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Rentrée politique

CDH : Lutgen se fait désirer

Martin Buxant

Mis en ligne le 28/08/2009

Samedi, les humanistes se retrouvent à Chevetogne. Benoît Lutgen est pressé, de toutes parts, de se déclarer candidat président. Que va faire le Bastognard?

Ce Luxembourgeois serait-il précieux ? A voir les circonvolutions et autre slaloms entrepris par le Bastognard Benoît Lutgen pour ne pas se déclarer (officiellement) candidat à la présidence du CDH, on pourrait le croire. Tout juste le Wallon consent-il aujourd’hui à dire qu’il est "dans un processus de réflexion personnelle".

"Benoît est le futur président du parti, souffle un cadre de la formation orange. Simplement, son bon score électoral de juin lui permet de faire monter les enchères et de se faire désirer." Un autre : "Il joue son Herman Van Rompuy" - allusion au Premier ministre fédéral qui répète sur tous les tons qu’entrer au "16" rue de la Loi n’était pas "le rêve de sa vie". Samedi, alors que le CDH tient à Chevetogne son université d’été, la présidence du parti n’est, officiellement, pas à l’ordre du jour - on parlera emploi et enseignement. Officieusement, en revanche, dans les allées du domaine sportif provincial, il n’y en aura que pour la présidence du parti que Joëlle Milquet s’apprête à quitter.

L’université d’été marque le coup d’envoi d’un processus de transmission de témoin avec la présidente sortante Joëlle Milquet, processus qui sera défini par le Bureau de parti à partir du lundi 7 septembre. Le nom des candidats à l’élection devra être connu pour la mi-octobre. Reste que le seul à faire durer le suspense est le principal intéressé lui-même : autour du nom de Benoît Lutgen un consensus s’est dégagé relativement facilement. La majorité des responsables du parti poussent désormais le Luxembourgeois à s’installer à la rue des Deux Eglises.

"C’est un excellent candidat", s’emballe le vice-Président du CDH Melchior Wathelet. "Il a tout mon soutien", embraye le Namurois Maxime Prévot. Et, comme le dit (très) platement un autre baron orange, "si Benoît Lutgen devait décliner la présidence du parti, eh bien, on aurait des soucis " Voilà qui est écrit. C’est que les alternatives ne sont pas légion : Maxime Prévot est (encore) trop jeune, et n’est pas intéressé par la fonction. La Hennuyère Catherine Fonck, alors ? Jeudi, sollicitée, elle n’a pas donné suite aux appels de "La Libre". Mais elle est loin de réunir autant de partisans que le Luxembourgeois

Alors pourquoi, diable, Benoît Lutgen fait-il durer le suspense ?

- Parce qu’il est en position de force : il sait qu’il est le seul candidat sérieux en lice ; il entend donc qu’on lui donne des assurances sur sa future présidence. Et notamment la manière dont s’articulera son travail avec Joëlle Milquet. C’est que celle-ci entend conserver le leadership dans les négociations budgétaires et institutionnelles. "Madame Non" a une vraie légitimité en la matière - connaissance pointue des dossiers alliée à une aptitude naturelle à la négociation. Il serait (donc) stupide pour le CDH de se passer de ses services. En outre, sur le mode Moureaux au PS, Joëlle Milquet aimerait conserver la main sur les affaires bruxelloises. Là, pas de problème, Benoît Lutgen et son profil (plus) rural laisseront l’avant-scène à Milquet-l’urbaine.

Oui, mais quel espace, dès lors, pour le futur président ? Surtout ne parlez pas de "belle-mère", mais les contours précis du territoire de Lutgen à la présidence restent à définir. "Si c’est juste pour aller mettre ses mains dans le cambouis des sections locales, c’est un peu limité", note un fin connaisseur des arcanes humanistes. Reste que l’ex-secrétaire général du parti connait (mieux que beaucoup) la musique orange : "Il n’a pas son pareil pour chauffer une salle, serrer des mains. Il nous mettrait en orbite pour les élections de 2011."

- Parce qu’il aime son job de ministre wallon et rechigne à quitter le confort douillet de Namur. Privé de compétences qui lui tenaient à cœur - l’environnement, par exemple -, il a récupéré le méga dossier de l’équipement : un vrai challenge. Et puis, Benoît Lutgen plait beaucoup aux Ecolos. La preuve ? Le n°2 du gouvernement wallon, Jean-Marc Nollet, aurait pu exiger d’occuper le cabinet de Benoît Lutgen à Namur - un cabinet assez grand pour accueillir son équipe. Non : Jean-Marc Nollet a préféré épargner Lutgen et se rabattre sur le cabinet du PS Jean-Claude Marcourt.

Hantés par les passations de pouvoir délicates entre les Deprez, Nothomb, Maystadt et Milquet, les cadres historiques du parti ne permettront plus un étalage des divergences. "Ça ne rime à rien, dit l’un d’entre eux, ces scènes où on refuse de se serrer la main. Nous ne tomberons plus dans ces travers."

Donc, no comment. Personne au sein du parti ne parlera de la présidence avant le 16 octobre, a assuré Joëlle Milquet. On parie ?

Renseignements: www.lecdh.be

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