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Un silence qui encourage la radicalisation ou la peur

jean-claude matgen

Mis en ligne le 20/09/2007

Le professeur François Heynderickx (ULB) analyse les réactions de l'opinion du Nord et du Sud du pays. Et relève de grandes différences de perception.

ENTRETIEN

Un récent sondage publié dans "Het Laastste Nieuws" montre une radicalisation de l'opinion publique flamande, dont une minorité importante défend désormais l'idée d'une séparation. En même temps, de plus en plus de francophones se mobilisent en faveur d'une Belgique unitaire.

François Heynderickx, vous êtes professeur à l'ULB. Comment interprétez-vous ce double "mouvement" ?

Que l'opinion publique flamande et l'opinion francophone perçoivent différemment la situation politique n'est pas en soi surprenant. Ce qu'il faut remarquer, c'est que le caractère extrêmement discret de l'actuelle phase de négociations, qui marque une rupture brutale avec la phase précédente, laquelle s'apparentait à un grand déballage quotidien, est de nature à modifier la perception des électeurs et à encourager leur radicalisation.

On peut interpréter les résultats du sondage du "Laastste Nieuws" à cette aune. L'opinion publique est désormais placée dans une ambiance de rentrée, elle nourrit des projets pour l'automne et l'hiver et la voici confrontée à une vacance du pouvoir, à une absence de nouvelles, à un silence assourdissant.

Cela peut provoquer un basculement. Cette impression qu'ont de plus en plus de personnes d'une sorte de pourrissement de la négociation peut encourager une réaction de raidissement.

On a beau leur dire que ce n'est pas la première fois dans l'histoire de la Belgique qu'un tel cas de figure se présente, on a beau invoquer la mémoire historique, de nombreux électeurs ne croient plus vraiment un compromis possible et l'orange bleue ne peut faire vivre son modèle que si elle donne rapidement des signaux tangibles d'une évolution vers un tel compromis.

A défaut, il sera facile, notamment aux partis extrémistes, d'échauffer les esprits. On peut, en effet, raisonnablement se demander si la longueur des négociations et le silence qui les entoure ne servent pas les thèses extrêmes. Ils rendent en tout cas, selon moi, l'opinion de plus en plus perméable à l'idée que des choses inédites peuvent se produire, qu'une rupture est envisageable sinon souhaitable.

On voit toutefois un nombre de plus en plus grand de citoyens francophones sortir le drapeau belge et le hisser sur les balcons de leurs immeubles. Comment interpréter ce geste ?

Le mouvement me parait demeurer très marginal. On voit davantage de drapeaux le 21 juillet ou le 11 novembre qu'en ce moment et il ne s'agit pas, loin s'en faut, d'une lame de fond, d'un retour en force de l'esprit de belgitude.

Je crois que cette réaction illustre surtout l'incertitude qui règne du côté francophone. De longue date, les Flamands peuvent se raccrocher à un projet, ce qui les encourage à accepter l'idée d'une séparation. Selon beaucoup d'entre eux, il s'agirait d'un glissement naturel, d'une bonne nouvelle en quelque sorte car le projet flamand évoque une Flandre plus forte seule que flanquée de la Wallonie.

Du côté francophone, au contraire, si le modèle belge tombe en panne, c'est la porte ouverte aux pires catastrophes. Le concept de nation, dans le Sud du pays, est marginal, peu construit, peu porteur. On n'envisage la séparation que comme une chose effrayante, toutes les alternatives paraissent annoncer un avenir noir. La Wallonie deviendrait plus pauvre, Bruxelles ne s'en tirerait pas...

Si la Belgique devait disparaitre, il n'y aurait pas d'échappatoire, pas d'espoir possible, pense une large frange de l'opinion dans le Sud du pays, et ce ne sont pas les scénarios présentés par les médias qui la feront changer d'avis.

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