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Élection | Proportionnel ou majoritaire

Comment renforcer le vote de l’électeur ?

Francis Van de Woestyne

Mis en ligne le 02/03/2010

Ch. Michel proposait un sytème majoritaire à deux tours et l’élection directe du ministre-président PS, Ecolo et CDH rejettent ces idées. Le MR réfléchit.

Faut-il, comme le suggère Charles Michel, ministre libéral de la Coopération au développement, remplacer notre système proportionnel par un système majoritaire à deux tours (voir ci-dessous). Et encore supprimer le vote obligatoire.

Autant le dire tout de suite. Si l’idée devait être soumise au vote, elle serait tout simplement recalée. Car, pour l’instant, et officiellement, seule une partie du MR défend ce vote majoritaire à deux tours.

Qui soutient ces idées ? La direction du MR ne prend pas position mais précise que certaines de ces idées seront soumises au congrès du MR en juin. Parmi les plus fervents soutiens de Charles Michel, on trouve les députés Xavier Baselen ou encore Denis Ducarme. Lequel précise : "La plupart des élus de la nouvelle génération ont envie de pousser l’émergence d’un système majoritaire car les électeurs ont le sentiment de se faire confisquer l’élection." Faut-il supprimer le vote obligatoire ? Pas sans instaurer le référendum, estime Denis Ducarme.

Cette position, on la retrouve aussi chez Mischaël Modrikamen, président du Parti populaire : "Dans notre manifeste, on trouve déjà des idées visant à redonner la parole au citoyen. Cela passe par le vote majoritaire à deux tours pour que ce second tour soit celui des électeurs et non celui exclusif des partis. Nous sommes aussi contre le vote obligatoire, ce système paternaliste et clientéliste. Nous pensons que le vote est un droit, pas un devoir. Voteront ainsi ceux qui s’estiment concernés par le scrutin et qui font un choix en pleine connaissance de cause." Modrikamen est aussi partisan de la suppression du vote en case de tête et des suppléants, de manière à forcer les parlementaires élus à siéger et à éloigner des combats électoraux, les parlementaires "attrape-voix". Le PP veut aussi instaurer le référendum.

Voilà pour les partisans. Les opposants ? Marcel Cheron (Ecolo), par exemple : "A chaque élection, dit-il, il y a environ 10 % d’abstentionnistes. Je pense que ce désamour électoral là est réversible. Si on supprime l’obligation de vote, je crains que cela ne soit irréversible et que plus en plus de gens se détacheront du vote. Et ce sont les publics les plus précarisés qui n’iront pas voter." "Je note, ajoute-t-il, que Charles Michel veut supprimer le vote obligatoire et veut ensuite faire voter les gens deux fois en 15 jours !"

Le scrutin majoritaire à deux tours ?, Cheron est encore plus perplexe : "Nous sommes plus que jamais favorables au scrutin proportionnel parce que cela permet plus de pluralisme politique. Ma famille politique a émergé parce qu’il y avait ce pluralisme." Que faire pour que l’électeur puisse choisir non seulement ses représentants mais aussi ses exécutants ? "Il y a effectivement un souci par manque de lisibilité. Nous avons tenté de démontrer, après les élections régionales de juin 2009, qu’il y avait moyen de consulter les autres partis sur la base du programme. Les gens, avant de voter, peuvent s’intéresser au programme de chaque parti et ils peuvent lire ensuite ce qu’il y a dans le programme de gouvernement négocié." Pour Marcel Cheron, le système de Charles Michel entrainerait la bipolarisation et le risque terrible d’hégémonie d’un seul parti. "En France, le système majoritaire à deux tours provoque des regroupements politiques artificiels : l’UMP est une création autour du seul Sarkozy. Notre système électoral est fondé sur la représentation. Charles Michel veut un système présidentiel qui réserve le jeu politique à une poignée d’individus. Croire que des cogitations d’appareils entre deux tours servent de fondement plus démocratique que le système actuel, je n’y crois pas. Je ne vois pas où est le progrès" conclut Cheron.

Au PS, l’accueil n’est pas plus favorable. Pour trois raisons essentielles.

1. Il faut être prudent, dit-on au PS, quand on change les règles électorales. La dernière fois, c’était en 2002, quand Guy Verhofstadt a changé les circonscriptions électorales. On voit l’imbroglio juridique que cela a entrai.

2. On vit une des crises sociales et économiques les plus graves de ces dernières décennies. "Nulle part en Europe, souligne le PS, on ne voit des personnalités politiques de premier plan mettre à l’agenda de telles questions alors que les vrais enjeux sont ailleurs."

3.Le PS note qu’il ne serait pas nécessairement désavantagé par un scrutin majoritaire. "C’est plutôt les plus petits partis comme Ecolo et le CDH qui seraient visés." Néanmoins, le PS estime que cela a du sens en démocratie que le Parlement représente, comme aujourd’hui, toutes les sensibilités de la société civile.

Au nom du CDH, Francis Delpérée, ironise : "Quand on est dans l’opposition, on peut toujours être tenté de changer les règles électorales en espérant qu’un nouveau code vous ramènera au pouvoir. C’est peut-être plus facile de changer les règles que de rassembler des citoyens autour des idées." Il estime aussi que la proposition de Charles Michel est "totalement improvisée" : le scrutin serait-il uninomal ? Binominal ? Que se passerait-t-il entre les deux tours ? Un parti pourrait-il se maintenir ? Deux listes pourraient-elles fusionner ? Ou constituer des cartels ?

"Plus fondamentalement, ajoute Francis Delpérée, le scrutin proportionnel a un objectif de justice. Le scrutin majoritaire a pour lui l’efficacité car il débouche, normalement, sur le bipartisme et l’élimination d’autres formations politiques. Mais la question est de savoir s’il faut remettre en cause ce dogme de la vie politique belge qu’est le pluralisme politique. Nous sommes dans un pays suffisamment complexe pour ne pas lui imposer des ruptures et des alternances auxquels conduit nécessairement le bipartisme. Voyez l’exemple britannique : on nationalise, puis on privatise. Nous sommes habitués à plus de recherche de consensus. Oui, c’est vrai, on est parfois surpris de la couleur des coalitions, mais c’est aussi parce que le message de l’électeur n’est pas toujours très clair."

La solution ? Il y a beaucoup de pays où l’on fait un mix des deux : un scrutin proportionnel avec une dose de majoritaire. Ou l’inverse. "Mais un scrutin majoritaire pur, c’est instaurer des cassures dans un Etat qui n’en a pas besoin."Le mot de la fin ?

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