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Syndicats | Rentrée

Demelenne: "L’austérité serait la pire des choses"

Laurent Gérard

Mis en ligne le 26/08/2009

Anne Demelenne (FGTB) livre ses recettes pour résorber le déficit public. Innover, former et créer de l'emploi. Taxer davantage les hauts revenus et le capital.
Entretien

Anne Demelenne, secrétaire générale de la FGTB, fait sa rentrée dans "La Libre". Les difficultés budgétaires à tous les étages font craindre à la dirigeante syndicale des discussions difficiles sur la manière de trouver de l’argent, "surtout qu’il y a une grande inquiétude chez les travailleurs. On parle d’embellie à la crise, mais nous, sur le terrain, nous n’en voyons pas. Au contraire, on est catastrophés par les pertes d’emploi et l’augmentation du nombre de chômeurs. Le manque de confiance des consommateurs entraine évidemment une hausse du taux d’épargne, de 12,5 % depuis le début de l’année. Mais cela ne concerne que ceux qui en ont les moyens. Il y a aussi tous les autres, qui ont perdu leur emploi ou dont le pouvoir d’achat pose problème. D’ailleurs, l’Observatoire du crédit et du surendettement de Charleroi vient de signaler qu’une personne sur deux - allocataires sociaux mais aussi travailleurs - en Wallonie a des difficultés à rembourser ses emprunts. Tout cela est renforcé par le fait que le gouvernement n’a toujours pas pris de mesures par rapport à la régulation du monde financier. C’est déplorable. On en viendrait presque à oublier que cette crise a été provoquée par un monde financier incapable de prendre des mesures de régulation adéquate. En Belgique, on ne répercute pas la baisse des taux d’intérêts de la Banque centrale européenne sur le taux demandé aux entreprises ou aux particuliers. Les banques en profitent pour reconstituer leurs réserves. Et prévoient aussi des bonus pour les traders. C’est complètement aberrant, c’est indécent."

C'est là qu'il faut aller chercher de l'argent ?

Notamment. Ce monde financier n’accepte pas de régulation et les gouvernements n’imposent pas des modes de contrôle ou de retour par rapport à l’argent du contribuable qui a servi à sauver les banques. Nous resterons très attentifs à cela.

Comment résorber le déficit public ?

En tout cas, pour nous, il n’est pas question qu’il y ait de l’austérité. Pas question de raboter sur les dépenses sociales. Le déficit de la Sécu est de 2 milliards en 2009, on prévoit 5 milliards en 2010, dont 4 sont dus à la crise. Pour nous, il est important de combler ce déficit. Nous voulons que les allocations sociales puissent encore être payées après 2010. Donc il faut prendre des mesures. Mais pas d’austérité, parce que les travailleurs sont victimes de cette crise. Et puis, dans les allocations sociales, que va-t-on diminuer ? Les pensions ? La moitié des 2,5 millions de pensionnés ont moins de 1 000 euros par mois en Belgique. Pas question non plus de raboter sur les soins de santé - notre système tient la route et c’est une garantie pour la population - ou sur le chômage : heureusement que l’on a prévu une solidarité pour faire face à la crise.

Mais où trouver l'argent, alors ?

La meilleure façon, pour nous, c’est de créer de l’emploi. Pour la première fois, l’an dernier, on n’a pas créé d’emploi en Belgique. Il faut des plans régionaux soutenus au niveau fédéral, il faut que l’Europe lance des plans offensifs et coordonnés. Mais ce qu’il faut avant tout, c’est qu’on arrête de perdre des parts de marché en raison d’un manque d’investissement dans la recherche et le développement et dans la formation des travailleurs.

Ce n'est pas à cause du cout du travail ?

Les pays nordiques, où la pression fiscale est très élevée, gagnent des parts de marché dans leurs exportations, tout en ayant une politique sociale tout à fait correcte. Cet argument ne tient pas la route. Gagner des parts de marché aurait un impact positif sur l’emploi, sur la consommation, sur l’économie. Il faut créer de l’emploi convenable, durable, dans des filières d’avenir, soucieuses de l’environnement.

Quelles autres mesures préconisez-vous ?

Il y a la fiscalité. L’impôt est important. Le problème, c’est qu’il n’est pas juste. Dans les recettes fiscales, la part de l’impôt des personnes physiques représente 40 %, la TVA 30 % : 70 % des recettes proviennent donc des travailleurs ou de la consommation des ménages alors que seulement 13 % proviennent de l’impôt des sociétés et 3 % des revenus du capital. Nous refusons toute augmentation d’impôt sur les bas et les moyens revenus. Par contre, pour les hauts revenus, c’est différent. L’impôt, progressif, est de 50 % sur les revenus supérieurs à 33 000 euros. Que vous en gagnez 40 ou 400 mille, c’est la même chose. Avant 2004, l’impôt était encore de 55 % pour tous les revenus supérieurs à 60 000 euros. Il y avait une réelle progressivité. Aujourd’hui, l’impôt progresse trop vite, mais il plafonne trop vite aussi. Il faudrait revenir à la situation antérieure aux mesures de M. Reynders. Par ailleurs, il nous semble nécessaire de supprimer les avantages fiscaux du troisième pilier (épargne-pension ) ou du moins de limiter la totalité des avantages, surtout dans ces moments de crise. Il faut aussi mieux taxer les revenus du capital et mieux lutter contre la fraude fiscale, qui s’élève à près de 30 milliards. En France, la fraude fiscale est estimée à 2 % du PIB, en Belgique on est quasi à 10 % du PIB.

Doit-on s'attendre à des actions syndicales à la rentrée ?

Absolument, nous avons prévu, en front commun, un rassemblement de militants, début octobre. Pour qu’il n’y ait pas d’intention d’austérité. Ce serait la pire des choses.

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