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Entretien

"Je resterai président du MR jusqu’en 2012"

Martin Buxant et Vincent Rocour

Mis en ligne le 20/06/2009

Didier Reynders reste à la tête du MR. Et vice-Premier : "C'est un gage de stabilité." "Le MR va évoluer vers un grand mouvement populaire de centre droit."

Il y a un an, vous disiez que si vous ne parveniez pas à changer le centre de gravité politique, vous passeriez à autre chose...

Cela reste vrai. Mais au Tour de France, si vous terminez une étape de montagne un peu moins bien que les deux précédentes et que vous abandonnez, vous ne gagnerez pas le classement final. Car il n’y a personne d’autre que le MR qui peut faire cela. Je constate qu’ici, lors de cette élection, des grimpeurs légers ont mieux roulé que d’autres et mieux terminé l’étape. Mais au classement général, nous restons toujours loin devant ces grimpeurs légers.

Comment analysez-vous le résultat des dernières élections ?

Je n’ai pas varié depuis le 7 juin. Il y a eu un recul très important du PS, qui perd 5 sièges dans les deux parlements régionaux, une progression d’Ecolo, une stabilité du CDH. Le plus simple, c’est de considérer le nombre de voix : Ecolo progresse de plus de 200 000 voix, nous en perdons à peu près 14 000, le CDH un peu plus de 17 000 et le PS entre 90 000 et 100 000. Il est assez surréaliste de voir les socialistes à la fête.

Et comment considérez-vous le résultat du MR ?

Nous avons atteint notre objectif de redevenir premier parti à Bruxelles. Mais on n’atteint pas l’objectif que l’on pouvait légitimement espérer sur la base des sondages de renverser l’ordre établi en Wallonie et devenir premier en Communauté française. Le reste, c’est une question de perception.

Mais le PS reste quand même premier parti en Communauté française. Et de loin...

Mais nous sommes redevenus le premier parti à Bruxelles. On n’en tient pas compte, puisque c’est un Olivier qui s’y installe. Je constate, aujourd’hui, que l’avis des Bruxellois n’a aucune importance. Les syndicats wallons doivent manifestement s’occuper de tout, y compris de la majorité bruxelloise sans doute. On me dit, en effet, de toute part que c’est pour satisfaire les syndicats, wallons pour l’essentiel, que les majorités PS-Ecolo-CDH sont installées. Bruxelles n’est donc toujours pas, dans l’esprit de plusieurs formations politiques francophones, une vraie région.

Vous êtes vous senti dupé par Ecolo ?

Ils ont fait le choix des vraies convergences de gauche. J’ai entendu un Ecolo dire avant d’entrer dans l’assemblée : " Je suis de gauche, jamais avec le MR ." Car ce qui a primé, ce n’est pas tellement l’analyse du résultat ni du projet politique. Pendant une semaine, nous avons discuté d’une série de choses avec Ecolo et le CDH. Nous avons d’ailleurs bien fait, car cela a permis de mettre beaucoup de choses bien à plat, y compris sur le plan de relations entre dirigeants. Nous avons mis des propositions sur la table, en matière de développement durable, de bonne gouvernance. A aucun moment, je n’ai entendu la moindre critique. Parfois même, nous avons été repris. Nous avions, par exemple, proposé d’instaurer une circonscription électorale régionale. Dès le lendemain, c’était repris comme une bonne idée par Ecolo. Le choix n’a donc pas été fait en fonction d’un projet politique. Le choix a été fait dans des convergences à gauche. Je respecte cela. Mais je ne suis pas sûr que c’est le souhait de l’électeur.

Vous reconnaissez que le MR n'a pas atteint tous ses objectifs. Y a-t-il une crispation autour de votre présidence ?

Il y a toujours des crispations dans un parti qui, malgré tout le travail accompli, n’a pas atteint tous ses objectifs et qui n’entrera pas dans les majorités. C’est pour cela que j’ai dit qu’il fallait mettre les choses à plat. Il faut qu’on puisse accepter tous, et moi en premier, la critique sur ce qui s’est fait. Mais l’objectif, cela doit être l’unité du parti. J’ai tenté de voir s’il y avait une quelconque contestation. J’ai entendu toutes les interventions. C’est de manière unanime que la confiance s’est exprimée. J’ai annoncé clairement que je souhaitais mener le parti non seulement jusqu’aux élections fédérales, mais aussi jusqu’aux élections communales qui suivront.

Jusqu'en 2012, donc ?

C’est le terme que l’on m’avait confié. Je prends sur moi ce qu’il y a peut-être lieu de changer dans la manière d’être en contact avec les autres formations politiques. Je l’ai d’ailleurs déjà commencé.

Vous n'êtes donc pas tenté de vous retirer du fédéral ?

Non. En période de crise, il faut de la stabilité. Je ne quitterai pas le gouvernement fédéral.

Pourtant les critiques se sont aussi cristallisées autour de ce cumul présidence de parti/ministre des Finances. Ce n'est pas un problème ?

Cela a peut-être été une difficulté pendant la période de crise, et singulièrement, la crise financière au cours de laquelle beaucoup d’intérêts particuliers ont été frustrés à cause de la sauvegarde de l’intérêt général. Maintenant, cela a sans doute été une source de succès en 2007. Il faut voir comment gérer au mieux le redéploiement du parti et la capacité de participer par la relance. Or, cette relance passera beaucoup par des mesures fiscales : baisse de charges sur la construction (on me demande de prolonger en 2010), baisse de la TVA dans l’Horeca. Et puis, nous allons devoir être une sorte de rempart face à ce qu’on sent déjà renaitre : l’idée que l’on pourrait sortir de la crise par des taxes et des impôts.

On dit de vous que vous êtes arrogant...

J’ai entendu cela des dizaines et des dizaines de fois. C’est une caricature. Mais il y a une perception. Il faut montrer aux gens que cette perception-là n’est pas la réalité. Quand vous privilégiez l’intérêt général, vous avez des réactions dans votre électorat pas toujours ravies. Si j’avais privilégié exclusivement l’intérêt de mon parti, j’aurais peut-être rencontré tous les jours des petits actionnaires de Fortis. Mais ce n’était pas l’intérêt général. L’intérêt général, c’était de préserver l’épargne et le personnel. Maintenant, il faut faire en sorte de redéployer le parti.

Comment ?

A la rentrée, je vais lancer la préparation d’un grand Congrès de programme. On ne va pas changer d’orientation. Mais si on veut avoir, au sud du pays, un grand parti populaire, réformateur, de centre droit, ce que nous sommes les seuls à représenter, puisque tous les autres ont opté pour des convergences de gauche, il faut adapter notre discours à l’évolution de la société. Je dois avoir un vrai débat avec les mandataires, les militants, mais aussi le monde associatif avec lequel on a peut-être une trop grande distance. Le message doit passer à l’égard des jeunes, à l’égard d’une société plus multiculturelle. Nous voulons, en fait, aller vers tous ceux qui travaillent et qui souhaitent travailler. Nous allons rassembler autour du travail.

Vous allez changer de programme ?

Non. Mais on veut mieux le faire passer auprès de certains publics. Notre message doit être plus populaire. Nous avons centré notre campagne sur des thèmes communautaires et régionaux. Et ce fut sans doute une erreur. Parce que les gens se sont prononcés dans un contexte plus large qui met davantage en avant nos valeurs. Des valeurs qui tournent autour du travail, en faveur de ceux qui en ont ou qui veulent en avoir.

Cela peut aller jusqu'à un changement de nom ?

Je ne suis pas très tenté. MR est la marque la plus populaire. Et Mouvement réformateur, cela nous correspond bien.

On dit que vous vous entourez d'une "garde rapprochée" qui cadenasse tous les débats au MR ?

On peut dire ce qu’on veut. Je réunis souvent l’intergroupe, avec tous les élus. Ceux qui veulent prendre une initiative ont toute la liberté. C’est une question de perception encore une fois. Mais bon. J’entends cela. Je veux redéployer les forces dans les communautés, les régions, les groupes locaux. Je veux que tout le monde soit présent dans nos discussions. Tout le monde. Quelqu’un comme Louis Michel ne va pas seulement mener le débat européen pour le MR. Sur l’animation interne aussi. Avec le cercle Jean Rey, il a développé une série d’activités de terrain, des tables de conversation notamment. C’est important. Mais Louis Michel peut aussi apporter beaucoup sur le plan communautaire. Il peut s’y impliquer avec Olivier Maingain et moi. Si on met en place une structure de dialogue communautaire avec des personnalités qui peuvent engager le parti, je pense que chez nous et Louis Michel et Olivier Maingain peuvent le faire. C’est toujours la même idée : rassembler.

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