La Libre.be > Actu > Belgique > Article
Politique - négociations
Moureaux : cessons ces chamailleries !
Francis Van de Woestyne et Martin Buxant
Mis en ligne le 24/01/2008
entretien
Philippe Moureaux, vice-président du PS et membre de l'Octopus, livre son analyse de la situation politique.
Vous plaidez maintenant pour une réforme qui stabilise le pays. Mais les Flamands sont-ils réellement dans un processus de négociation ? Dès qu'un francophone met sur la table une proposition originale - recensement dans la périphérie bruxelloise -, c'est l'émeute...
Je pense qu'il y a une lente évolution. Mais c'est vrai que dès qu'un francophone parle un peu haut, c'est un bandit alors qu'eux tiennent ce genre de langage depuis des mois... je pense aussi qu' Yves Leterme et le CD & V ont ouvert le jeu. Ils se rendent compte que pour négocier, il faut de parfois se mettre à la place de l'autre.
Mais pensez-vous qu'on pourra discuter de tout à l'Octopus ?
L'essentiel du travail se fera en petits groupes, en coulisses. L'approche plus discrète est plus productive. Il y a aussi des connexions entre les générations : M. Dehaene et moi nous nous voyons et ça ne se retrouve pas en, première page.
Quels sont les transferts de compétence que vous seriez prêt à accepter ? Les allocations familiales ?
Il n'était pas question pour moi que les Wallons et les Bruxellois aient moins qu'avant. Maintenant, si dans une Région on veut donner un peu pour le premier enfant, personnellement, je ne trouverais ça choquant. La Flandre qui a un grand besoin de démographie et d'enfants pourrait favoriser le premier né, et dans d'autres endroits, avec de plus grandes familles, on pourrait procéder autrement.
Etes-vous d'accord avec le raisonnement flamand qui est de dire : "Nous avons des besoins différents, donc donnez-nous les leviers pour mettre en oeuvre nos politiques." ?
C'est du blabla. Le point de départ de leurs revendications est terriblement symbolique et identitaire. Ensuite, ils essayent de rationaliser. Sur ce plan-là, ils ont de moins en moins raison vu le redressement de Bruxelles et de la Wallonie. Je ne pense pas que les Flamands aiment constater que ça évolue bien en Wallonie... c'est plus facile pour eux de ne voir que des culs-terreux, des paresseux...
Puisque les Wallons et les Bruxellois vont mieux, ils ne doivent pas craindre de nouvelles compétences...
Non. Mais la Wallonie aura encore pendant des années à porter le poids de la désindustrialisation; Bruxelles crée de la richesse mais pas pour ses habitants, et la Flandre est au sommet. Donc, la solidarité va essentiellement dans le même sens. Mais les Flamands jurent ne pas vouloir toucher à la solidarité. Prenons-les au mot. Et demandons-leur ce qu'ils pensent pouvoir faire bouger en maintenant intégralement la solidarité.
Un des noeuds de la discussion sera Bruxelles. Que pensez-vous de l'idée de communauté urbaine ?On se trompe de sujet. C'est une idée intéressante, mais elle ne résoud aucun des problèmes que les francophones mettent sur la table. Nous avons deux problèmes : nous voulons l'élargissement de Bruxelles pour créer un lien géographique avec la Wallonie : on se sait jamais, en cas de scission de pays. Nous exagérons peut-être le danger mais en tout cas, nous l'avons intégré. Et puis, il y a le respect des personnes. La Communauté urbaine, si elle est bien pensée, bien équilibrée, si elle n'est pas trop large et si elle ne vise pas à cogérer Bruxelles est une idée intéressante. Mais les Flamands se trompent s'ils croient que c'est avec cela que nous accepterons de scinder BHV.
A quel stade les négociations doivent-elles aboutir le 23 mars ?
Ma philosophie est simple : pour démontrer qu'on marche, il faut marcher... Pas nécessairement courir, mais marcher. Pendant six mois, on n'a pas marché... J'espère qu'on pourra créer un nouveau gouvernement en ayant avancé sur le plan institutionnel de manière significative et pas seulement avec des belles paroles. Guy Verhofstadt est un homme de parole, je pense qu'il s'en ira. Sauf séisme.
Etes-vous favorable à la circonscription fédérale ?
Je ne suis pas convaincu. Si elle est paritaire, c'est envisageable. Sans cela, il y aura quelques grandes vedettes francophones et puis, que des élus flamands. Les Flamands pourraient même avoir les 2/3 au Parlement...
Et le jumelage des scrutins régional et fédéral ?
Cela va à l'encontre du fédéralisme. Mais je m'y suis fait. On vit tellement avec cette peur de l'élection suivante. Je le regrette. C'est un manque de maturité.
Les francophones se distinguent souvent par leur désunion...
Des chamailleries ! Les réunions francophones se déroulent de manière plus apaisée. Cela dit, même si je suis un peu embêté de le dire, il y a le MR qui... Qu'il utilise une fois l'expression "cartel PS-CDH", voilà, bon... Mais la dernière interview de Didier Reynders était à la limite de l'injure à l'égard de Joëlle Milquet. Qu'il ne l'aime pas, c'est son droit. Mais c'est un acteur important. Il faut avoir du respect.
Il en manque ?
Il y a une contradiction chez M. Reynders. Il veut être Premier ministre : croit-il qu'il pourra l'être sans le PS et sans le CDH, uniquement avec ses amis écolos ?
Le dernier week end, les socialistes ont renvoyé les noms d'oiseaux à Didier Reynders...
(levant les bras au ciel)... On fait de la politique : on ne peut pas tout le temps se laisser faire. On est déjà, nous socialistes, l'objet d'attaques permanentes sur tout et sur rien. Regardez les attaques contre Anne-Marie Lizin par rapport au dossier de Jacques Vandenhaute, bourgmestre de Woluwe-saint-Pierre. Le dossier de Madame Lizin est nourri par des accusations : il n'y a aucune preuve, rien. Monsieur Vandenhaute a été condamné, il injurie ses juges de même que ceux qui ont lancé des accusations qui ont été déclarées fondées. Imaginez un bourgmestre socialiste, sanctionné comme M. Vandenhaute, qui expliquerait que la justice administrative est composée de gens scandaleux. Vous imaginez cela ? Il dit exactement ce que l'on a reproché à certaines personnes de Charleroi, à savoir que le suffrage universel est plus important que la justice. Avez-vous entendu M. Reynders le condamner ?
Mme Lizin n'a rien à se reprocher ?
Je ne dis pas que Mme Lizin est la diplomatie incarnée et qu'elle est toujours très habile... Mais il n'y a rien de prouvé, et l'affaire est relativement vénielle.
PS et MR passent leur temps à se disputer... Un sport ?
Je voudrais bien que cela cesse. Moi, je n'en ai vraiment rien à en faire. Vu le dossier communautaire délicat, les francophones devraient garder leur sang-froid. On a des divergences idéologiques, mais il faut aller à l'essentiel.
Onkelinx: "On ne jette des...
Cannes 2012 : Brad Pitt fait son...
Il survit à un plongeon dans les...
Brad Pitt : 'Aucune date de mariage'