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Accord gouvernemental

Un front bruxellois élargi

Christian Laporte

Mis en ligne le 19/03/2008

La société civile bruxelloise interpelle déjà le futur gouvernement Leterme. Les patrons et les syndicats rejoignent à leur tour les mouvements citoyens. Ils veulent trois régions, "adultes, solidaires et responsables".

Alors que l'encre de l'accord gouvernemental fédéral n'est pas encore sèche, l'équipe Leterme Ier est déjà interpelée très concrètement sur... le deuxième paquet de la réforme institutionnelle. En effet, mardi midi, les promoteurs de l'Appel des Bruxellois issus de la société civile ont présenté une plate-forme qui pose sans équivoque que "Bruxelles doit pouvoir évoluer au profit de tous ses citoyens". En clair : "Bruxelles doit être une région à part entière dans une Belgique rénovée basée sur trois régions adultes, solidaires et responsables".

Particularité de ce message : alors que les initiatives antérieures de Manifesto, d'Aula Magna et de bruXsel forum bénéficiaient déjà de l'appui individuel d'une belle brochette de décideurs et d'intellectuels de la région centrale, voici que le Beci, soit l'Union des entreprises de Bruxelles et la Chambre de commerce mais aussi la FGTB-Bruxelles et la CSC-Bruxelles se joignent en tant que tels à leur démarche. Ajoutons-y Inter-Environnement Bruxelles et son pendant néerlandophone, le Brusselse raad voor het leefmilieu ainsi que le Réseau des arts et son alter ego le Brussels Kunstenoverleg et on aura compris que la société civile de la capitale se fédère toujours un peu plus autour d'Alain Deneef, Alain Maskens et Yvan Vandenbergh.

Précision : "il va de soi que tous les sujets qui interpellent la société multiculturelle bruxelloise n'ont pu être abordés. Cette plate-forme n'est donc pas un aboutissement mais un point de départ" mais ajoute Alain Deneef "elle s'inscrit de toute évidence dans l'actualité ou l'histoire récente de ces neuf derniers mois : les (non) évolutions politiques ont sans conteste renforcé sinon cimenté le mouvement des citoyens bruxellois".

Carte d'identité bilingue

D'où douze propositions concrètes qui devraient interpeler les futurs négociateurs communautaires : la plate-forme réclame ainsi "une forte solidarité entre les personnes et entre les Régions" car si "Bruxelles est la 3e région d'Europe pour le PIB, un tiers de sa population est sous le seuil de pauvreté". Cela nécessite aussi "un juste financement car la région ne reçoit pas ce qu'elle devrait pour son rôle de moteur économique du pays".

La plate-forme demande aussi "une gestion plus cohérente de la Cité", entendez "une répartition plus cohérente et plus efficace des compétences entre la Région et les 19 communes".

La société civile bruxelloise demande aussi "un vrai projet culturel pour Bruxelles". Un projet "ouvert sur une société cosmopolite où se côtoient des habitants de langues et de communautés différentes". En même temps "il faut maintenir le statut fédéral des institutions culturelles et des établissements scientifiques".

"Bruxelles doit aussi", poursuit la plate-forme "être une ville plus ouverte et plus internationale" ce qui devrait se traduire par "le multilinguisme des services". Une ville-région qui pourrait aussi permettre à ses habitants de demander une carte d'identité bilingue alors qu'aujourd'hui, on est forcé de choisir une sous-nationalité.

Enfin, la plate-forme rappelle encore la nécessité d'"un environnement activement protégé" et d'"une simplification des institutions". Dans la voie d'une vraie troisième région qui nécessite aussi "l'octroi de l'autonomie constitutive"...

Lire le texte complet sur www.bruxsel.org. Renseignements : platformbru@bruxsel.org

Savoir Plus

Qui disait donc que les gens de la Capitale étaient des "dikkeneks" toujours prompts à s'autoféliciter parce qu'il ne serait bon bec que de Bruxelles ? Philippe Van Muylder, le secrétaire général de la FGTB -Bruxelles a rappelé en toute modestie que l'idée de fédérer les forces vives de la région a déjà porté ses fruits ailleurs. Notamment à Liège où quand il y a une lourde menace pour l'emploi, l'on voit monter à la tribune tout qui compte, le recteur de l'Université inclus. On n'en est pas encore là pour la Plate-forme de la société civile bruxelloise mais les promoteurs de l'initiative ne désespèrent pas d'accrocher à leur wagon les responsables de tous les réseaux d'enseignement, du fondamental aux Hautes écoles et aux universités. Non pas pour démolir systématiquement ce qui existe "parce qu'on a beaucoup à apprendre de ce qui se fait de bien dans les Communautés française et flamande" comme l'a souligné Myriam Gérard, la secrétaire régionale de la CSC. "En fait, il faut inverser la tendance pernicieuse du système d'enseignement en vigueur qui creuse les inégalités et crée des écoles ghettos". Et tous les intervenants de souligner l'importance de l'apprentissage des langues dans un environnement plus multiculturel que jamais.

En même temps, "Bruxelles doit pouvoir développer des pédagogies adaptées aux réalités sociologiques"... Reste à voir les réactions du monde politique. Pour Philippe Van Muylder, "la prochaine législature bruxelloise doit être celle de l'enseignement". Mais quid des limites de la région bruxelloise ? La question-piège d'un confrère flamand n'a pas désarçonné les responsables de la plate-forme : pour Alain Deneef, "le bon sens passe par une communauté urbaine qui impliquerait des communes francophones comme néerlandophones". Et Alain Maskens d'ajouter que "si on ne touchera pas à la frontière linguistique, il n'est pas interdit de déplacer les frontières régionales"...

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