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Sur les listes (4)

Portrait : Français... après le grand grabuge

PORTRAIT FRANCIS VAN DE WOESTYNE

Mis en ligne le 08/05/2009

Pour Ernest Glinne, la France est le seul avenir stable de la Wallonie.

Même sans GPS, on sait où Ernest-le-rouge habite. Sur la façade de sa belle maison, à Courcelles, trois drapeaux flottent. Ils résument la carrière de cet homme, profondément républicain et laïc.

Sur la fenêtre de droite, un drapeau wallon. Fédéraliste, il fut membre du Mouvement populaire wallon après la grève générale de 60-61.

Sur la fenêtre de gauche, un drapeau européen : Ernest Glinne fut parlementaire européen de 1979 à 1994.

Sur la fenêtre du centre, un drapeau bleu-blanc-rouge. Depuis 2007, l'homme, qui est aussi passé par Ecolo, est partisan d'un rassemblement de la Wallonie et de la France (il n'aime pas le mot rattachiste...) et il sera, le 7 juin, premier suppléant de la liste européenne du R.W.F. (Rassemblement Wallonie France), une liste conduite par Paul-Henry Gendebien.

Il y a bien d'autres fenêtres à la maison et toute la place pour y suspendre d'autres drapeaux. Le drapeau belge, par exemple, qui pourrait rappeler qu'il fut ministre de l'Emploi et du Travail dans le gouvernement Leburton. Il assume pleinement son passé. Mais il a choisi son futur : pour lui, face à une Flandre qui prépare son indépendance, la Wallonie doit se choisir un avenir stable. Un micro-Etat Wallonie-Bruxelles ? Non viable, selon lui. Dès lors, il ne reste qu'un choix de cœur et de raison : que la Wallonie devienne, non pas un département français, mais la 23e grande région de France.

A 78 ans (dites soixante-dix-huit), l'homme est plus que jamais sûr d'une chose : la nation belge, pour peu qu'elle ait jamais existé, c'est "foutu". Les Flamands ont reconquis leur droit. Et cette reconquête est devenue une vague qui est toujours en offensive et jamais en repli. "C'est ça la dynamique flamande. C'est devenu une fixation identitaire. Il n'y a pas de nation belge. Mais il y a une nation flamande. Et cette nation veut avoir son Etat. Elle l'aurait déjà si elle ne voulait y annexer Bruxelles. C'est cela qui les fait attendre. C'est pour cela qu'ils y ont installé leur capitale."

Pourtant les Flamands, à titre individuel, il les aime plutôt bien. Il a toujours parlé le flamand avec les élus du Nord. Une question de respect pour ce polyglotte qui parle aussi l'anglais, l'allemand et l'italien. Pour lui, l'important est de démontrer aux Wallons que, quand le grand grabuge institutionnel arrivera, au plus tard d'ici 2012, il faudra que la Wallonie se choisisse un nouveau destin. Et les Wallons ont tout à gagner du rattachement à la France, ne fût-ce que sur le plan fiscal.

Mais ces Français, voudraient-ils des Wallons ? Pour Glinne, il n'y aura pas de problème, le moment venu. Et Sarkozy, est-ce mieux que Di Rupo ? Les présidents passent, la France reste. Et 20 des 22 régions actuelles sont aujourd'hui gouvernées à gauche. Mais être de gauche ne suffit pas. Il y a tellement de choses à corriger en Wallonie. Car Glinne n'a pas de mot assez durs sur ces barons, socialistes notamment, qui ont loti le pouvoir et qui ne pensent qu'à leur intérêt personnel.

Au fait, que fait-on de Bruxelles ? "Ce sera à eux de décider de leur sort. S'ils veulent se rattacher aussi à la France, pourquoi non? " Mais, insiste Glinne, il y a un piège dans lequel les Bruxellois ne devraient jamais tomber : c'est celui du district européen. "Un piège grossier, tendu par les Flamands."

Voilà. On prend congé, le temps, pour Ernest Glinne, de réciter en flamand un poème de Albrecht Rodenbach. Croit-il qu'un jour, il vivra en France, sans devoir déménager ? Si ce n'est pas le cas, il se fera enterrer à Jeumont, juste derrière la frontière, avec pour instruction de "rapatrier" son corps à Courcelles lorsqu'un drapeau français flottera enfin au fronton de la mairie...

© La Libre Belgique 2009

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