Belgique

Les enfants d'Elisabeth Gyselbrecht et de Stijn Saelens, tué le 31 janvier 2012, appelaient affectueusement Yves Wolfcarius, leur ancien tuteur ad hoc, "Steve", une contraction de Stijn et Yves, a déclaré mercredi devant le tribunal correctionnel de Bruges Me Laetitia Louis.

L'avocate défend, avec Me Johan Du Mongh, les intérêts d'Yves Wolfcarius, décrit comme une personne de confiance pour les enfants. Yves Wolfcarius a été impliqué la première fois dans le dossier en tant que tuteur ad hoc des enfants de Stijn Saelens et Elisabeth Gyselbrecht. Entre-temps, l'homme a entamé une relation avec la veuve de la victime et le couple a un enfant. Un autre tuteur a donc été désigné.

"Yves était un ami de la maison. Lorsqu'il est apparu, lors d'une conversation entre lui et Saelens, le 5 octobre 2011, que Stijn n'était pas revenu sur son projet de partir en Australie, Yves Wolfcarius s'est retrouvé dans une mauvaise posture: c'était un ami de Stijn, mais aussi d'Elisabeth", a souligné l'avocate. "C'est aussi à cette période qu'Yves a entendu parler pour la première fois d'abus sexuel commis par Stijn sur sa fille Josephine."

"Yves Wolfcarius a été présent pour Elisabeth et les enfants après la mort de Stijn Saelens et c'est comme cela qu'il a été nommé tuteur ad hoc en 2014. Il a voulu défendre leurs intérêts et a pris cela à coeur toutes ces années. Jusqu'à ce que son mandat prenne subitement fin en 2017", a poursuivi Me Laetitia Louis. "Les enfants apprécient le contact avec Yves", a-t-elle ajouté.

Son confrère, Me Johan Du Mongh, a quant à lui expliqué que les petits-enfants d'André Gyselbrecht continuaient à rendre visite en prison à leur grand-père et ne lui en voulaient pas. "Ils n'éprouvent aucune haine, juste de l'amour pur."

En tant que bon ami du couple, Yves Wolfcarius a appris à connaître André Gyselbrecht, notamment lors d'une communion. Le beau-père de la victime le considérait également comme une personne de confiance. "En août 2011, il lui a demandé de parler à Stijn du départ en Australie. Aidé d'un autre ami, Yves a parlé avec Stijn toute la nuit, mais celui-ci ne se sortait pas cette obsession de la tête." Pour l'avocat, la mission d'un assassinat ne peut donc pas avoir déjà été donnée en juin 2011. "Sinon il ne lui aurait pas demandé en août de parler à Stijn."

Me Du Mongh estime enfin que son client comprend André Gyselbrecht. "Vous vous êtes oublié vous-même pour vos petits-enfants. Vous êtes le seul à avoir pris des risques pour eux. Mais ce qu'Yves ne comprend pas, c'est que Stijn ait dû mourir. C'était aller trop loin."

L'ex-tuteur ad-hoc des enfants et nouveau compagnon de leur mère s'est ensuite exprimé. "Nous souhaitons que les enfants évoluent dans une environnement positif. C'est important pour nous qu'ils connaissent la vérité", a-t-il déclaré. "Nous voudrions aussi qu'ils grandissent en présence de leurs grands-parents des deux côtés."


Elisabeth Gyselbrecht pardonne à son père

Elisabeth Gyselbrecht a pardonné à son père, André Gyselbrecht. "Je sais que ce n'est pas par intérêt personnel, mais pour protéger ses petits-enfants", a-t-elle déclaré mercredi au procès. Elisabeth Gyselbrecht a eu droit à la parole après les plaidoiries de ses avocats.

"Madame la présidente, madame et monsieur les juges. Je souhaite vous dire que j'ai incroyablement aimé Stijn", a-t-elle ajouté. "Il continue à vivre à travers nos quatre enfants. Mais je ne peux pas nier que j'ai été aveuglée. J'aurais pris d'autres décisions si j'avais su ce que je sais aujourd'hui. Je comprends que mon père s'inquiétait pour moi et pour mes enfants. Je peux lui accorder mon pardon, parce que je sais que ce n'était pas par intérêt personnel, mais pour protéger ses petits-enfants."

"Elle ne voulait pas croire que son mari pourrait être une personne dangereuse. Son père a vu ce qu'elle ne voulait pas voir", avait précédemment déclaré son avocate, Me Gauquie, lors de sa plaidoirie. "Elle n'oubliera jamais ce qui s'est passé, mais elle vous a pardonné."

André Gyselbrecht avait avoué avoir donné l'ordre à Pierre Serry d'assassiner Stijn Saelens.


La femme de Stijn Saelens "veut surtout connaître la vérité", assure son avocat

L'avocat d'Elisabeth Gyselbrecht, l'épouse du châtelain de Wingene tué le 31 janvier 2012, a assuré mercredi matin devant le tribunal que sa cliente voulait avant tout connaître la vérité. Me Luc Arnou a également expliqué que Mme Gyselbrecht n'avait pas "changé de camp", comme l'avaient plaidé les avocats de la famille Saelens mardi. Elisabeth Gyselbrecht a contacté son avocat pour la première fois le 3 février 2012. "A l'époque, j'ai rencontré une femme désespérée, qui pleurait beaucoup. A ce moment-là, on était encore convaincu que Stijn vivait toujours." Une sœur de la victime était également présente lors de cette première conversation. "Elle a d'abord été emmenée par la famille Saelens, qui l'a prise en charge de manière presque continue jusqu'au 17 février 2012."

Tout a changé lorsque la famille Saelens a demandé à Mme Gyselbrecht qu'elle rompe tout lien avec sa famille. "C'était trop pour Elisabeth, car elle aime sa mère et ses frères. Elle aime aussi ses patients, elle vit pour son travail", a souligné son conseil. Cela ne signifie pas pour autant qu'elle ait choisi le camp de son père, a-t-il insisté. "Elle poursuit un but: connaître la vérité en toute indépendance."

L'avocat des parents de Stijn Saelens avait dénoncé mardi que ses clients n'aient plus de contacts avec leurs petits-enfants. "Ils pouvaient voir les enfants mais en présence d'une personne de confiance. Ils n'ont pas réagi. Elisabeth leur a envoyé des photos de vacances au ski mais elle n'a, là encore, pas obtenu de réaction de leur part", a nuancé Me Arnou.

L'avocat a aussi expliqué qu'Elisabeth Gyselbrecht craignait que la famille Saelens n'influence ses enfants. "Lors d'une communion, des membres de la famille ont dit, en présence des enfants, qu'Elisabeth devait reconnaître que leur grand-père et leur oncle avaient tué leur papa."

Me Arnou a encore estimé dans sa plaidoirie qu'André Gyselbrecht était complétement coincé, empêtré dans ses mensonges. "Elisabeth voudrait vous croire, mais elle ne peut pas", a déclaré l'avocat, s'adressant directement au père de sa cliente. "Vous avez menti. (...) Lorsque vous avez avoué en 2016, vous étiez empêtré dans vos mensonges."

"Nous ne pouvons pas croire aveuglement les déclarations d'André. Nous devons nous en tenir aux faits et aux mobiles. Et on ne peut que conclure que la première instruction de tuer Stijn Saelens ne peut pas avoir été donnée avant octobre 2011", a-t-il ajouté.

"Nous ne pouvons pas non plus croire aveuglement Pierre Serry. Attention, je le croirais volontiers, car il est affable, aimable. Mais jetez un oeil à son casier judiciaire", a poursivi Me Arnou.

Celui-ci a par ailleurs comparé les déclarations d'Evert de Clercq, qui aurait joué un rôle dans le recrutement de l'exécutant présumé, aujourd'hui décédé, Antonius van Bommel, avec un "kaléidoscope". "Il dit une couleur, ensuite vous secouez et vous avez directement une couleur différente."

Il n'a pas été plus tendre envers Franciscus Larmit, qui n'est, comme mardi, pas présent à l'audience. Selon l'avocat, les dires du neveu d'Antonius Van Bommel ont "encore moins de valeur que le papier" sur lequel ils sont retranscrits. Le Néerlandais prétend qu'il n'était pas au courant des plans de son oncle. Le prévenu affirme qu'il a emmené son oncle à cinq ou six reprises à Wingene. "Cela représente 2.310 kilomètres, 25 heures de route. Tout ça en parlant de la pluie et du beau temps? " Pour le conseil des parties civiles, il est clair que Larmit ment, et également à propos de l'enfouissement du cadavre. "Le grand absent essaie de nous faire croire que van Bommel, sous chimio, a transporté seul des tonnes de peroxyde d'hydrogène vers le puits. C'est comme s'il était écrit 'idiots' sur nos fronts."


Franciscus Larmit brille de nouveau par son absence

Le deuxième jour des plaidoiries dans le procès sur l'assassinat du châtelain de Wingene a débuté mercredi matin au tribunal correctionnel de Bruges. André Gyselbrecht (67 ans), Pierre Serry (67 ans), Evert de Clercq (54 ans) et Franciscus Larmit (40 ans) doivent répondre de l'assassinat de Stijn Saelens, tué le 31 janvier 2012 dans son château de Wingene (Flandre occidentale). M. Larmit, déjà absent mardi, ne s'est pas présenté mercredi. André Gyselbrecht, beau-père de Stijn Saelens, est considéré comme le commanditaire de l'assassinat du châtelain. Pierre Serry aurait agi comme intermédiaire dans la planification de l'assassinat.

Le corps de Stijn Saelens avait été découvert deux semaines après les faits près d'un chalet appartenant à M. Serry, à Maria-Aalter.

Evert de Clercq aurait, lui, joué un rôle dans le recrutement de l'exécutant présumé, Antonius van Bommel, aujourd'hui décédé. Tous deux auraient été conduits au château le jour des faits par le neveu de M. van Bommel, Franciscus Larmit. Ce dernier, quatrième prévenu du procès, aurait également aidé à enterrer le corps.

Au début de l'audience, la présidente du tribunal, Els D'Hooghe, a annoncé que le réquisitoire du ministère public durerait probablement jusque vendredi après-midi, soit une demi-journée de plus que prévu.