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Prince Philippe: "Créer des liens de confiance"

Christian Laporte

Mis en ligne le 26/03/2010

A la veille de ses 50 ans, le prince Philippe s’est ouvert à la presse à Mumbai. L’héritier du trône n’a pas éludé les critiques essuyées ces derniers jours. Retrouvez l'intégralité de notre dossier "Monarchie" du jour dans La Libre Belgique de ce vendredi

C’est un héritier du trône particulièrement détendu qui a rencontré la presse belge jeudi après-midi à Mumbai dans le cadre de la plus grande mission économique jamais menée en Inde.

Le prince Philippe n’a d’ailleurs esquivé aucune question des journalites présents sans s’écarter, cela va sans dire, des prescrits constitutionnels...

Vous connaissez particulièrement bien l’Inde. Quelle vue avez-vous sur l’évolution économique de ce pays-continent ?

C’est vrai que je m’y suis rendu à dix reprises ! La première fois, c’était en 1987, en visite privée. C’est un pays qui a énormément changé depuis lors, puisqu’il s’est hissé au niveau des puissances mondiales et il est loin d’avoir épuisé toutes ses potentialités. Je pense notamment au secteur des technologies de l’information et de la communication. Mais il n’y a pas que l’informatique, le secteur pharmaceutique se développe aussi très fort et manifeste un grand intérêt pour ce qui se fait chez nous en la matière.

L’on perçoit une passion certaine pour l’Inde; est-ce cela qui vous a amené à vouloir rencontrer la presse lors de la mission plutôt qu’à Bruxelles ? Ou de montrer une facette de votre travail ?

Mais c’était une manière de mettre en exergue vu l’ampleur de l’ organisation tout à fait hors du commun qu’a demandé la mission avec plus de 250 participants, un certain savoir-faire belge. Les Indiens ont manifesté le plus vif intérêt pour notre politique portuaire - d’où la présence de nos principaux ports - et l’on peut prévoir qu’ils doubleront leur potentiel économique en général dans cinq, dix ans. La Belgique ne loupera donc pas ce rendez-vous avec les entreprises émergentes. C’est aussi un bip sur le radar indien: pourquoi ne pas aller investir dans notre pays? Il y a bien sûr nos exportations, mais celles-ci occupent une place relative dans la mission; ce qui compte donc, c’est d’augmenter les collaborations avec notre expertise et notre expérience.

Vous voilà aux portes de vos 50 ans – ce sera le 15 avril... – mais aussi de 17 ans de missions économiques. Quel bilan en feriez-vous ?

A 50 ans, je suis heureux de faire ce que je fais et surtout de la confiance que l’on me fait pour l’accomplir. Je veux donc exprimer ma gratitude à nos hommes d’affaires mais aussi à la population en général qui me soutient. 50 ans, c’est aussi un âge auquel on a déjà vu beaucoup de choses mais comme le chantait Jean Gabin, je sais que je ne sais pas encore grand-chose. Et pourtant, en menant cette mission en Inde, j’ai eu l’occasion de revoir des gens, d’en reconnaitre d’autres dans toutes les acceptions du terme. Savez-vous que j’ai déjà vu trois fois l’actuel Premier ministre indien et ce, en quatre missions ! C’est fascinant, car ça permet d’approndir mes connaissances et de pouvoir aider des hommes et des femmes qui en ont besoin... Mais avec mon épouse, nous avons aussi le grand souci d’aller à la rencontre des problèmes sociaux chez nous.

Les récentes attaques dont vous avez fait l’objet de la part de certains hommes politiques vous ont-elles blessé ?

J’ai toujours été ouvert aux remarques que l’on m’adresse. J’en prends note tout en précisant que je reçois aussi énormément d’encouragements de la population de chez nous qui me semblent être autant de soutiens. Vous savez, pour moi, il y a un mot important. C’est le mot "confiance". J’entends continuer plus que jamais à créer des liens de confiance avec la population belge, avec le monde des entreprises mais aussi avec le monde politique.

D’aucuns veulent tendre vers une monarchie de plus en plus protocolaire. Qu’en pensez-vous ?

Je ne vais pas m’exprimer là-dessus. La Constitution précise bien le cadre dans lequel doit s’inscrire la monarchie. Ce qui m’intéresse moi est de raffermir les liens entre nos compatriotes dans un esprit de confiance...

S’il vous fallait définir votre père... que pensez-vous de lui ?

Je ne parle jamais de quelqu’un qui n’est pas là mais je tiens à préciser que j’ai un grand respect pour ce qu’il est et pour tout ce qu’il fait et a réalisé. Sa grande expérience m’a beaucoup appris.

Vous dites faire une équipe avec votre épouse; faites-vous aussi équipe avec votre père ?

Nous nous parlons énormément, car tout ce qu’il a entrepris, en fait, donc son expérience dans tous les domaines, est particulièrement utile pour moi.

On dit que la vie commence à 50 ans... La voyez-vous aussi ainsi ?

Oh, la vie commence tous les matins à notre réveil... mais c’est vrai que c’est une phase importante. J’en suis heureux en tout état de cause...

… tout comme d’avoir été promu lieutenant-général et vice-amiral à l’armée ?

Je tiens beaucoup à ces liens avec l’armée, à laquelle je dois beaucoup. Elle contribue aussi beaucoup à l’image de la Belgique, et comme vous le savez tout qui éclaire positivement notre pays m’interpelle...

Revenons encore à certaines critiques à votre égard...

Le ministre Vanackere a, je pense, répondu que ceux qui me critiquaient n’avaient pas eu l’occasion de travailler avec moi.

Vous visez le monde politique ? N’est-ce pas plus facile d’œuvrer avec le monde économique ?

Non, non, j’ai aussi de nombreux contacts dans leurs rangs; des contacts tout aussi enrichissants...

Cinquante ans... ce n’est pas rien. Qu’est ce qui vous a le plus marqué au cours de ce demi-siècle ? Avez-vous des modèles?

J’ai rencontré tellement de personnes attachantes et intéressantes... Votre question m’embarrasse un peu ! Celles qui m’ont le plus fasciné ne sont pas toujours des icônes médiatiques mais des gens simples qui sont des héros à leur manière. Un exemple : il y a un mois à Charleroi, j’ai découvert lors d’une visite privée le centre Trampoline qui accueille des toxicomanes et qui les aide à se réinsérer dans la société. J’ai vu là des gars fantastiques qui ont dû toucher le fond absolu mais qui ont pu rebondir; voilà un exemple parmi bien d’autres de la richesse humaine.

Tout en vous apprêtant à franchir le cap des 50 ans, vous restez un jeune père...

Il le faut, car je dois courir dans quatre directions à la fois. Mais cela m’apporte effectivement beaucoup de bonheur et permet de prendre quelque distance avec la lourdeur de la tâche. Le dimanche matin, par exemple, quand mon épouse et moi nous nous retrouvons avec nos enfants est un moment privilégié où le temps s’arrête un peu... Je ne pense donc certainement pas encore à la pension d’autant plus que je m’informe toujours tous azimuts en rencontrant des entrepreneurs, des professeurs, des personnes qui m’exposent leur expérience de la vie. Même si c’est mon dixième voyage en Inde, j’en apprends toujours davantage sur les hommes et les femmes d’ici. L’on n’arrive jamais à la fin de son apprentissage : il faut toujours continuer à s’intéresser à l’histoire, aux idées, à ce que les autres nous apportent... On se forme toujours !

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