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La grève générale de lundi est-elle légitime ?
Entretien : Jean-Paul Duchâteau
Mis en ligne le 28/01/2012
"Dites à M. Tobback que la question de la qualité de vie des gens, c’est notre problème. Cela devrait en principe être le sien aussi mais, malheureusement, il ne s’en préoccupe pas." Une opinion de Nico Cué, Secrétaire général des métallos FGTB de Wallonie et de Bruxelles
C’est incroyable. Il y a toute une série de mesures qui n’ont pas été concertées avec les organisations syndicales. Pour l’industrie, qui me concerne plus particulièrement, tous les patrons de notre secteur disent qu’il y a une anomalie à faire travailler les personnes plus longtemps, parce qu’après 55 ans, avec les travaux lourds, elles sont épuisées.
C’est eux-mêmes qui nous le disent. Et puis, on entend M. Timmermans de la FEB affirmer qu’il faut faire travailler les gens plus longtemps. Au moins, on aurait pu se concerter là-dessus avant qu’on n’augmente tous les âges de prépension. Sur l’aspect illégitime, ce n’est pas aux patrons de dire la légitimité ou non des actions syndicales. On est dans une démocratie. Peut-être rêvent-ils d’un régime plus autoritaire, où les libertés syndicales seraient lourdement réduites.
Certains disent que vous utilisez un bazooka alors que l’essentiel – comme l’âge de la retraite et l’indexation automatique – n’a pas été attaqué…
Dites à M. Tobback, le président des socialistes flamands, que la question de la qualité de vie des gens, c’est notre problème. Cela devrait en principe être le sien aussi mais malheureusement, il ne s’en préoccupe pas. On utilise une action de grève générale parce qu’on a 11 milliards d’économies, un montant sans précédent depuis une vingtaine d’années. Pendant le plan global en 93, on a fait grève générale à plusieurs occasions. Idem pour le pacte "anti-générations" de 2005. Et le résultat aujourd’hui des mesures gouvernementales, c’est le plan global et le pacte cumulés !
On vous reproche aussi d’aller au-delà du droit de grève en bloquant, par exemple, les carrefours routiers. Que répondez-vous ?
Qui décide ce qu’est le droit de grève et comment il doit s’exercer ? Cela appartient aux travailleurs. Le patronat n’a rien à dire à ce propos. Moi, j’écoute nos travailleurs avant tout parce qu’on les représente. Et ils demandent des actions plus lourdes parce que leurs conditions de vie deviennent insupportables.
Pensez-vous que la grève de lundi va changer quelque chose ? Les mesures sont prises pour l’essentiel.
Il y a toujours une marge de manœuvre. Mais au-delà de cela, on sait que les mesures d’austérité ne sont pas terminées. Il s’agit donc d’un lourd avertissement au gouvernement, à la classe politique et au patronat : on n’acceptera pas de nouvelles mesures. On veut mettre la sonnette d’alarme le plus haut possible pour qu’ils comprennent que les travailleurs ont fait leur job alors que les entreprises se sont redressées entre 2005 et 2008 et que cet argent est allé dans les dividendes. Aujourd’hui, il faut absolument aller rechercher cet argent.
Un sondage a montré qu’il y a seulement un Belge sur cinq qui soutient cette grève. Vous attendiez-vous à ce qu’elle soit si impopulaire ?
Cette étude est faite par une société qu’on ne connait même pas. Notre référence à nous, c’est nos travailleurs dans nos ateliers. Il y a eu des centaines d’assemblées dans les entreprises et c’est une unanimité qu’on n’avait plus vue depuis bien longtemps. Et si cela n’est pas suffisant, nous partirons pour 48 ou 72 heures.
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