aux enfants roms une information exacte sur les raisons de leur transfert vers le centre. Résultat : un refus total de coopérer.
Alerté de la difficulté d'"accrochage" des enfants roms, le ministre de l'Intégration sociale, Christian Dupont (PS), a décidé d'initier un projet d'accompagnement spécifique. L'ASBL Foyer, qui a une longue expérience avec des personnes d'origine rom, a été associée au projet. Première initiative : la mise sur pied d'une équipe de médiateurs issus des différentes communautés roms (de Roumanie, de Slovaquie...). Le médiateur pourra établir une relation de confiance avec le jeune Rom et lui assurer une information correcte. Si le jeune est domicilié en Belgique, le médiateur pourra l'accompagner jusqu'à son foyer. Un bon moyen d'entrer en contact avec la famille et d'identifier s'il y a ou non une autorité parentale. Deux : la réalisation d'une vidéo. Les médiateurs ne pourront pas toujours être disponibles au moment précis où un jeune arrive au centre. D'où l'idée d'enregistrer une vidéo, dans les différentes langues roms, pour donner des premières informations au Mena. Un subside de 25 000 euros a été accordé à l'ASBL Foyer par le Fonds d'impulsion à la politique des immigrés pour 2006. Le projet sera évalué une première fois en avril prochain.
© La Libre Belgique 2006
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