Belgique

"Dans ce dossier, nous avons dû écouter durant cinq ans et demi les mensonges et les manipulations du démagogue André Gyselbrecht", a déclaré mardi devant le tribunal correctionnel de Bruges Me Jan Leysen, qui représente la famille Saelens au procès pour l'assassinat de Stijn Saelens, le châtelain de Wingene. André Gyselbrecht (67 ans), Pierre Serry (67 ans), Evert de Clercq (54 ans) et Franciscus Larmit (40 ans) doivent répondre de l'assassinat de Stijn Saelens, tué le 31 janvier 2012 dans son château de Wingene (Flandre occidentale).

"Tout est dans le dossier", a indiqué l'avocat en direction de la présidente, Els D'Hooghe. "Nous avons un assassinat, nous avons un commanditaire, un exécutant et un motif, à savoir le déménagement en Australie. Et nous voilà encore, cinq ans et demi plus tard. Nous avons dû trimer dans ce dossier, et tout cela à cause des manipulations de Gyselbrecht", a plaidé l'avocat.

"Il doit avoir savouré: des juges ont dû se retirer, des déclarations ont été faites dans les médias, on a entendu des accusations de corruption contre des avocats. Chapeau, monsieur Gyselbrecht", a-t-il cyniquement conclu. "Et puis il y a le 2 mai 2017: des aveux, la rédemption. En effet, il était coincé."

Selon l'avocat, André Gyselbrecht a toujours prétendu qu'il ne voulait pas blesser Stijn Saelens, "mais il a continué à le dépeindre comme un fou, un clown. Encore maintenant. La mémoire de Saelens sera ici détruite."

Les parents de la victime réclament chacun 75.000 euros de dommages. Une somme "importante, mais logique", a encore pointé Me Jan Leysen. "C'est le prix qu'André Gyselbrecht avait lui-même convenu pour l'assassinat. Nous sommes donc d'accord sur une chose."

L'avocat des parents de Stijn Saelens a abordé les différences entre les familles Salens et Gyselbrecht. "Ce sont des gens qui ont parcouru le monde. Stijn a visité l'Equateur et le Guatemala en sac à dos. Il y a établi un hôpital. L'image peu nuancée du pervers fou Stin Saelens ne tient pas la route." Cela contraste avec Elisabeth Gyselbrecht. "C'est le contraire de la culture villageoise dans laquelle elle a grandi. Un monde s'est ouvert pour elle."

Me Leysen a par ailleurs déploré que ses clients ne voient plus leurs petits-enfants. "Hélas, elle a changé de camp. "L'histoire du viol a probablement été un déclencheur. Je n'y crois pas. Les affaires médiatiques déclenchent toujours les fantasmes."

Depuis le début de l'enquête, la défense d'André Gyselbrecht se réfère à l'inceste comme motif. Pour les parties civiles, le motif de l'assassinat était surtout la menace d'un départ vers l'Australie, a-t-il encore avancé.


"Pas de problème avec la compétence du tribunal"

Les avocats de la famille Saelens estiment que le tribunal correctionnel reste compétent pour le dossier de l'assassinat du châtelain de Wingene. Selon Me Raf Verstraeten, la Cour constitutionnelle est claire à ce sujet. L'avocat ne s'est par ailleurs pas exprimé sur la peine maximale. La question de la compétence du tribunal correctionnel pour de tels dossiers s'est posée depuis un arrêt de la Cour constitutionnelle, daté du 21 décembre 2017. Cet arrêt annule notamment des dispositions de la loi "pot-pourri II" visant la possibilité de renvoyer tous les crimes devant le tribunal correctionnel, pour ne laisser à la cour d'assises que quelques cas exceptionnels.

Pour la défense de Franciscus Larmit, le neveu de l'exécutant présumé, Antonius van Bommel, le dossier devait donc être porté devant une cour d'assises, avaient souligné ses avocats dans leurs conclusions.

"Ce fondement ne tient pas compte du fait que les effets des dispositions annulées sont maintenus", a plaidé Me Raf Verstraeten. "En d'autres termes, la Cour constitutionnelle a estimé que les dossiers d'avant l'arrêt pouvaient être du ressort du tribunal correctionnel et le restent."

Pour l'avocat, il n'est pas nécessaire d'attendre un arrêt interprétatif de la Cour constitutionnelle. "Le ministre de la Justice a demandé cela à cause de la problématique autour de la détermination de la peine. Je ne vois pas le moindre doute qu'il y aurait au sujet de la compétence."

Me Raf Verstraeten ne s'est pas exprimé au sujet de la peine maximale de 20 ou 30 ans. Il a demandé que l'on tienne compte des intérêts des parties civiles.