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Chronique

La Flandre a mal à son image

JAN DE TROYER, Chroniqueur à la RTBF - Rédacteur en chef de TV Brussel

Mis en ligne le 16/03/2009

La Communauté flamande est à la recherche d’un "imagomanager" chargé de redorer le blason de la Flandre à l’étranger, en partie terni suite au lobbying des francophones.

Jobpunt Vlaanderen, le service de recrutement de la Communauté flamande, est à la recherche d’un "imagomanager" qui doit améliorer - ou devrait-on plutôt dire rafistoler - la réputation de la Flandre. La constatation évidente qui s’impose, c’est que la Flandre pâtit de plus en plus de sa mauvaise image. Même s’il le nie, le gouvernement flamand souffre quand les médias et les observateurs étrangers tirent à boulets rouges sur certaines situations propres au nord du pays. Pour trouver l’origine de cette mauvaise image de la Flandre, il ne faut pas chercher loin : la Communauté française est championne dans l’art de ternir la réputation du nord du pays. La non-nomination de bourgmestres francophones dans la périphérie bruxelloise est dramatisée à un point tel qu’elle est un sujet pour les centaines de correspondants de presse étrangers établis à Bruxelles, et qu’elle devient même une question mondiale dans l’ "International Herald Tribune", qui parle de "fascisme non-violent".

C’est grâce au lobbying de la Belgique francophone que le "Wooncode" flamand a été sévèrement critiqué par l’Onu. Réserver à des Flamands les habitations sociales financées par le contribuable flamand dans le but d’offrir du logement à prix abordable aux habitants de la région est jugé discriminatoire par les Nations unies. En Flandre, on comprend difficilement que ces atteintes à sa réputation soient nourries par une communauté qui jouit annuellement, et cela depuis plusieurs décennies, d’une très large solidarité financière qui se chiffre en centaines de millions d’euros.

Quand un jeune réalisateur de la VRT a voulu présenter le plat préféré d’Hitler, la RTBF en a fait le titre de son JT. Pour un observateur étranger, la preuve finale était faite : tous les Flamands sont des nazis. Et, donc, la Flandre s’inquiète, elle veut corriger le tir. Les efforts sont innombrables. Comme la perception des mêmes évènements est souvent totalement différente au nord et au sud du pays, "Flanders Today" présente depuis quelque temps, de façon créative et indépendante, un résumé hebdomadaire en anglais de l’actualité vue par des yeux nordistes. Ce n’est qu’un exemple des multiples efforts de la Flandre pour améliorer sa communication.

La Flandre possède aussi une dizaine de représentations à l’étranger, qui ont également pour but de renforcer positivement son image. Le ministre-Président Kris Peeters vient d’ouvrir une "Flanders House" à New York. Hormis le fait qu’il est toujours agréable d’inaugurer une maison flamande au 44e étage du New York Times Building, à quelques mois du scrutin du 7 juin, l’utilité de cet investissement qui implique également un fameux cout récurrent a été fortement mise en doute.

Pour le ministre fédéral des Affaires étrangères, Karel De Gucht, "une telle maison n’a qu’une utilité limitée" et cette initiative ne va rien changer du tout à l’image des Flamands ou de la Flandre aux Etats-Unis. Cette maison sera selon lui perdue dans la masse de la mégapole qu’est New York. M. De Gucht estime qu’une exposition Ensor ou Rubens ferait bien plus pour la création d’une image positive de la Flandre. Plusieurs experts en communication remettent en question l’efficacité du recrutement d’un "imagomanager".

On peut d’ailleurs douter que quelqu’un soit capable d’expliquer à un étranger des disputes qui sont incompréhensibles pour la grande majorité des Belges, comme celle sur la scission de BHV. Mais il faut également se demander quel intérêt - à part politique - peut avoir la Belgique francophone à entamer la réputation internationale de la Flandre. Si les investisseurs étrangers décident de fuir cette région de "fascistes non-violents", le Sud en subira les conséquences financières.

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