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l'après van rompuy
Leterme, clap, cinquième !
Paul Piret
Mis en ligne le 21/11/2009
Yves Leterme donc. Sans doute. Encore. Toujours. Qui, retrouvant le "Seize", aura tout du phénix. Vous savez, cet oiseau unique en son genre parce que multiséculaire, à se bruler sans cesse les ailes pour à chaque fois renaitre de ses cendres.
Tout du phénix ? Non, tout de même. L’animal qui a survolé la mythologie gréco-latine y passait pour être fabuleux. Et "fabuleux", qu’on l’entende au sens du légendaire ou à celui du prodigieux, euh , ce n’est pas exactement le premier qualificatif que l’on accolerait spontanément au petit homme simple et brouillon du Westhoek. Même si l’on s’échine à se garder de tout acharnement, plus encore de toute diabolisation, dont il put être tour à tour maladroitement le fauteur, contre-productivement la cible ou injustement la victime.
Si destin fabuleux il y eut, autrement moins rieur que celui d’Amélie Poulain, ce ne fut que le temps d’un grand soir. Celui du 10 juin 2007, lorsque le boulier-compteur électoral sénatorial du champion CD&V s’affola à hauteur de 800 000 voix. Un triomphe qui aura été aussi un piège. Passe encore que des braillards de la N-VA tinrent la dragée haute en ce drôle de baptême, agitant à ses côtés des drapeaux flamingants comme à la première arrivée cycliste venue : Leterme s’était personnellement assez engagé à cartelliser les séparatistes de son parti pour tenter de les éloigner. Mais lui-même s’était déjà abimé l’image, et la cohérence : en justifiant son départ de la ministre-présidence flamande pour le niveau fédéral, contrairement à ses serments antérieurs, par son souci de défendre les intérêts de la Flandre. Alors même qu’il était déjà, inévitablement, le premier "primoministrable" belge en puissance.
"Et alors ?", couperont bien des Flamands, de bonne foi même. Et alors, posons une autre question. Toutes proportions gardées, qu’eût-on pensé d’un Barack Obama s’engageant dans la course pour la Maison-Blanche en disant vouloir privilégier le seul Etat de l’Illinois dont il était sénateur ? Et qu’eussent été ses chances ?
L’équivoque majeure s’illustre là, dans ce grand écart, si ardu à réduire pour Leterme, entre ses visées flamandes autonomistes et sa propulsion à la première fonction du Royaume - dont il jauge la "valeur ajoutée" à intensité variable selon les auditoires et circonstances. Ajoutons-y une propension maladive sinon maudite à gaffer, à jeter le trouble, à mal se faire comprendre, dont on ne sait toujours trop s’il faut l’attribuer à une sorte d’incapacité, ou à de l’obstination à conduire une trajectoire par trop personnelle. Et tous les ingrédients pour entamer un vrai chemin de croix étaient réunis, concentrés, condensés.
Pourtant, ce ne fut pas faute d’essayer. Chez ce personnage haut en instabilité, bien davantage qu’en couleurs, l’opiniâtreté serait l’unique et solide valeur fixe.
Quatre fois depuis juin 2007, il sera politiquement tombé. Deux fois comme formateur, deux autres comme Premier ministre. Quatre fois en seulement 18 mois, il faut le faire ! Surtout, il faut chaque fois vouloir revenir "C’est l’un de mes défauts : je ne renonce pas dans l’adversité", convenait-il dans "La Libre" le 21mars dernier, avant de traiter le fameux courrier du premier président de la Cour de cassation, Ghislain Londers, en plein Fortisgate, voici 11 mois, de "mini-coup d’Etat".
Souvenons-nous.
Un. Impatient d’en découdre, quitte à faire sauter imprudemment un négociateur royal appelé Jean-Luc Dehaene, Yves Leterme devient formateur le 15 juillet 2007. Il ne tient pas 40 jours dans sa tentative d’accord de gouvernement MR, VLD, CDH, CD&V. Remise de tablier le 23 août. "Le terminus", titre "La Libre" le lendemain.
Deux. Un certain Herman Van Rompuy (c’est qui, déjà, cet autre revenant du vieux CVP ?) achève une très discrète mission appelée confusément (tout un symbole !) d’explorateur ou d’éclaireur. Le 29 septembre, au jour J + 111 de la crise, Leterme est à nouveau formateur. Le 1er décembre, nouvel échec. Et avec lui, définitif cette fois, celui de l’orange bleue. "Veni, vidi, fini", commente "La Libre". C’est dur, très C’est dur d’être indulgent à l’égard de celui qui, sans certes porter toute la responsabilité d’un trop long pourrissement, en porte la part la plus visible et lourde.
Trois. Guy Verhofstadt de retour a pu monter une coalition réunissant de bric et de broc les bleus, les oranges, et les rouges uniquement francophones. Après cet intérim bluffant, du 21 décembre 2007 au 20 mars 2008, Leterme, c’était prévu, prend le relai. Jusqu’au 14 juillet. Il ne s’agit plus de Marseillaise, telle qu’il l’a chantonnée pour la Brabançonne, le 21 juillet précédent, par calamiteuse distraction. En cause ici, l’impossibilité de relancer un dialogue communautaire à la date couperet fixée par ses propres rangs. C’est malin ! "Leterme jette l’éponge", titre "La Libre".
Quatre. En plein été donc, alors que tout le précédent a déjà été gâché, on remonterait dans la galère ? Non. Le Palais refuse la démission et nomme un trio de médiateurs surtout chargés d’assurer quelques vacances au reste de la classe à bout de souffle et d’inspiration. A la rentrée, les tensions se concentrent dans ce cartel qui aurait dû rester inimaginable. Leterme sans mission communautaire, c’est la N-VA toute nue. Rupture consommée le 24 septembre. Trois jours plus tard éclate la crise Fortis. Or, dans le tsunami financier, on trouve généralement à Leterme de la résistance, du coffre, et même de l’allure. Paradoxe : il va couler là même où l’on venait à lui reconnaitre une ligne de flottaison, lorsque transpirent d’imprécises pressions de la politique sur la justice. Leterme et son exécutif démissionnent le 19 décembre. "La chute", titre "La Libre".
Voici donc que s’ébauche un cinquième essai. Un élément essentiel le distingue des quatre précédents : nous ne sommes pas dans une situation de crise, ni d’image d’une Belgique en état de délitement avancé. C’est même doublement l’inverse. Par comparaison avec la tambouille fadasse que les citoyens ont dû ingurgiter pendant des mois, cet atout est d’or. Yves Leterme devra prouver qu’il n’a pas la faculté, à l’opposé des alchimistes rêvés de jadis, de transformer tout or en plomb. Comme il dirait, "on verra, le moment venu". Très juste.
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