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Interview | Rentrée
"Protéger les petits et moyens revenus"
Mis en ligne le 01/09/2009
Le ministre de la Coopération, Charles Michel (MR) nous livre son sentiment à l’aube de la rentrée politique.
Budget, institutionnel, MR... Fini de rire...
La rentrée est sérieuse parce que les enjeux sont sérieux. On va devoir s’attaquer à des problèmes fondamentaux, pas seulement pour les quelques mois qui viennent, mais pour les années à venir.
C'est notamment le cas pour le budget. Comment combler l'énorme déficit ?
Les choix qui seront posés par "LES" gouvernements : le fédéral et ceux des entités fédérées vont déterminer la capacité pour les générations d’assumer les besoins sur le plan économique, social et environnemental. Ma conception est la suivante : il faut tout mettre en œuvre pour que l’on établisse un budget "qualité-prix".
A savoir...
Il ne faut pas se contenter d’appliquer quelques indicateurs de croissance sur les dépenses, faire quelques pronostics de croissance sur les recettes. Il faut, ligne par ligne, département par département, vérifier quel est le rapport qualité/prix, l’utilité de la dépense envisagée. Avec un objectif : le travail, la production de biens et de services. Car il n’y a pas d’autre réponse à cette crise économique que de faire croitre la capacité de travailler pour augmenter l’assiette fiscale.
C'est donc surtout du côté des dépenses qu'il faut chercher pour combler le déficit ?
Il faut surveiller les dépenses mais en ayant l’obsession de ne pas faire mal au pouvoir d’achat, particulièrement pour les bas et moyens revenus, les classes moyennes, qui souffrent déjà beaucoup de la crise. Pourquoi préserver cette catégorie sociale ? Pour éviter d’ajouter la crise à la crise. Car en maintenant la capacité d’achat et d’investissement de cette catégorie sociale-là, on soutient la machine économique, on injecte du carburant dans l’économie.
C'est un discours très social...
C’est le discours libéral classique : nous voulons qu’en matière de fiscalité, les faibles et les moyens revenus soient préservés pour que leur pouvoir d’achat soit opérationnel et soutienne l’activité économique.
Qui doit se serrer la ceinture alors : si vous excluez les petits et les moyens revenus, il ne reste que les gros revenus...
J’ai indiqué qu’il fallait d’abord passer les dépenses au crible. Là-bas, il y a des capacités à aller chercher des économies qui ne font pas mal.
Exemples ?
En réduisant le train de vie de l’Etat. C’est encore possible. Je pense aux frais de fonctionnement. On pourrait par exemple ralentir et échelonner les investissements dans l’informatique administrative. Les dépenses de cabinet peuvent aussi être contenues. Dans mon propre cabinet, j’ai décidé d’appliquer une réduction de 15 % sur la masse salariale.
C'est assez pelliculaire au regard des 20 milliards d'euros de déficit...
C’est l’addition de mesures de ce type qui peuvent permettre de se rapprocher de l’objectif budgétaire. Le principal danger est que l’on lâche la bride, se disant que 20 ou 22 milliards de déficit, peu importe. Ce serait l’erreur majeure. Chaque euro est important. Chaque effort est essentiel. Rien n’est marginal. Un autre exemple : les institutions provinciales wallonnes coutent 300 millions d’euros de plus par an que les institutions provinciales en Flandre alors qu’il y a deux fois moins d’habitants en Wallonie. N’est-il pas possible de rencontrer les besoins collectifs couverts par les provinces mais à moindre cout ? Il faut lutter contre les gaspillages, les doublons entre les provinces, les intercommunales, les ASBL paracommunales Je vous garantis qu’il y a des centaines de millions d’euros que l’on peut aller chercher pour les réaffecter vers des dépenses plus utiles pour la relance.
Vous n'êtes pas au pouvoir dans les Régions...
Le débat budgétaire ne sera pas compartimenté. Il supposera un accord du fédéral avec les entités fédérées. Nous n’avons pas remporté les élections et les partis, le PS, le CDH et Ecolo, ont choisi de nous maintenir dans l’opposition. Mais, dans l’opposition régionale, les libéraux auront une attitude de Fair play. Je plaide pour une opposition constructive.
Les soins de santé doivent-ils échapper à toute austérité ? Faut-il ou non maintenir la norme de croissance de 4,5 % ?
Il faut calquer l’objectif de sécurité sociale sur les besoins réels. Je rejette de quel camp que ce soit la vision bêtement idéologique qui consisterait à dire : oui pour 4,5 % ou non pour 4,5 % Il faut prendre la réalité des dépenses sociales en 2009 comme point de départ et voir ce qui sera nécessaire en 2010 et en 2011. Il serait insensé d’aller surévaluer les dépenses de soins de santé et donc d’empêcher que ces moyens-là soient mobilisés pour d’autres types de dépenses qui vont soutenir la croissance économique. Ces dernières années, on n’a jamais atteint ces 4,5 % de croissance. Voyons donc calmement, dans le respect mutuel, quelle est la vérité des chiffres, quelle est la croissance réelle du budget des soins de santé sur les 3 ou 4 dernières années, voyons les besoins estimés pour 2010 et 2011. Et calquons le budget sur la vérité des besoins estimés. Si on fait cela, on n’enlève rien à personne.
Des tabous ?
Ni dans ce domaine-là ni dans d’autres
Etes-vous ouverts à des glissements de fiscalité, du travail vers le capital ?
Il ne faut rien exclure. Il faut des discussions ouvertes, avec une réserve : il ne faut pas alourdir la charge fiscale sur celles et ceux qui travaillent et particulièrement ceux qui bénéficient de revenus faibles et moyens.
Revenus faibles et moyens : c'est-à-dire ?
Je ne vais pas m’enfermer ici dans des querelles de chiffres. Un ménage avec deux personnes qui travaillent et qui ont des revenus moyens, des enseignants, des électriciens, des fonctionnaires, c’est-à-dire l’immense majorité des citoyens de notre pays qui doivent affronter les charges financières de la rentrée des classes L’immense majorité de ces gens-là ne peuvent pas être affectés et ne peuvent pas payer la crise une deuxième fois par des glissements de fiscalité qui conduiraient indirectement à diminuer leur capacité d’investir et de consommer.
Les syndicats veulent augmenter la fiscalité sur les revenus plus élevés en réinstaurant la tranche d'imposition de 55 %...
C’est très symbolique quand on voit les recettes fiscales qui sont générées par ce type de propositions. Voyez l’exemple français : l’impôt sur la fortune fait fuir vers l’étranger un certain nombre de moyens et conduit en fait à diminuer les recettes fiscales de l’Etat français. Par contre, je n’évacue pas les solutions qui pourraient être prises dans un cadre européen et qui toucheraient à la spéculation financière, voire à une fiscalité sur les billets d’avion ou le kérosène.
A côté de ce débat, la réforme de l'Etat parait assez lointaine voire futile ?
Il faut respecter la volonté de ceux qui veulent réformer l’Etat. Il y a une expression politique forte qui existe en Flandre en faveur d’une organisation différente de l’Etat. Plus que jamais, le budget ne peut pas être instrumentalisé pour la symbolique communautaire. Continuons le travail de dialogue dans le respect mutuel . Il n’y a pas de réforme possible autrement que dans la tranquillité et le respect. La méthode du révolver sur la tempe ne fonctionnera pas.
Les réformateurs francophones abordent-ils ces deux débats en position de force ?
En tout cas avec sérénité et bon sens.
Le MR est-il un parti apaisé ?
Je ferai trois remarques :
1. Je suis tout entier tourné vers mon travail au gouvernement fédéral;
2. Je suis un partisan radical de l’unité et du rassemblement;
3. Je n’exprimerai mon opinion qu’à l’intérieur du MR
C'est nouveau cela...
C’est ma réponse
La lettre envoyée par Didier Reynders aux cadres du parti a-t-elle apaisé les tensions ?
Je m’exprimerai sur le MR qu’à l’intérieur du MR.
Le cumul de Didier Reynders ne vous pose-t-il plus de problème?
Je m’exprimerai à l’intérieur du MR.
De manière définitive ?
Il y a des moments en politique. Je ne m’enferme pas dans des calendriers.
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