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La concertation sociale à l’épreuve de la crise financière
Vincent Rocour
Mis en ligne le 09/02/2010
Les relations entre employeurs et syndicats sont au plus mal. Elles n’ont sans doute plus été aussi détériorées depuis 2005 et la négociation laborieuse sur le pacte entre les générations.
Mais faut-il s’en étonner ? Les crises économiques ont toujours constitué de véritables épreuves pour la concertation sociale. Et celle que l’on traverse actuellement ne fait pas exception. Peut-être même qu’elle met les rapports entre patrons et syndicats à plus rude épreuve encore que lors des épisodes précédents. Car, à tort ou à raison, elle est attribuée au capitalisme et à son mode de fonctionnement. Cela libère forcément de forts relents idéologiques dans les rangs syndicaux. Et cela met les employeurs en porte-à-faux, accusés parfois sans grand discernement d’être complices des responsables du gâchis. Les patrons sont à nouveau sur la défensive. A preuve, cette campagne pour le moins inédite qu’ils ont lancée il y a 15 jours et par laquelle ils clament "Laissez nous entreprendre".
Et puis, il y a les pertes d’emploi qui, mises bout à bout, commencent à prendre des allures de désastre social. Les états-majors syndicaux sont interpelés au quotidien par leur base. Et ils répondent à ce malaise. En haussant le ton. En réclamant plus de régulation. En disant vouloir refuser que "les travailleurs soient les victimes d’une crise dont ils ne sont pas responsables".
Mais les interlocuteurs sociaux belges sont des pragmatiques. Ils n’ont généralement aucune peine à abandonner les postures idéologiques quand il s’agit de peser sur le réel. C’est d’ailleurs bien dans cette capacité à nouer des consensus qu’ils tirent leur pouvoir. Le jour où ils ne seront plus capables d’aboutir à des compromis, ils cesseront d’être utiles à la prise de décision. Ils seront alors rapidement mis sur la touche par le gouvernement. Certains en rêvent d’ailleurs. Samedi, dans le "Standaard", le nouveau président de l’Open VLD, Alexandre De Croo, disait que les partenaires sociaux avaient trop de pouvoir. "Les politiques doivent décider, pas eux", a-t-il plaidé.
Patrons et syndicats auront cependant fort à faire s’ils veulent prouver que leur faculté d’aboutir à des accords reste intacte. Les écueils qui les attentent paraissent pratiquement infranchissables.
Les interlocuteurs sociaux devront d’abord, avant l’été, tenter de boucler un accord sur une harmonisation entre le statut social des ouvriers et celui des employés. Cela fait pourtant des années qu’ils s’y cassent les dents. A cause de positions apparemment irréconciliables. Au nom des droits acquis, les syndicats refusent d’aligner - à la baisse - la durée de préavis de licenciement des employés sur celle des ouvriers. Et à cause du renchérissement du cout salarial que cela entrainerait, les employeurs refusent de relever le niveau de protection des ouvriers contre le licenciement à la hauteur des règles en vigueur pour les employés. Ce n’est pas pour rien que ce dossier est qualifié de "BHV des partenaires sociaux".
Fondamentalement, rien ne presse. Mais ce dossier est une bombe à retardement. La Cour constitutionnelle a déjà déclaré que la différence de traitement entre ouvriers et employés constituait une discrimination. Des ouvriers licenciés s’en sont servis pour aller au tribunal. Et y obtenir gain de cause.
L’autre écueil auquel seront confrontés les interlocuteurs sociaux, c’est, à l’automne, la négociation d’un nouvel accord interprofessionnel pour les années 2011-2012. Les syndicats viendront immanquablement avec de nouvelles revendications salariales. Et les employeurs leur rétorqueront que les couts salariaux sont déjà trop élevés en Belgique - les alourdir serait un suicide, disent-ils. D’ordinaire, le gouvernement vient à la rescousse pour financer un allègement des charges patronales tout en permettant une hausse des salaires nets. Le hic, c’est que les caisses de l’Etat sont désormais vides. La crise les a rendues exsangues. Et le gouvernement ne peut plus se permettre de creuser le déficit sous peine d’alimenter le risque d’un scénario à la Grecque.
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