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Vent de panique sur les retraites
Vincent Rocour
Mis en ligne le 08/03/2010
La Belgique vieillit. C’est une évidence. L’âge moyen du Belge grimpe en flèche : 39,65 ans en 2000, 40,78 ans actuellement, 43 ans en 2030 et 45 ans en 2060. Deux phénomènes se conjuguent. D’une part, le taux de natalité pique du nez. Aujourd’hui, une femme résidant en Belgique fait en moyenne 1,81 enfant durant sa vie. Et cela ne fera qu’empirer puisque, selon les projections démographiques, elle n’en fera plus que 1,76 en 2050. D’autre part, les Belges vivent de plus en plus longtemps. Les démographies ont calculé que l’espérance de vie à la naissance des hommes va passer de 77,3 ans en 2007 à 84 ans en 2050 et celle des femmes, de 83,3 ans en 2007 à 89,7 ans en 2050.
On pourrait presque s’en réjouir si le vieillissement ne faisait pas peser une lourde hypothèque sur l’avenir de la sécurité sociale. Selon le Comité d’étude sur le vieillissement, qui publie, chaque année, des projections à long terme des dépenses sociales, le cout estimé du vieillissement entre 2008 et 2060 atteindra 8,2 % du PIB. Durant cette période, le montant total des dépenses sociales passerait, en effet, de 23 % à 31 % des richesses produites au cours d’une année. Rien que la hausse des dépenses de pension représenterait l’équivalent de 5,3 % du PIB. C’est dire l’ampleur du chantier à mener. Un chantier d’autant plus pharaonesque que les pensions belges figurent parmi les plus basses d’Europe.
Des solutions ont déjà été mises sur pied. Mais sans grand résultat. Le fonds de vieillissement tourne au fiasco. Et les mesures prises pour retarder l’âge du départ à la retraite tardent à produire leurs effets. L’angoisse grandit. L’actuel ministre des Pensions, Michel Daerden (PS), avance que le payement des pensions est garanti jusqu’en 2015. Et après ? C’est l’inconnue. Quand on l’interroge, il se montre invariablement rassurant : " L’Etat a trouvé de l’argent pour sauver les banques, argüe-t-il. L’Etat paiera les pensions. " Mais il ne dit pas comment on les payera. Et pour cause. La pérennité des pensions légales passera par des mesures de grande envergure.
En janvier 2009, le gouvernement a mis en place une Conférence nationale des pensions, avec pour mission de fixer les grandes lignes d’une réforme du système. Les élections régionales de juin et le changement à la tête du département - Michel Daerden a remplacé Marie Arena - ont retardé le processus. Mais la Conférence nationale des pensions est désormais entrée dans sa dernière ligne droite, décisive. L’échéance se rapproche. Les membres de la Conférence nationale sur les pensions doivent, en principe, remettre leurs recommandations avant le début de la présidence belge de l’Union européenne.
Toutes les pistes devront être explorées. Mais elles sont toujours délicates. Ainsi, l’Europe recommande de modérer les dépenses sociales. On voit mal cependant comment on pourrait raboter encore les pensions. Il pourrait être question de freiner les dépenses de soins de santé, elles aussi alourdies par le phénomène de vieillissement. Mais est-ce politiquement souhaitable ?
Une autre possibilité est de réduire drastiquement l’endettement de l’Etat, ce qui permet de dégager des moyens nouveaux pour les pensions. Mais l’effort qui sera imposé à la population belge pour simplement retrouver l’équilibre budgétaire en 2015 parait déjà à ce point insupportable qu’on voit mal comment l’alourdir encore.
De toute évidence, si l’Etat payera les pensions, comme l’affirme Michel Daerden, il lui faudra de l’imagination, des réformes en profondeur et une bonne cure d’austérité. Quant aux Belges, ils devront apprendre à travailler plus longtemps.
La suite de la séries "pensions" et tous les articles sont à retrouver dans votre Libre Belgique de ce lundi.
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