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Justice | Procès Malika
Où il est de nouveau question d’Oussama Ben Laden
Christophe Lamfalussy
Mis en ligne le 12/03/2010
Le fantôme d’Oussama Ben Laden a plané jeudi sur le tribunal correctionnel de Bruxelles où s’est poursuivie l’instruction d’audience de la principale inculpée, Malika El Aroud, accusée d’avoir incité un groupe de jeunes musulmans bruxellois à se battre en Afghanistan.
Un témoin affirme en effet que le mari de Malika, le Tunisien Moez Garsallaoui, s’est vanté d’avoir rencontré Ben Laden et de lui avoir demandé l’autorisation d’amener son épouse dans la zone pakistano-afghane.
Plusieurs échanges de communications sur MSN - que le tribunal a continué à éplucher jeudi - montrent en effet que, dès novembre 2007, le couple belgo-tunisien cherchait à se réunir au plus vite. Malika était restée à Saint-Gilles tandis que son mari accueillait en Turquie les candidats à la guerre sainte. "Je sais qu’il y a un chemin pour toi", lui écrit son mari le 23 novembre 2007, en recommandant cependant à son épouse de ne pas entreprendre ce voyage car "il faut traverser des montagnes". Garsallaoui fera le voyage sans elle en passant par les montagnes du Kurdistan turc et iranien, par Téhéran, jusqu’au Waziristan, l’une des bases historiques d’al Qaeda. Les policiers belges retrouveront trace d’une photo de Garsallaoui, datant de l’été 2008 où on le voit porter un lance-roquette. Il se battait aux côtés des talibans "contre les Ricains et les renégats" de l’armée nationale afghane.
À Bruxelles, l’atmosphère était de plus en plus difficile. Une enquête contre Malika avait démarré fin 2007, toujours à l’instruction. Les policiers la surveillaient étroitement.
"Je n’étais pas bien. J’étais harcelée en Belgique. J’avais besoin de respirer", explique Malika El Aroud, qui se plaint des constantes filatures qu’elle subissait et de la caméra qui filmait en face de chez elle. Mais Malika affirme qu’elle voulait partir en vacances en Turquie, et non pas rejoindre le Waziristan. "Est-ce que vous ignorez que vous êtes interdite de séjour en Turquie ?", lui demande le Président. "Ah non, je ne le savais pas", répond-elle.
Le 14 avril 2008, Malika écrit à un autre inculpé, Abdulaziz Bastin, pour "des conseils à donner" et de l’argent pour ce voyage qu’elle compte faire en mai. Le Président du Tribunal Pierre Hendrickx, qui applique la stratégie de l’ellipse, se fait pressant. Mais Malika El Aroud esquive une fois de plus la question. Aux questions embarrassantes, succèdent des réponses fumeuses ou contradictoires.
Certes, Malika El Aroud condamne les attentats du 11 septembre 2001 ("un carnage"), sur les conseils de son avocate Me Fernande Motte de Raedt, mais elle disculpe aussitôt Ben Laden d’y être pour quelque chose (NdlR : Ben Laden a revendiqué les attentats en 2004 mais n’a jamais été inculpé par la justice américaine dans cette affaire). Enfin, elle relativise les choses. "Ce sont des morts qui viennent s’ajouter à d’autres", dit-elle.
Ses sentiments à l’égard du chef fondateur du réseau terroriste al Qaeda relèvent selon elle du domaine privé.
Du bout des lèvres, elle concède qu’"Oussama peut aider mon mari à me mettre en sécurité" mais remet aussi en cause la fiabilité des communications MSN, souvent interrompues à cause de la distance. Ces échanges constituent la base du dossier d’accusation contre le groupe belge, en plus de deux témoignages de djijadistes, Bryant Vinas et Walid Othmani, récoltés l’un par la police américaine et l’autre par la police française. Le tribunal veut prouver que l’inculpée a bien incité et financé la filière vers le Waziristan.
Le procès se poursuit ce vendredi.
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