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Justice | Procès Malika
Procès de Malika El Aroud: une femme "en colère"
Christophe Lamfalussy
Mis en ligne le 10/03/2010
C’est une femme "en colère " mais qui dément avoir incité des jeunes musulmans bruxellois à se battre dans la zone pakistano-afghane qui s’est présentée mardi devant le tribunal correctionnel de Bruxelles.
Malika El Aroud, principale inculpée, est apparue devant ses juges sans niqab ni voile. Elle s’est tenue debout, le micro à la main, durant les quelque trois heures qu’ont duré l’instruction d’audience menée avec sagacité par le président Pierre Hendrickx.
En colère, l’égérie du djihad l’est contre "l’ invasion " de l’Afghanistan par les troupes américaines et alliées, une intervention qui l’a forcé à fuir l’éden islamique où elle avait vécu en 2001 avec son second mari Abdessatar Dahmane, lequel allait conduire l’attentat contre le commandant Massoud.
L’inculpée refuse d’endosser le rôle d’incitatrice du groupe de quatre Belges et de deux Français qui est parti en 2008 s’entrainer à l’arme lourde et à l’AK-47 au Waziristan. Mais elle comprend. " Quand une nation est agressée , dit-elle, c’est une obligation. Cela a été écrit il y a quatorze siècles : allez défendre vos frères et sœurs ."
Aux juges qui l’interrogent sur cette interprétation du Coran, Malika El Aroud explique que l’appartenance à la communauté musulmane prime sur la nationalité, que chaque musulman a pour devoir d’aider ses frères et sœurs.
" Mais ici personne n’est Afghan ? ", lui rétorque le président, en désignant le banc des inculpés.
" L’Afghanistan, la Palestine, la Somalie, le Maghreb, c’est une terre. Nous sommes là chez nous ", répond l’inculpée.
Aucun des trois juges ne lui a posé la question qui brule les lèvres : si elle se réjouit de la mort de soldats américains en Afghanistan, (même si, dit-elle, " on ne tue pas les gens par plaisir, c’est la guerre "), se réjouira-t-elle aussi si un soldat belge meurt à Kaboul ou à Kunduz ?
Bien qu’elle soit arrivée en Belgique à l’âge de 5 ans, en 1964, Malika El Aroud a acquis très tardivement la nationalité belge, en octobre 2000. Elle dit l’avoir fait parce que le consulat marocain à Bruxelles ne reconnaissait pas sa fille née d’un premier mariage. Son ex-mari n’avait pas signalé son existence aux autorités marocaines.
La Belge s’est mariée trois fois - une fois légalement et civilement en 1977 avec un Marocain beaucoup plus âgé et deux fois religieusement, avec le seul assentiment du cheikh d’origine syrienne Ayachi Bassam en 1999 et d’un Belge converti, Olivier Dassy en 2003.
Malika El Aroud a aussi été interrogée sur un mail qu’elle a envoyé à son troisième mari Moez Garsallaoui (inculpé, mais en fuite) dans lequel elle écrit qu’elle " préfère te savoir là-bas qu’avec tous ces chiens qui t’étouffent ".
A quoi faisait-elle allusion ? On comprendra, après les questions répétées du président Hendrickx, qu’elle en veut à la police suisse d’avoir maltraité son mari et d’être intervenue manu militari dans leur appartement et reproche aux Américains de bombarder l’Afghanistan. " Je m’excuse auprès des animaux" , siffle l’inculpée. La salle d’audience reste interloquée.
Malika El Aroud n’a pas pu donner d’explications sur un autre mail qu’elle envoie par MSN à son mari le 22 décembre 2007, alors que ce dernier est sans doute en train de voyager d’Istanbul au Waziristan avec le groupe des djihadistes. "J’espère que tu vas bien avec ton chat, tes poules et tes lapins ! ", écrit-elle. Les islamistes se savent surveillés et prennent d’infinies précautions pour masquer leurs communications. Le président du Tribunal le sait, mais il ne parvient pas à tirer de l’inculpée une explication plausible.
Les trois prévenus revenus du Waziristan ont expliqué au tribunal qu’ils disposaient de 3 000 à 4 000 euros pour leur voyage vers le Waziristan. Une fois sur place, le mari d’El Aroud, Moez Garsallaoui, leur achètera l’armement - soit une mitraillette, deux grenades et un gilet pour la somme de 900 euros chacun.
Malika - qui les appelle "les gamins " - affirme qu’elle n’a pas financé leur périple. Elle leur a bien proposé 3 000 euros, mais ceux-ci ont refusé, sans doute parce qu’ils "étaient gênés de recevoir de l’argent d’une femme ".
D’où venait cet argent ? Qui a aidé ces jeunes désargentés et sans travail ? Jusqu’ici, les réponses sont évasives. L’audience reprendra jeudi matin.
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