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Asile/Immigration
Quand s’arrêtera la "danse macabre" ?
An.H.
Mis en ligne le 14/04/2009
La centaine de sans-papiers qui occupent un parking en sous-sol du campus de la VUB sont dans un état de santé déplorable. Ils entament ce mardi leur 58e jour de grève de la faim pour protester contre la surdité du gouvernement, et en particulier de la ministre en charge de l’Asile et de la Migration, Annemie Turtelboom (Open VLD), qui tardent à concrétiser la promesse faite dans l’accord gouvernemental de mars... 2008 de procéder à des régularisations sur la base de critères clairs et objectifs. Les grévistes de la faim, qui ne s’alimentent plus depuis le 16 février (soit bientôt deux mois), absorbent uniquement de l’eau avec de légers apports en sucre et en sel.
Complications sévères
Plusieurs médecins qui tentent de les assister sur le plan sanitaire ont exprimé vendredi leur vive inquiétude. "Les quelques rares études effectuées chez les grévistes de la faim, dont celle parue récemment dans "The Lancet", révèlent toutes que dans les conditions où ils effectuent leur grève, des complications sévères, pouvant être létales, peuvent apparaitre dès la 7e, et surtout 8e semaine, mais chez certains déjà plus précocement" , indiquent les médecins signataires (dont le professeur Dupont, doyen de la Faculté de médecine de la VUB) dans une lettre ouverte adressée à la ministre Turtelboom.
Les praticiens ont déjà décelé des signes alarmants chez les grévistes de la faim dont ils prennent régulièrement la température et le pouls ou à qui ils prélèvent du sang.
Sur le campus de l’ULB, les 280 occupants en situation irrégulière en sont à leur 43e jour de grève de la faim. Mais ici, les médecins de différentes maisons médicales bruxelloises, sollicités par le passé pour assurer un suivi médical, ont décidé officiellement, début avril, de ne plus se rendre au chevet des sans-papiers. Un geste politique, pour inviter la ministre de l’Asile et de la Migration à " prendre ses responsabilités" .
Enfin, à l’église du Béguinage, au centre de Bruxelles, 230 sans-papiers ont entamé une grève de la faim début avril.
Motus et bouche cousue
Du côté politique, c’est motus et bouche cousue. On sait que le Premier ministre, Herman Van Rompuy (CD&V), a repris le dossier en mains, en toute discrétion. Mais si la situation progresse, c’est à pas de souris.
Au cours du weekend, les professeurs membres du Comité des universités et des Hautes Ecoles belges pour le soutien aux sans-papiers demandaient "solennellement" au Premier ministre "d’arrêter, avant qu’il ne soit trop tard, ce jeu de miroir où le cynisme sans pareil de la ministre instrumentalise le désespoir de certains sans-papiers pour rendre toute solution impraticable".
Pendant l’été 2008, des étrangers en situation irrégulière avaient déjà entrepris des grèves de la faim, dont certaines ont abouti à des autorisations provisoires de séjour en raison de leur état de santé. Le délai s’écoulait avant même que ces personnes ne recouvrent la santé et redeviennent des sans-papiers...
La ministre, intraitable sur le fond, se prétend humaine; elle régularise quelques familles et donne parfois un court répit à des grévistes de la faim arrivés à la dernière extrémité, relèvent Mateo Alaluf (ULB), Yves Cartuyvels (Facultés Saint-Louis) Eric Corijn (VUB) et Serge Gutwirth (VUB). "En acculant les sans-papiers au désespoir, la ministre hypothèque encore plus toute solution politique." Le cynisme de la ministre et le désespoir des sans-papiers en grève de la faim ressemblent à une danse macabre, qu’il faut arrêter d’urgence, continuent-ils. "L’application effective de l’accord gouvernemental mettrait un terme à cette sinistre situation."
Savoir Plus
Rudy, du centre Inad à Merksplas
Un étudiant camerounais de l’ULB, Rudy Nzimo, inscrit en 5e année de polytechnique à l’ULB, a été conduit vendredi au centre fermé pour étrangers en situation irrégulière de Merksplas. Le jeune homme de 27 ans, qui avait rendu visite à sa famille, a été arrêté à son retour, lundi, à Bruxelles National et placé dans le centre de détention temporaire "Inad" (pour "inadmissibles" sur le territoire belge) de l’aéroport, équipé de lits et de sanitaires, pendant 4 jours. La police et l’Office des étrangers soutiennent que la carte d’identité camerounaise présentée par le jeune homme n’est pas celle de l’étudiant. Pour les autorités, la photographie d’identité ne ressemble pas au visage de l’étudiant et les empreintes digitales figurant sur la carte d’identité camerounaise diffèrent de celles de Rudy Nzimo. "Les empreintes ont été relevées tant par nos services que par ceux de la police. Il ne peut y avoir de doute. Les empreintes de l’étudiant ne sont pas celles de la carte d’identité", a indiqué la porte-parole de l’Office des étrangers.
Les autorités belges ne nient pas que Rudy Nzimo est inscrit comme étudiant à l’ULB, mais elles considèrent qu’il est en possession de faux papiers. Pour les proches de l’étudiant, la photographie de la carte d’identité délivrée en 2001 ne ressemble plus à la physionomie actuelle de l’étudiant, qui a pris du poids et porte désormais des lunettes. L’avocat de Rudy Nzimo a déposé deux recours contre les décisions de l’Office des étrangers d’enfermer et d’expulser son client. Il a été débouté mercredi par le Conseil du contentieux des étrangers. Le Bureau des étudiants administrateurs de l’ULB exprime son soutien à Rudy Nzimo, étudiant à l’ULB depuis 2002.
La légalité de la détention de l’étudiant sera contrôlée par la chambre du conseil ce mercredi 15 avril.
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