Belgique

Des peines allant jusqu’à quinze ans de prison avaient été requises le 29 février dernier dans ce procès d’une filière d’envoi de combattants vers la Syrie. Des jeunes, pour la plupart originaires de Schaerbeek, étaient partis en 2012 et en 2013. Ils avaient rejoint les rangs de l’Etat islamique ou de Jabhat al-Nosra, franchise d’Al Qaïda en Syrie.

Ils devaient être 31 sur le banc des prévenus. Ils n’étaient finalement que 20. Tous comparaissaient libres. Onze faisaient défaut. Et, parmi ceux-ci, que l’on croyait morts pour certains ou toujours en Syrie, figurait un certain Najim Laachraoui. Qui était alors un parfait inconnu et contre qui 15 ans de prison avaient été requis.

Laachraoui n’était qu’un anonyme

Depuis la capture de Salah Abdeslam, on sait qu’il s’agit du fameux Soufiane Kayal, qu’Abdeslam a récupéré en Hongrie en septembre 2015. On sait depuis le 22 mars que c’est un des deux kamikazes de Zaventem et qu’il a pris part aux attentats commis, en novembre 2015, dans la capitale française. Il serait l’artificier des kamikazes de Paris, comme en atteste son ADN retrouvé sur plusieurs des ceintures explosives.

Rien de tout cela n’était connu au procès. Le parquet fédéral était-il déjà au courant du fait que Najim Laachraoui se cachait derrière Soufiane Kayal ? Il n’en avait en tout cas pas fait état au cours du procès. Le procureur fédéral avait requis 15 ans de prison contre Laachraoui, ayant de manière assez inhabituelle changé la qualification à son encontre. Au procès, Najim Laachraoui était devenu un des dix "dirigeants" de ce groupe terroriste plutôt qu’un des 21 "membres".

La nuance est de taille : si le dirigeant s’expose à 15 ans de prison, le membre n’encourt que 5 ans de prison.

Un jugement prévu le 3 mai

Et plusieurs avocats de s’interroger : ne faudrait-il pas que le parquet fédéral ordonne une réouverture des débats de ce procès dont la dernière audience a eu lieu le 14 mars dernier ? Les prévenus attendent le jugement que les trois juges ont prévu de rendre le 3 mai.

L’élément neuf qui pourrait permettre une réouverture des débats est la mort de Najim Laachraoui, qui a été formellement établie vendredi sur la base d’une identification ADN.

Ne serait-il ainsi pas opportun que les défenses et les prévenus puissent s’expliquer sur leurs rapports avec Najim Laachraoui ? Son nom, bien qu’il soit absent, était apparu dans le procès. Najim Laachraoui a ainsi séjourné dans le palais où se sont retrouvés, en 2013, une bonne partie des jeunes venus de Belgique. En Syrie, Najim Laachraoui aurait partagé un téléphone avec au moins un des autres prévenus au procès.

Une réouverture des débats pourrait toutefois être à double tranchant pour les défenses. Mais il est également difficile d’imaginer que le tribunal ne tienne pas compte de cet élément dans son jugement.