Belgique
Un récit de notre journaliste Lola Lemaigre, qui a couvert cette manifestation. 

La manifestation nationale débute en toute sérénité, ce mercredi 7 octobre. Dans le train depuis Charleroi, vers 9h15, les manifestants se rassemblent déjà et s'organisent. Le trajet se passe sans problème. Certains manifestants jouent aux cartes, des collègues discutent, et quelques-uns contactent des connaissances afin de déterminer un point de rendez-vous à l'arrivée, gare du Nord à Bruxelles.

Arrivés sur les quais et vers la sortie de la gare, les manifestants expriment leur motivation. Toujours dans la bonne humeur, et sans que soit nécessaire aucune intervention des forces de l'ordre, présentes en nombre à chaque recoin de la gare, les manifestants se rassemblent et se saluent sur l'espace qui constitue le point de départ du parcours. 

Ils ont tout prévu: sacs à dos remplis de sandwichs et canettes de bière, bouchons à oreilles, parapluies et slogans, bien entendu. Le démarrage se fait plus tôt que prévu, puisque les manifestants débutent la marche vers 11h au lieu de 11h30.



Tout le parcours se déroule sereinement. Seuls quelques pétards "mal placés" dérangent les manifestants. Musiques, discours, danses, slogans et quelques "tous ensemble, tous ensemble, hè hè" animent la marche syndicale. Dans les rangs, presqu'autant de néerlandophones que de francophones à entendre les slogans.

A la question de "pourquoi êtes-vous là", la grande majorité répond: "Pour le saut d'index et pour notre pension." D'après les manifestants de la FGTB, ils sont moins nombreux que l'an dernier, mais cela ne les a pas refroidis pour autant. En tout cas, ils répètent que la police donnera un nombre de participants en dessous de la réalité. Lorsqu'ils rejoignent le Botanique, ils s'estiment entre 50 et 80.000 participant mais ils supposent que la police dira qu'ils étaient moins.



Au point d'arrivée, devant la gare du Midi, les manifestants se dispersent, pour manger pour certains, pour reprendre un train pour d'autres, et pour écouter les premières discours pour les derniers. Les leaders syndicaux, comme Marc Goblet, sont entendus avec attention. Les mots sont forts et touchent ceux qui sont venus à Bruxelles défendre leurs droits sociaux. "On ne donne plus d'espoir aux jeunes, on doit recevoir des services publics de qualité et on doit être entendus, par nos actes et nos paroles", a crié Marc Goblet au micro.


Début des échauffourées

Alors que la plupart des manifestants écoutent les discours et rejoignent les quais de la gare, d'autres se dirigent vers l'arrière de celle-ci pour assister aux premiers débordements. Une fois dans la masse agitée, la situation semble déraper et sortir du contexte de la manifestation.

Un groupuscule de jeunes habillés en noir, foulards relevés sur les yeux, commencent à lancer des déchets, des pavés, des bouteilles en verre et des poubelles de la ville en direction de la ligne de policiers derrière laquelle se trouvent quatre camions à auto-pompes. Les forces de l'ordre restent d'abord très calmes et gardent leur position. Ensuite, les manifestants anarchistes provoquent et avancent vers la police qui décide alors de répondre par des jets d'eau.



Plus tard, c'est du gaz lacrymogène qui est lancé pour calmer les fauteurs de trouble. Mais ceux-ci s'acharnent, contournent la gare et recommencent le même scénario. Beaucoup de personnes présentes autour par curiosité affirment que les provocateurs sont des néerlandophones et des jeunes agressifs. Quoi qu'il en soit, la police s'avance en ligne et repousse les derniers manifestants présents. Même les habitants de la rue et les journalistes sont priés de quitter la zone.

Vers 15h30, les dernières personnes présentes se décident à se disperser, hors de la zone mouvementée. Les forces spéciales d'intervention bouclent les entrées de la gare, tandis que des agents procèdent à l'arrestations de plusieurs hommes.

© L. Lemaigre


Cette manifestation aura finalement rassemblé 80.000 participants, selon la police, et laissera un souvenir plutôt positif pour la majorité. Les manifestants gardent à l'esprit que plusieurs grèves par province suivront, mais que ce 7 octobre reflète déjà leur engagement.