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Finances belges

Qui paye ses dettes...

Francis Van de Woestyne

Mis en ligne le 18/05/2007

La situation financière de la Belgique n'est certainement pas la plus mauvaise d'Europe. Mais pour équilibrer recettes et dépenses, le gouvernement a multiplié les opérations "one shot". Qui payera les dramatiques conséquences de ce façadisme budgétaire ? Les suivants...

Analyse

Un des plus brillants ? Certainement. Un des plus ironiques ? Oh que oui. Un des plus prometteurs ? Il l'a prouvé. Un des plus cyniques ? Malheureusement...

Le ministre des Finances, Didier Reynders, occupe une place incontournable dans le paysage politique belge. Pivot de la politique fédérale depuis de nombreuses années, d'abord dans l'opposition puis au sein des gouvernements Verhofstadt qu'il a marqués au fer bleu, il a réussi à se faire aduler et détester.

S'il y en a bien un qui déchaine les passions, c'est lui. Un peu à l'image, toutes proportions gardées bien sûr, de son diable d'ami, Nicolas Sarkozy. Une comparaison qu'il a-dore : le président français n'a-t-il pas préfacé sa dernière biographie ? Et diriger son pays, Reynders doit y penser beaucoup et "pas seulement en se rasant"... Lui manque peut-être un charisme réel, inné, évident : comme cela doit lui faire mal que, parmi les premiers ministrables, Louis Michel, malgré son exil européen, arrive toujours devant lui. Mais pour reprendre la comparaison avec le modèle français, Sarkozy, on dira que Reynders a cette patience et cette certitude qui lui donnent l'assurance des vrais ambitieux. Et il sait bien qu'entre un vice-Premier ministre et un Premier ministre, le chemin n'est plus très long.

Sa principale difficulté est d'évoluer au sein de majorités plurielles qui l'empêchent de concrétiser toutes ses idées. Voyons donc celles qu'il a pu concrétiser et de quelle manière.

1 Les acquis de Didier Reynders. Le mouvement avait été lancé lors du gouvernement arc-en-ciel, il a été concrétisé lors du gouvernement violet. La réforme fiscale de l'impôt des personnes physiques est entrée en vigueur en plusieurs étapes. Et à présent, c'est fait : la charge fiscale a été allégée, parfois de manière importante, et ce, quelque que soit le statut des contribuables. On peut estimer qu'elle a cou très cher, cette réforme, que l'argent aurait pu être consacré à d'autres politiques, voire à une accélération du désendettement de la Belgique, certes. L'opposition le rappelle souvent. Mais au moins, dans ce domaine-ci, les promesses ont été tenues. Pareil pour l'impôt des sociétés, dont le taux a été fortement réduit au cours de cette législature, grâce, surtout, à l'entrée en vigueur des intérêts notionnels, qui permettent aux entreprises de valoriser leurs fonds propres, rendant ainsi notre pays un peu plus attractif pour les investisseurs belges et étrangers. Ici encore, plusieurs experts estiment que le cout des intérêts notionnels dépassera très largement l'estimation du gouvernement. C'est tant mieux pour les sociétés. C'est tant pis pour le budget de l'Etat qui, on le verra, n'est peut-être pas aussi merveilleux que les chiffres le laissent supposer.

Ces réformes, il a fallu toute la pugnacité d'un Didier Reynders pour les mener à bien, malgré des oppositions tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du gouvernement. Mais toutes ces réformes ont un prix, qui a souvent été sous-évalué. Car il en est ainsi des principales mesures prises aux Finances : oui, elles étaient nécessaires, mais leur application a parfois été problématique. Que dire de la Déclaration libératoire unique (DLU). Dès lors qu'on en accepte le principe, comment ne pas saluer les retombées économiques que cette manne financière entraine en Belgique. Mais le bénéfice pour l'Etat (498 millions d'euros en 2004) a quand même été bien inférieur aux espoirs que le ministre avait placés dans ce qu'il faut bien appeler une amnistie fiscale.

2 Les contre-performances de Didier Reynders.

La politique menée aux Finances a laissé comme un malaise, principalement au niveau de la gestion du Budget de l'Etat, une responsabilité que Didier Reynders a partagée avec les deux ministres du Budget, Johan Vande Lanotte puis Freya Van den Bossche. Certes, l'équilibre budgétaire a été assuré pendant sept années consécutives, alors que la plupart des pays européens sont toujours loin d'équilibrer leurs comptes. Mais que de trucs chez les Belges... Tout budget a toujours renfermé sa dose d'opérations "one shot". Mais il faut dire que le tandem Reynders-Vande Lanotte est passé maitre dans l'art d'anticiper les recettes et de reporter sur les générations futures le poids des choix budgétaires destinés à embellir la situation de l'année en cours.

On citera, en exemple, la reprise de plusieurs fonds de pension (Belgacom) et surtout les ventes massives de bâtiments publics belges qui ont atteint, ces dernières années, des montants records (de 195 millions en 2003 à 953 millions d'euros en 2006). Ces "sale and lease back" ont effectivement pour conséquence immédiate d'améliorer les comptes, de réduire les déficits et elles permettent souvent à des fonctionnaires d'être enfin logés dans des conditions décentes... Mais, revers de la médaille, l'Etat se voit contraint de supporter à l'avenir des loyers importants. Au début, le gouvernement a justifié ces opérations non récurrentes par la faible croissance économique : plutôt que renoncer à la réforme fiscale ou au lieu de réduire des prestations sociales, le gouvernement a préféré la vente des bijoux de famille. Mais ce façadisme budgétaire a été poursuivi lorsque l'économie s'est redressée.

Il faut encore noter que la structure de l'équilibre budgétaire est fragile car le solde primaire, c'est-à-dire la différence entre recettes et dépenses hors charges d'intérêt, est tombé, en quelques années, de 6 à moins de 4 pc. Et tous les spécialistes affirment que pour réduire drastiquement l'endettement de la Belgique, la norme de 6 pc de solde primaire doit absolument être maintenue. La dette est égale à 87 pc du Produit intérieur brut. Elle décroit, mais pas assez vite.

On citera encore, parmi les problèmes épinglés aux finances, cette incroyable erreur de calcul qui fit gonfler les recettes fiscales de l'ordre de 883 millions d'euros. Le ministre n'en est pas directement responsable. Sauf que, et c'est là une autre faiblesse souvent dénoncée par l'opposition, cette monumentale erreur est peut-être la conséquence d'une gestion disons très lâche, très lointaine, d'un département qui s'est senti un peu abandonné par son ministre.

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