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ELECTIONS09 - les négociations

Touchettes oranges-vertes

Paul Piret

Mis en ligne le 13/06/2009

Venez, discutons, avait lancé Charles-Ferdinand Nothomb à Ecolo en 1996. Pour le président du PSC d'alors, les verts n'en avaient plus pour longtemps...

Du calme ! L’histoire repasse rarement les mêmes plats. Et on ne prétend pas ici qu’Ecolo et le CDH s’arrimeraient dans une quelconque structuration commune. Simplement (donc on reste calme, promis ?), constatons que l’espèce de tandem que les verts et oranges ont enfourché cette semaine dans leur sorte de prémâchage de négociations, largement inédit, réveille des souvenirs

Le plus explicite remonte aux débuts de la dernière présidence sociale-chrétienne de Charles-Ferdinand Nothomb. C’était le 7 juin 1996, dans "La Libre". Ecolo, "malheureusement pour lui, n’a plus un avenir de quinze ans", prédisait-il tout de go. Or, "dans les idées comme dans les comportements, il y a tout un terreau où nous sommes fort proches". D’où un appel à un congrès, à une journée d’étude "entre les deux partis les plus humanistes de l’échiquier politique" (eh !, oui, humanistes, déjà) dont on sortirait "plus malins qu’avant".

On trouva bien des raisons à l’invite de "CFN". Sa conviction qu’il n’y avait pas place durable dans le paysage hors du trio traditionnel, sincère et forte (il avait déjà lâché à des pionniers d’Ecolo, en ’81, qu’ils en avaient pour 7 ans à vivre). Son souci de détourner l’attention de l’éprouvante joute présidentielle (gagnée sur Joëlle Milquet à 23 voix près). Sa nécessité ressentie d’intégrer la sensibilité environnementale dans les cénacles PSC (un grand manque de l’ère Deprez). La hantise d’élargir le socle électoral du parti (il avait flirté en vain, déjà président, en ’75, avec les Gol et autres ministres RW partis ensuite rejoindre les libéraux; avant que Gérard Deprez n’aguiche provisoirement l’ADW, un bout de reliquat du même RW autour de Paul-Henry Gendebien, en ’85).

Le comité directeur PSC qui suivit fut torride. Et partagé. Les uns soutenant ouvertement (comme Dominique Harmel et Jean-Jacques Viseur); les autres critiquant qui la forme (une déclaration dans la presse, sans prévenir), qui l’absurdité de vouloir attirer un parti dont on annonce la mort (on l’a mal compris, se défendra M. Nothomb en langage nothombien; il voulait dire qu’il fallait réfléchir à long terme), qui la nécessité pour le parti de s’occuper d’abord de sa propre rénovation (Mme Milquet)

Toujours est-il que les verts l’envoyèrent paitre. "Nous n’avons rien à nous dire", signifia le secrétaire fédéral Jacky Morael. Ecolo n’a pas "pour vocation de rendre le PSC plus intelligent", prolongeait sa collègue Isabelle Durant : "Que le PSC revoie d’abord ses pratiques, son clientélisme, la manière dont il préserve son pilier, le fonctionnement des intercommunales"

Dans la concurrence, Philippe Busquin au PS était tout accaparé par trois obscurs transfuges carolos d’Ecolo; et Louis Michel président du MR, trouva à se gausser des uns et des autres : "C’est vrai qu’il y a des similitudes. Ecolo n’a pas de colonne vertébrale en termes de projet de société. Irréaliste, pas pragmatique. Il y a du PSC là-dedans. PSC-Ecolo, c’est bien".

Bref, le vert n’était pas soluble dans l’orange. Mais l’histoire des touchettes ne s’arrête pas là. Trois moments.

1° Au printemps 1997, Ecolo rencontre des mandataires PSC pour discuter des programmes, hors pressions électorales et médiatiques. Toutefois, il fera de même avec le PS et le PRL, sur initiative de Louis Michel. Entre oranges et verts, la crispation sera telle sur les matières de la Communauté française que la rencontre finit en claquements de porte. Au rayon régional, on put épingler qu’Ecolo prônait, tiens tiens, des normes plus contraignantes en aménagement du territoire.

2° Au cours de l’une de ces réunions, racontera M. Nothomb, "j’interroge les trois secrétaires fédéraux sur l’affirmation de Louis Michel selon laquelle ils sont prêts à entrer dans la recherche d’une majorité alternative. Leur réponse est assez claire : pas avant les élections (de 1999). Cela a duré cinq minutes". M. Morael, lui, affirma par la suite que le président du PSC leur avait proposé de participer carrément, au Parlement wallon, à un vote de méfiance constructive avec le PRL pour renvoyer le PS dans l’opposition régionale. Le fait est que, par un samedi blafard de février ’97, les barons sociaux-chrétiens avaient exprimé leur exaspération pour le coalisé PS, englué dans les affaires Agusta et Dassault - on en fit "le complot de Gesves", localisation de l’auberge qui en fut le théâtre.

3° Philippe Busquin n’oubliera jamais. Il signe avec M. Michel un accord PS-PRL à gouverner, le 17 novembre 1997. La confirmation, et a fortiori la précision, on ne les aura qu’après l’émergence des coalitions arc-en-ciel, forcées de s’ouvrir aux écologistes. Mais on pressent déjà bien que bleus et rouges veulent gouverner ensemble. Des gens de gauche s’en inquiètent. M. Morael imagine la mise en place d’un pôle triangulaire entre Ecolo, des PS déçus et des PSC antinothombiens - en tête desquels la vice-présidente Milquet. Fin ’98, les contacts s’intensifient. Mais devenu président du PSC en catastrophe, Philippe Maystadt, qui n’a pas les atomes crochus de Joëlle Milquet pour Jacky Morael - et déteste se mettre quiconque à dos, serait-ce l’aile plus droitière du parti - décline les avances vertes. Morael s’accroche, proposant une belle place à Milquet sur la liste verte du Sénat de juin 99. Là, c’est illico qu’elle refuse; les temps ont changé, rue des Deux-Eglises, pour celle à qui la présidence est désormais acquise.

Pour autant, les dragues entre bleus et oranges furent plus intenses ces années-là que les promesses de passades oranges-vertes. Et on vous fait grâce du Pacs de ’85 entre les présidents Michel et Deprez pour gouverner 8 ans ensemble; la cohabitation tiendra 2 ans.

En ’96, une fois éconduit par les verts donc, le re-président Nothomb prenait langue avec le re-président Michel. On alla plus ou moins loin dans une fédération PRL-PSC, selon des récits à jamais contradictoires. Et on n’a pas oublié le plus visible : l’exclusion du PSC de son soutien le plus déclaré, Gérard Deprez

Un deuxième épisode est moins connu. Jamais même un PSC ne l’admettra. Dès septembre 2001, les PSC Milquet et Langendries rencontraient les PRL-MCC Ducarme et Deprez. Ici encore, on parla davantage que de coalition, et même que de cartel électoral : une structure intégrée. Cette fois hors jeu, et faisant joujou avec Elio Di Rupo, le vice-Premier Louis Michel voulut mettre le holà. Il n’y parviendra que le 27 mai 2002, huit jours après le congrès de transformation de PSC en CDH.

Tertio, début 2004. Antoine Duquesne dans "La Libre" et Louis Michel appellent le CDH à rejoindre ce qui est devenu le MR. Démarche unilatérale cette fois, qui cache mal une tentative d’OPA. Elle se soldera par le transfert d’un Fournaux et de quelques autres assez pour indigner le CDH mais aussi indisposer le PS, qui le fera payer dans ses basculements d’alliances fédérées à la mi-2004.

Le PS, lui, entre-temps, avait pactisé quelques "convergences de gauche" avec Ecolo, nouées d’abord dans des assises pour l’égalité auxquelles avait aussi participé la gauche chrétienne. Des convergences floues et strabiques, dont le seul résultat tangible aura été de peser dans la débâcle verte de 2003. A lui seul déjà, ce souvenir aurait suffi pour inciter les Ecolo d’aujourd’hui à ne pas "laisser la main" aux socialistes !

Bleues-oranges ou rouges-vertes, autant de tentatives de recomposition qui auront visé, toutes en vain, à redessiner un paysage politique francophone en davantage bipolaire droite/gauche. Décidément, ni le terreau "centriste" ni le scrutin proportionnel ne s’y prêtent. Et les envies alors florissantes de rebattre les échiquiers paraissent démodées.

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