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Immigration

"Je travaille, j’ai des sous, mais après ?"

Julie Anciaux (st.)

Mis en ligne le 17/03/2009

Des sans-papiers occupent la salle des sports des Facultés universitaires Saint-Louis. La plupart travaillent et sont appréciés. Mais quel avenir sans régularisation?

Depuis quelques jours, tous les sans-papiers qui occupent un bâtiment de l’ULB sont en grève de la faim. Soixante-et-une personnes, qui ne souhaitaient pas mener cette action coup-de-poing, ont trouvé refuge, lundi 9 mars, aux Facultés universitaires Saint-Louis, à Bruxelles. Tous réclament des critères clairs et permanents de régularisation.

Ibrahim Mamane, un de leur porte-parole, explique : "On nous considère comme des invisibles. L’occupation montre à tous que nous existons. Nous pouvons alors revendiquer des droits pour les sans-papiers qui sont en Belgique avec des attaches durables. Il y a des familles qui sont là depuis dix ans, qui ont des enfants scolarisés ici, qui ont un travail et une maison, qui parlent l’une des langues nationales. Cela mérite une intégration."

Montrer que les sans-papiers existent, c’est aussi casser la mauvaise image que l’on a d’eux : "Nous ne sommes pas la misère du monde. Il y a parmi nous des soudeurs, des gens du bâtiment, des informaticiens ou encore des aides -soignantes", poursuit Ibrahim, un Nigérien.

Sans-papiers et travailleurs

Moussa est plombier et maçon. Il a quitté le Congo il y a six ans à cause de la guerre et vit depuis en Belgique. Il témoigne : "On a tué mon père. Je ne devais pas quitter mon pays. J’ai perdu ma famille et mes amis."

Grâce à son permis de séjour provisoire, Moussa a travaillé dans une grande entreprise en Flandre sous contrat à durée indéterminée. Jusqu’à ce qu’on lui "enlève les papiers".

Son patron, qui était très content de son ouvrage, a écrit trois lettres à l’Office des étrangers pour qu’il puisse rester en Belgique. En vain. Moussa n’a que deux rêves : être régularisé et créer une entreprise: "Nous ne sommes pas des fainéants, nous sommes des travailleurs. Mais comment voulez-vous travailler si vous n’avez pas de papiers ?"

Freddy, l’Equatorien, travaille au noir : il réalise des petits travaux de mécanique ou il joue de la flute de Pan dans la rue. Son épouse est "femme de ménage au noir". Ils vivent en Belgique depuis neuf ans. Ensemble, ils ont un enfant de six ans, qui a la nationalité belge.

Mais le couple n’a qu’une "carte orange", c’est-à-dire un document de séjour provisoire. Freddy et son épouse ont quitté l’Equateur car ils rêvaient d’une nouvelle vie pour eux et surtout pour leurs futurs enfants.

Aujourd’hui, ils ont abandonné leur maison à Bruxelles pour rejoindre la salle des sports de Saint-Louis encombrée de matelas dans le but de "mener le combat pour avoir un permis de séjour et un permis de travail".

Des promesses et des actions

Car cela fait un an que le gouvernement Leterme leur a parlé d’une régularisation. Il n’y a toujours rien de concret. "Je me retrouve dans les conditions de la circulaire. J’attends depuis un an qu’elle soit mise en œuvre", explique Ahmed, un Marocain arrivé en Belgique en 2001.

Ahmed est venu étudier la comptabilité et la pâtisserie. Il travaille au noir dans des boulangeries. Il gagnait 20 euros par nuit quand il a commencé à faire ce boulot. "Maintenant que j’ai mon diplôme, je gagne un peu mieux ma vie, mais comme je n’ai plus de papiers depuis que j’ai fini l’école, les employeurs en profitent pour me sous-payer."

Ahmed travaille, "gagne des sous", loue un appartement, mais il s’interroge : "Et après ?" Alors pour cet après, un avenir, il lutte avec soixante autres sans-papiers pour "être régularisé et ainsi changer sa vie".

La première chose qu’il ferait s’il avait des papiers, c’est rendre visite à sa famille, au Maroc, qu’il n’a plus vue depuis huit ans.

Ribla s’énerve : "On ne demande quand même pas la lune, on veut un permis de séjour et un permis de travail." Ce Marocain a une licence en droit, mais il travaille dans l’Horeca et dans le bâtiment pour survivre. Il croit en l’occupation des Facultés Saint-Louis : "Via l’opinion publique, on peut arriver à quelque chose si on n’arrive à rien au niveau politique."

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