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Histoire

Une autre vision de la guerre

Christian Laporte

Mis en ligne le 21/11/2009

Le Ceges lance une série d’études sur la vie quotidienne en 40-45. Une relecture de l’histoire de la guerre par la photo en cinq volumes.

D

epuis quelques années, le Ceges, entendez le Centre d’études et de documentation Guerre et sociétés contemporaines a étendu son champ d’investigation à la fois dans le temps et dans l’espace en s’intéressant aux origines plus lointaines de la Seconde Guerre mondiale chez nous mais aussi ailleurs.

Mais il n’en oublie pas pour autant sa grande passion d’antan : l’analyse pointue de la société belge pendant le deuxième conflit mondial. A quelques encablures de son 40e anniversaire, il renoue même avec ses fondamentaux de manière originale.

Convaincus que l’on peut encore trouver des trésors photographiques de la période, Rudi Van Doorslaer et son équipe - qui ont déjà lancé des appels au public dans ce sens - ont décidé de publier une série d’albums montrant les villes mais aussi les villages belges en 40-45 où l’on ne verra pas cette fois les bombardements ou les champs de bataille mais plutôt la vie quotidienne sous toutes ces facettes. La grande richesse de cette approche est que les chercheurs du Ceges éclaireront ces images en dépassant l’information de base qu’elles fournissent à partir de moult travaux et témoignages.

C’est Bruxelles qui ouvre la série avant respectivement les villes wallonnes puis les villes flamandes et enfin des villages que l’on peut considérer comme symboliques.

Comme l’explique Chantal Kesteloot qui signe le premier consacré à la capitale "l’objectif n’est pas de proposer une histoire de la photographie de Bruxelles mais bien une histoire de Bruxelles en guerre". En dépassant toutefois les images en tant que telles : "Ce n’est pas un simple reflet du réel mais la représentation de réalités qu’il convient d’analyser, de mettre en corrélation et d’interpréter."

L’approche de Chantal Kesteloot dans l’analyse d’une centaine de photos qu’elle a estimées représentatives est d’autant plus fascinante qu’elle dépasse les photos où l’on a l’impression que Bruxelles subit une occupation paisible avec un occupant serviable et presque bien intentionné. Mieux, on pourrait aller jusqu’à penser que Bruxelles vit l’occupation sans bouleversements. La réalité est évidemment différente : sous ces dehors sympathiques, on devine la propagande qui ici comme ailleurs - l’an dernier, une exposition de photos sur le Paris occupé a fait polémique - est terriblement pernicieuse, d’autant plus lorsque le photographe allemand de service Otto Kropf se double d’un véritable artiste.

Mais Kesteloot n’a pas limité son échantillon à ces clichés trompeurs : au détour des pages de l’album, elle montre aussi par des documents assez rares que Bruxelles a subi l’occupation avec l’appui de collaborateurs sans vergogne et que les habitants furent soumis à de terribles restrictions. Une analyse passionnante estampillée Ceges

"Bruxelles sous l’Occupation", Chantal Kesteloot, Editions Luc Pire, 20 €; parait en néerlandais à la Standaard Uitgeverij.

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