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Dialogue communautaire
Armand De Decker: Nous devons recréer un Etat belge
francis van de woestyne
Mis en ligne le 08/10/2008
entretien
Le président du Sénat, Armand De Decker (MR), est sans doute appelé à diriger la délégation francophone au dialogue institutionnel qui s'ouvre ce mercredi à 11 heures au Palais des Académies à Bruxelles. Nous l'avons rencontré.
Le monde financier et bancaire est à feu et à sang. Le monde politique belge va se lancer dans un nouveau dialogue institutionnel. L'urgence est-elle bien là ?
Même si les gens sont préoccupés par la situation financière mondiale, les préoccupations politiques ne disparaissent pas. Il ne faut pas gommer les espoirs et les demandes de l'immense majorité de la classe politique flamande de voir une réforme de l'Etat se préparer. D'ailleurs, elle pourrait avoir pour conséquence d'accroitre l'efficacité de notre économie.
Les francophones y vont-ils en trainant les pieds ?
Les francophones ont eu, traditionnellement, une attitude plutôt défensive. Je pense aujourd'hui, que nous devons changer d'attitude. Si l'on veut sauver la Belgique, il est temps de moderniser l'Etat belge, d'accepter d'entrer dans une grande réforme de l'Etat et de négocier un nouveau Pacte des Belges. Aujourd'hui, notre système est devenu usé et compliqué. Je plaide pour une vraie grande réforme qui soit respectueuse de toutes les sensibilités. La note des médiateurs dit bien que nous partirons d'une page blanche.
... sur laquelle les Flamands ont déjà inscrit leurs tabous !
Nous devons réellement partir de cette page blanche et remettre les fondements de l'Etat belge sur la table. Nous allons sans doute recréer un Etat belge qui sera vraisemblablement fort différent de celui d'aujourd'hui. La crise financière démontre que les Etats nations sont encore indispensables et que nous avons besoin d'une Europe plus forte. La seule balise que je vois est le respect du principe de subsidiarité. Il n'y a aucune raison d'avoir peur car toute réforme de l'Etat implique une double majorité (deux tiers des Belges et majorité dans chaque groupe linguistique). Un principe devra guider notre travail, celui de la subsidiarité en vertu duquel nous devrons fixer les compétences au niveau le plus efficace pour chacune d'entre elles.
Pour les partis flamands, il est un autre principe qui prime : l'accroissement de l'autonomie des entités fédérées, qui implique des transferts massifs de compétences.
Les transferts doivent pouvoir se faire dans tous les sens. Si une compétence actuellement régionale est mieux gérée au niveau fédéral, il faut la retransférer au fédéral. Si une compétence fédérale serait mieux gérée au niveau régional, il faut accepter de la transférer avec un esprit moderne et en voyant ce qui se passe dans les autres Etats fédéraux. Mais il y a, dans le texte des médiateurs, une phrase importante qui dit que l'on ne mettrait pas à mal la solidarité interpersonnelle. Si tel était le cas, cela pourrait être très dommageable, à terme... pour la Flandre.
Pour la Flandre ?
Oui. Car les choses bougent. Le vieillissement de la population est un fait et touche plus la Flandre que la Wallonie. Le dynamisme wallon est un fait même si la Wallonie est toujours marquée par un très grand conservatisme... socialiste, disons les choses telles qu'elles sont. Il y a des socialismes beaucoup plus modernes en Europe que celui pratiqué par le PS chez nous.
On ne peut pas dire que le libéralisme soit en pleine forme...
Mais si ! Car le libéralisme, c'est le capitalisme régulé.
Revenons-en au dialogue. Pourquoi réussirait-il alors que, depuis 15 mois, francophones et Flamands ne parviennent pas à s'entendre...
Parce que le cartel CD&V-NVA, qui était une erreur historique, n'existe plus. Tant qu'un parti séparatiste était autour de la table, la négociation ne pouvait pas vraiment démarrer ni certainement pas aboutir. Maintenant que ceux qui voulaient détruire la Belgique ne sont plus autour de la table, acceptons d'entrer dans une négociation intelligente, ouverte et équilibrée.
Êtes-vous certain que le CD&V n'a pas conservé une partie des thèses séparatistes de la N-VA ?
On ne peut pas à la fois revendiquer le poste de Premier ministre et de président de la Chambre si on ne tient pas fondamentalement à l'Etat belge.
Il subsiste quand même certaines ambigüités entre francophones et Flamands. Au niveau du calendrier, par exemple. Au Nord, on veut des résultats avant juin 2009. Au Sud, Didier Reynders accepte qu'il n'y ait rien avant 2009.
Il n'a jamais dit cela. Lui et Bart Somers, président du VLD, ont dit que la réforme de l'Etat n'aboutira pas, globalement, avant les élections de juin. Du côté néerlandophone, il y a aussi une grande réticence à aborder la question de BHV. Ils souhaitent que ce soit le plus tard possible. Cela démontre bien que des deux côtés de la frontière linguistique, certaines concessions essentielles à l'aboutissement d'une réforme d'ensemble ne pourront probablement se faire qu'après les élections. Cela dit, beaucoup de choses peuvent être préparées avant. Il est par exemple essentiel de recréer un climat de confiance.
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