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Gens du voyage
De galères en expulsions
Annick Hovine
Mis en ligne le 28/07/2010
S’il faut se battre, on ira à la bataille. On est 600 hommes : ils verront On n’a plus rien à perdre." La voix de F., un des porte-paroles du groupe de gitans Vie et Lumière, vibre de colère. De lassitude aussi. "C’est toujours pareil : ça ne va pas changer. On nous expulse comme des rien du tout !" Il insiste : "Je travaille chez des particuliers. Ne mettez pas mon nom sur le journal, sinon c’est fini "
Il est 13 heures et les nuages s’amoncèlent dans le ciel de Dour, tout juste remis du Festival. Entre 120 et 150 caravanes viennent de s’installer le long de la Nationale 552. Les tables et les chaises sont déployées pour l’apéritif. Comme l’an dernier, les gens du voyage voulaient y poser leurs roulottes. Mais ils sont sous le coup d’une action judiciaire visant à les expulser de la commune. "Nous avons, via un avocat, entamé une procédure en urgence qui commencera par un constat d’huissier mardi après-midi et se poursuivra devant le tribunal des référés qui, espérons-le, rendra un jugement avec astreinte dans les deux jours" , a expliqué à Belga le bourgmestre (CDH) de Dour, Carlo Di Antonio.
Tant les autorités locales que les propriétaires des terrains longeant la Nationale ont refusé l’accès aux gens du voyage. Ils ont été temporairement installés sur une des dernières prairies louées par le Dour Festival en bordure de la commune de Hensies. Les gitans ont demandé un entretien avec les autorités communales mardi après-midi. Refusé. "Nous les rencontrerons mercredi matin pour leur signifier qu’ils n’auront aucune autorisation, car les propriétaires et les locataires du Dour Festival refusent leur implantation, mais aussi parce que l’an dernier, cela s’était très mal passé. On avait enregistré une augmentation des vols et d’actes en tout genre qui nous obligent à refuser l’autorisation. Ils doivent savoir qu’il existe des terrains spécialement aménagés pour eux" , indique le bourgmestre.
"On va rester là. On ne bouge plus ! Et s’il faut se battre, on se battra !" , répète F. Le groupe d’environ 750 gitans auquel il appartient venait de se faire expulser de Wingene, en Flandre occidentale. Dimanche dernier, ils y avaient investi un pré appartenant à un particulier. Lundi, le président du tribunal de première instance de Bruges avait ordonné l’évacuation du terrain, à la demande du propriétaire, pour mardi 10 heures au plus tard.
"On avait trouvé un arrangement avec la commune et on avait signé les papiers. Pour l’électricité, il n’y a pas de problème : on a notre propre groupe électrogène de 180 000 watts. On était d’accord de payer les poubelles. Et puis la commune a demandé 400 euros pour 20 m3 d’eau ! On a refusé" , explique encore F.
Le ton est monté. "Ils sont venus au camp avec des chiens. L’huissier nous a dit : on va vous évacuer, vous allez déguerpir d’ici Un ami n’a pas supporté ces paroles : son arrière-grand-père s’est fait fusiller par les Allemands."
F., lui, est Belge. Né à Turnhout, il y a quarante-huit ans. "Vous savez que là-bas, à Wingene, les médecins flamands ont refusé de voir nos enfants malades." Les gitans étaient restés précédemment une semaine à Malmedy, "où on a été très bien reçus" , puis huit jours à Nieuport, "où il n’y a pas eu une seule plainte" .
Dans le groupe d’environ 120 familles en majorité françaises on compte une quarantaine de Belges. "Les autres familles ne viennent pas avec nous en Belgique parce qu’on se fait chasser partout où on va. J’ai honte d’être Belge."
Depuis octobre 2003, le Centre de médiation des gens du voyage et des Roms en Wallonie tente, au sud du pays, de favoriser et d’améliorer les relations entre les autorités publiques locales, les gens du voyage et la population sédentaire. Non sans mal. "Malheureusement, la situation ne s’améliore pas , se désole Ahmed Ahkim, directeur du Centre. Depuis plusieurs mois, les communes ont tendance à mettre dehors des familles de gens du voyage. Je ne peux que rappeler que ce sont des citoyens belges, français, ou venant de pays limitrophes, qui sont légalement établis. Ce qui pose problème, c’est leur habitat mobile. C’est un mode de vie qui existe en Belgique depuis des siècles, mais qui est de plus en plus rejeté."
En Wallonie, il y a de moins en moins de terrains en friches. S’il n’y a pas une prise de conscience politique claire pour organiser le séjour des gens du voyage, on aura systématiquement des problèmes pendant la saison du voyage, prévient M. Ahkim.
Officiellement, il existe un seul terrain à Bastogne - un parking à plusieurs kilomètres du centre - équipé pour accueillir les gens du voyage. Une bonne dizaine de communes wallonnes organisent par ailleurs le séjour des gitans sur des terrains de stationnement. "C’est ce qu’ils préfèrent et demandent d’ailleurs : qu’on leur indique, quand ils arrivent, un terrain non utilisé avec un accès à l’eau et à l’électricité et une définition des modalités pratiques de séjour." Cela se passe bien à Louvain-la-Neuve, Namur, Mons, autour de Hotton et jusqu’à récemment, à Amay
"On voit revenir au galop les pires stéréotypes , regrette le directeur du Centre de médiation des gens du voyage. S’il y a des vols et des dégradations, les services concernés de la police et de la justice doivent intervenir : qu’on arrête les auteurs et qu’on les fasse payer. Ni plus ni moins que d’autres. Mais cela ne doit pas devenir l’argument massue pour refuser l’installation des gens du voyage. Ce sont des citoyens temporaires d’une commune. Il y a des villages de moins de 750 habitants qui ont aussi quelques voleurs et quelques criminels : on ne vide pas pour autant le quartier ou la cité !"
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