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Édito

Ce que le Roi a vraiment voulu dire

Mis en ligne le 26/12/2008

Par Jean-Paul Duchâteau

Les discours que prononce le Roi à la télévision sont un exercice périlleux. Non seulement, le Souverain est constitutionnellement obligé de les soumettre à la signature d'un ministre, mais on sent qu'au-delà, il s'efforce de ne heurter aucune sensibilité, à condition qu'elle soit démocratique. Ce souci est plus exacerbé encore en période de crise, quand le Roi a particulièrement pour tâche de renouer les fils du dialogue entre les responsables politiques, et de faire surgir un nouveau gouvernement. Cette prudence extrême l'amène d'ailleurs parfois à tant rogner d'éventuelles aspérités que son discours peut alors apparaitre creux ou banal.

Il faut donc lire le royal discours de Noël 2008 entre les lignes, entre les mots même. Le choix d'un verbe, celui d'un adverbe, le tour d'une construction sont autant d'éléments qui peuvent permettre de saisir pleinement la pensée d'Albert II. Relisons donc cette phrase : "J'espère vivement que le sens des responsabilités de chacun conduira rapidement à la formation d'un nouveau gouvernement". Et si son auteur insiste - "j'espère vivement" -, c'est sans doute qu'il n'est pas rassuré quant au sort que les intéressés réserveront à son incantation.

Puisque nous ne sommes pas tenus, ici, à la même prudence, disons-le tout net : l'appel du Souverain à voir le "sens des responsabilités de chacun" l'emporter est d'autant plus fort que, jusqu'à ce jour, les principaux responsables politiques membres de la coalition sortante ont fait preuve d'un dramatique égoïsme, partisan ou carrément personnel. Ce sont de pures considérations de carrière et de basses spéculations électorales qui ont empêché que le poste de Premier ministre soit immédiatement attribué, après la démission d'Yves Leterme.

Ces petits jeux d'exclusive auxquels se sont livrés la majorité des acteurs politiques sont d'autant plus méprisables que ceux-ci n'ouvrent plus la bouche depuis des semaines sans répéter que la situation exige des mesures rapides et courageuses. Et que ces mesures sont d'autant plus indispensables que la crise multiple dans laquelle nous plongeons frappe, et va frapper, plus vite et plus fort les "plus faibles", ceux-là mêmes - a justement précisé le Roi - "qui n'ont aucune responsabilité dans cette crise". S'il ne prend pas fin immédiatement, ce règne de l'égoïsme va ranimer une autre crise, récurrente hélas, celle de la crédibilité de notre personnel politique auprès de la population. Et on a bien perçu que c'est une réelle crainte du Roi.

© La Libre Belgique 2008

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