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Politique

Charles Michel: "Notre système n’est pas assez démocratique"

Francis Van de Woestyne

Mis en ligne le 27/02/2010

Charles Michel (MR) propose trois réformes. Suppression du vote obligatoire, élection directe du ministre-Président et scrutin majoritaire à 2 tours.
Entretien

Le président du VLD, Alexander De Croo, a remis au gout du jour, le débat sur le vote obligatoire. Dans tous les partis, le débat divise. Au MR, le ministre Charles Michel est -contrairement à son père, Louis – partisan de la suppression de l’obligation de vote. Mais il assortit sa proposition d’une série de réformes : élection directe du ministre-Président et système majoritaire à deux tours. Votre proposition est-elle vraiment dénuée d’arrière-pensée électoraliste ? Quelles sont les raisons qui vous poussent à réclamer la suppression du vote obligatoire ?

Des raisons de conviction. La liberté et la responsabilité sont deux valeurs centrales de notre modèle démocratique. Il faut valoriser l’engagement citoyen à travers une émulation, une volonté de participer au débat démocratique. Mais cela doit être libre, fondé sur une conviction, un engagement citoyen et pas sur la crainte d’une sanction qui reste potentielle puisqu’aujourd’hui on ne poursuit plus.

Que changerait la suppression de l’obligation de voter ?

Le fait de forcer le vote conduit à ce que le bulletin de vote exprimé au vogelpick par quelqu’un qui y va parce qu’il y est obligé a la même valeur que celui ou celle qui s’informera et qui pose un vote fondé sur une conviction, un engagement. Cela me trouble beaucoup.

Donc, pour vous, il y a deux types de citoyens : ceux qui réfléchissent avant de voter et les autres…

Certains s’informent, d’autres sont sciemment décalés du débat politique. Mais ce n’est pas l’obligation de vote qui les amène dans le débat politique. Nous devons essayer d’amener tous les citoyens à être acteurs du débat politique, à être impliqués notamment par l’exercice du droit de vote. Plutôt que de le faire avec le révolver sur la tempe, je pense qu’il est préférable d’introduire des réformes qui visent à donner plus de poids au bulletin de vote.

Dans les faits, vous voulez réserver le vote aux privilégiés, à ceux qui sont formés et qui se sentent concernés…

En aucun cas. Ce sentiment-là est fondé sur une erreur. Il n’y a pas de corrélation entre des gens qui seraient formés et d’autres qui ne seraient pas instruits et qui n’iraient pas voter. Je rencontre beaucoup de citoyens. Je constate que ceux qui sont engagés dans le débat politique ne sont pas ceux qui ont une formation importante. C’est un apriori négatif à l’égard d’une partie de la population que je ne partage absolument pas. Des personnes confrontées à certaines difficultés, sont souvent très conscientes de l’influence de la politique sur leur vie quotidienne. Dans le même temps, je vois des citoyens qui ont un certain confort de vie, parce qu’ils ont fait des études, parce qu’ils ont un travail de qualité, qui font le choix d’être totalement déconnectés de l’actualité politique. Le pire ennemi du suffrage universel et de la démocratie c’est la conviction qu’à une très large majorité le vote n’est pas très utile et ne sert à rien.

Parce que les partis confisquent et interprètent parfois très librement le résultat du vote…

Je pense que ce sentiment du vote inutile est dû, tout d’abord, à notre système électoral. Notre système, très proportionnel, ne permet pas que se dégagent des choix très clairs. Le scrutin majoritaire tel qu’il est pratiqué en France, aux Etats-Unis, en Angleterre permet la nuance alors qu’on affirme souvent le contraire. Simplement, la nuance, dans le système majoritaire, s’exprime avant que l’électeur n’ait parlé. En France, par exemple, les électeurs choisissent non seulement leur parlement mais aussi leur gouvernement. Chez nous, on choisit le parlement et pas le gouvernement. Or, c’est bien la coalition qui forme le gouvernement qui pèse sur la vie des gens.

Prenons un exemple : qu’est-ce que cela aurait changé en 2009 si nous avions été dans un système majoritaire ?

Eh bien, je suis convaincu, par exemple, que si les électeurs Ecolo avaient su que leur parti ferait le choix du PS, ils n’auraient pas voté pour Ecolo. Et peut-être que d’autres aussi, n’auraient pas voté pour Ecolo si ses dirigeants avaient annoncé qu’ils s’allieraient avec le MR. Mais au moins, les choix auraient été clairs.

Donc, avec un système majoritaire, quel gouvernement aurions-nous, en Région wallonne ?

J’ai l’intime conviction que si les électeurs avaient pu se prononcer sur la coalition, ils auraient opté pour la coalition du vrai changement : MR-Ecolo.

Pratiquement, quel système proposez-vous ?

Le système majoritaire à deux tours. C’est celui qui a le mérite de la clarté la plus totale. Cela signifie qu’au premier tour, les électeurs s’expriment en faveur des partis. Au deuxième tour, ils s’expriment pour des coalitions proposées ou négociées par les partis entre les deux tours. Ainsi, pour revenir à l’élection de juin 2009, plutôt que d’avoir quelques militants Ecolo et CDH qui, in fine, décident de l’avenir de la Wallonie, c’est l’ensemble des électeurs qui se seraient prononcés sur les majorités.

Cela est-il immédiatement praticable ?

Il faut étudier cela. Je ne le propose d’ailleurs que sur le plan régional, et communautaire. Mais ma deuxième réforme est, elle, immédiatement praticable. Ainsi, j’estime que chaque parti politique devrait dire quel est son candidat ministre-président pour la Région wallonne et la Communauté française ainsi que pour la Région bruxelloise. C’est ce candidat ministre-Président qui conduirait la liste de chaque parti. Il est donc possible de jumeler les deux idées : pour le deuxième tour, les partis s’accorderaient sur la personnalité du futur ministre-Président de la coalition. Les électeurs se prononceraient ainsi, au deuxième tour, en toute connaissance de cause sur la base non plus d’un programme d’un parti que l’on sait irréaliste -aucun parti n’aura la majorité absolue-, mais bien d’un programme de gouvernement. En résumé, dans un système majoritaire à deux tours, les électeurs choisiraient les partis, la majorité, le programme et le chef de file chargé de mettre en œuvre un programme connu.

On en reviendrait à des débats électoraux entre les “titans” de chaque parti, plutôt qu’un débat d’idées…

Je pense au contraire que cela renforcera le combat d’idées car la transparence sera beaucoup plus forte qu’aujourd’hui. Aujourd’hui, avant les élections, les partis disent : on va faire ceci, cela et encore cela. Après ils disent : on aurait bien voulu faire tout cela, mais malheureusement on est en coalition et on ne peut pas. Donc, le citoyen a, en permanence, le sentiment que les promesses ne sont pas tenues. Cette impression disparaitra ou s’atténuera dès lors que les gens seront invités à se prononcer sur la coalition et sur son programme.

Ce système ne réduirait en rien l’influence des présidents de partis considérés, à tort ou à raison, comme ceux qui décident tout, tout le temps…

Les présidents conserveraient leur pouvoir mais avec une dynamique de transparence bien plus importante qu’aujourd’hui. Actuellement, il y a déjà deux tours, dans notre modèle. Au premier tour, les gens votent. Le deuxième tour a parfois lieu après les élections, entre présidents de partis. Mais parfois, ce deuxième tour a lieu avant les élections quand les présidents de partis scellent des préaccords électoraux avant même que les électeurs aient voté. Et tout est joué d’avance. Cela n’est pas acceptable. Le deuxième tour, qu’il ait lieu avant ou après, ne doit plus être entre les mains de quelques-uns, mais il doit appartenir à l’ensemble des électeurs sur la base de choix transparents. J’ajoute enfin que je suis partisan de l’établissement d’une circonscription unique au niveau francophone pour les élections régionales et communautaires. Et au niveau belge pour les élections fédérales.

Vous diriez que notre système actuel est anti-démocratique ?

Certainement pas. Notre système est démocratique mais pas assez démocratique. Il faut rendre du poids politique à nos concitoyens. Ils doivent avoir la conviction, pas seulement le sentiment, que le vote qu’ils expriment va réellement influencer le cours de leur vie.

Le MR a-t-il réalisé des sondages pour savoir ce que donneraient des élections sans un vote obligatoire ?

A ma connaissance, non. Je n’ai aucune idée, très objectivement, de l’influence que cela aurait en termes de répartition des succès électoraux. La remarque est flatteuse : cela signifie donc que si on laisse la liberté totale d’aller voter, les gens renforceraient le MR !

Vous êtes un peu naïf, non ? Car vous prêchez plutôt dans le désert. Au sein de votre parti, ceux qui veulent supprimer l’obligation de voter ne sont pas majoritaires. Et dans les autres partis, il n’est pas question de changer quoi que ce soit…

Au début de l’histoire de notre pays, des gens ont tenu un plaidoyer, très minoritaire, en faveur du suffrage universel Avant d’élargir le suffrage aux femmes, certains tenaient un plaidoyer qui était également minoritaire. Pareil pour l’accès à l’enseignement pour tous. Les grandes réformes prennent parfois du temps. Mais quand on a des convictions, il faut les exprimer. Et pas seulement exprimer des convictions quand on a le sentiment qu’elles sont majoritaires. Il peut y avoir des accélérations. Je crois que dans beaucoup de partis, le débat a lieu et les avis y sont très partagés.

Si le MR ne reprend pas cette réforme à son compte, on pourra en tirer comme conclusion que le poids de Charles Michel au MR se réduit…

Dans la perspective du printemps des réformes, nous parlerons de beaucoup de sujets destinés à vivifier notre démocratie : le scrutin majoritaire, le référendum, l’élection du ministre-Président, l’élection plus directe encore du bourgmestre. Ce sont des propositions que je compte bien défendre. Mais en aucun cas, ces sujets ne doivent être des prétextes à des divisions.

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