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Accord gouvernemental

Voyage au bout de la nuit

francis van de woestyne et martin buxant

Mis en ligne le 19/03/2008

21h de négociation, montre en main, et Yves Leterme a décroché un accord pour sa coalition gouvernementale. Tensions, prises de bec et... sommeil ont émaillé la nuit. Une fois n'est pas coutume, les libéraux ont ferraillé contre le PS et le CDH.
  • Leterme à propos de son futur rôle de 1er ministre
  • Milquet à propos de l'accord
  • Milquet à propos du pouvoir d'achat
  • Reynders à propos de l'accord

Récit

Mardi 16 heures 02. Les présidents des partis entrent dans la salle internationale de la Chambre, où les attendent une nuée de journalistes et de caméramans. Point commun aux présidents : ils sont tous blancs, blafards, épuisés par une nuit de négociation. Suit Yves Leterme, même mine. L'homme rend hommage aux autres négociateurs et... à Guy Verhofstadt. Il explique les deux principes de son programme : vérité et prudence. Puis détaille les grandes lignes de l'accord. Pour l'enthousiasme, il faudra revenir un autre jour. La fatigue ? Pas seulement hélas. Manque toujours une dose de panache, un brin d'audace, une louche de charisme. Cela viendra peut-être avec le temps. Il survole la note, passe la parole aux autres. Tous contents. Prosac ? Non. Condamnés à s'entendre.

Question : qu'est-ce qu'Yves Leterme espère à présent : "Je suis impatient de retrouver mon lit...". Hum, hum... Plus sérieux, il promet : "Je veux être le Premier ministre de tous les Belges. Mon parcours n'a pas été sans erreurs mais je veux être au service de tous les citoyens". Photos de famille. Sourires. Figés. Crispés.

Retour quelques heures en arrière, lundi soir, il doit être 21h30. "J'ai un accord : nous tenons un bon compromis", annonce Philippe Moureaux aux camarades. Le vétéran socialiste a ferraillé pendant plus d'une dizaine d'heures, en marge des négociations menées par Yves Leterme, au sein d'un groupe dédié à la problématique de l'asile et de l'immigration. Il y a là, outre Moureaux, Patrick Dewael, Charles Michel, Benoit Drèze et Jo Vandeurzen.

Le fanion "optimisme" est hissé chez les négociateurs. Mais pas pour longtemps. Car Moureaux se fait remballer par les libéraux qui refusent l'accord "asile", le jugeant "trop détaillé". Un libéral : "Ce n'était plus du tout en concordance avec le reste du texte de l'accord de gouvernement". Au vrai, les libéraux (flamands, surtout) veulent des "avancées" sur les normes de libérations conditionnelles, le travail, le droit des jeunes, la migration économique, le travail intérimaire dans la fonction publique, avant d'acter le chapitre "asile".

Là, Moureaux entre dans une colère noire, fustigeant une mauvaise méthode de travail et "un manque de respect pour le travail accompli". "Il était furieux", rapporte-t-on dans son propre camp.

L'ambiance est détestable, Leterme sent poindre la tempête. Il s'enferme avec les cinq présidents de partis pour calmer les esprits. À tout prix, il veut éviter de convoquer une séance plénière, il sait qu'à quinze autour d'une table - leçon de Val Duchesse ? - les chances d'aboutir sont minces. "Il a tenu le coup physiquement, il a mis des propositions de compromis sur la table ", relève un participant de ce pow-wow nocturne. "Était-il dopé ?", plaisante un autre. Leterme utilise la "technique de l'entonnoir" en resserrant au fur et à mesure autour des problèmes qui crispent le plus. Et là, admet-on (à gauche, à droite, au centre), le fait que PS cède du terrain sur la problématique des peines de prison semi-incompressibles a pas mal contribué à détendre l'atmosphère. Les libéraux apprécient le geste.

3 heures du mat'. Des apartés par famille politique ont lieu, MR et Open VLD ne se quittent pas. Charles Michel, comme son père à l'époque, commande des frites. Côté socialiste, humaniste et démocrate-chrétien, on penche pour des pizzas. Leterme tourne de groupe en groupe. Au CDH, on dit : "Joëlle a bien aidé Yves à réaliser la synthèse, elle a été une médiatrice incroyable cette nuit". Version MR : "Milquet a pinaillé comme d'habitude. Elle ne laissait tomber que quand le PS lui disait de laisser tomber". Et VLD : "Force est de constater que PS et CDH se réunissaient toujours ensemble".

Temps mort, certains somnolent vaguement dans les fauteuils du cabinet Leterme. Didier Reynders s'efface pendant un bon moment : retraite stratégique ou besoin de sommeil ?

La nuit s'achève. Une session plénière est convoquée. A la porte du cabinet, les journalistes voient les croissants arriver à la fine pointe de l'aube. Miam, miam.

6h 20min, Leterme et son "club des cinq" débarquent et annoncent un accord tandis que les "sherpas" relisent une xième version du texte approuvé. "Certains étaient tellement fatigués qu'on aurait pu leur faire endosser un texte écrit à l'envers", s'amuse l'un d'eux.

Les francophones se retrouvent pour "Matin Première" à la RTBF. Joëlle Milquet : "Cet accord reprend 90 pc du programme du CDH". Didier Reynders : "C'est un bon programme pour travailler dans la stabilité et la durée". Elio Di Rupo : "Chacun y a mis du sien". Peu avant 9 heures, Jean-Pierre Hautier sème la panique parmi les "groupies" Milquet, Onkelinx et Laruelle, en annonçant que son invité sera Raphaël, le chanteur. Ah si elles pouvaient avoir la même admiration pour Yves, l'informateur.

Chacun rejoint son Q.G. À la rue des Deux Églises, Milquet reçoit des fleurs; à la Toison d'Or, Reynders reçoit des applaudissements. Et à Zellik, le seul à émettre des réserves sur l'accord est Bert de Brabandere, le président des Jeunes CD & V.

Yves Leterme, lui, est déjà à Laeken où il est reçu par Albert II en audience. Proficiat, Yves.

Fin de journée, le futur Premier ministre contacte les présidents de partis. Le grand marchandage commence.

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