Belgique

Aubin Bellens, grand absent du procès entamé hier devant la cour d’assises du Hainaut, en aura aussi été le centre, et l’accusé qu’ont montré du doigt ceux qui comparaissent pour le meurtre du boulanger de Jamioulx, en novembre 2007. Le président Olivier Delmarche a bien tenté de faire préciser par les accusés présents lequel d’entre eux a, cette nuit-là, abattu Pascal Hennuy. L’unanimité s’est faite sur le nom de Bellens.

Dorian Cherpion, le premier de ces accusés, accusé par Bellens, alors mineur d’âge, a nié en être l’auteur. Selon lui, c’est Frédérick Echazar, alors mineur d’âge, lui aussi, mais qui a fait l’objet d’une mesure de dessaisissement définitive, qui abattu le chien de la victime. Après quoi, Bellens aurait enjambé le chien, avant sans doute d’avancer et de tirer.

Le récit est identique dans la bouche d’Abdelah Mostefa, prompt, lui aussi, à charger Bellens, malgré les invraisemblances que soulève le président Delmarche : Bellens, dont on dit qu’il avait une peur panique des chiens, aurait donc osé s’approcher de celui-là, un molosse blessé, et d’autant plus dangereux. Bellens aurait joué un rôle essentiel, après le meurtre, jusqu’à se débarrasser des armes à deux pas du domicile de Dorian Cherpion, lequel prétend benoîtement n’en avoir rien su.

Mais le sort judiciaire de Bellens est d’ores et déjà scellé : quel qu’ait pu être son rôle réel hier, quelle que soit la gravité des faits que les accusés lui imputent aujourd’hui, il a été sanctionné, déjà, par la juridiction de la jeunesse. Certes, son audition en tant que témoin ne manquera pas d’intérêt, mais dans des limites strictes : il ne pourra rien dire qui soit de nature à l’incriminer. Aux jurés, donc, de se faire une opinion sur les seules dépositions de Cherpion, de Mostefa et de Echazar, sans être vraiment à même de dire qui a précisément abattu le boulanger de Jamioulx.

Les trois accusés ont d’ailleurs reconnu qu’il y avait eu arrangement entre eux, pour une partie des aveux d’alors : si on a prétendu avoir utilisé la voiture de Bellens pour cette expédition mortelle, on a dû y renoncer parce qu’elle n’avançait plus. Est-ce à dire qu’on se serait aussi entendu sur la version à fournir aux enquêteurs, en cas d’arrestation ? Et particulièrement sur le fait qu’il serait plus confortable de "charger" Bellens, en raison de la forme d’impunité que lui conférait son état de mineur d’âge ?

La question se pose encore pour les agressions de Wayaux et de Virelles, auxquelles a pris part le quatrième accusé, absent de Jamioulx. Dorian Cherpion ne doit pas en répondre, mais une victime dit l’y avoir reconnu à Wayaux, là où Bellens nie être allé. Tout au plus a-t-il reconnu avoir effectué sur place des repérages ce qui, de toute façon, n’est plus punissable, là non plus.

Bref, au terme de cette première journée, l’évidence est là : le procès de Mons sera tronqué parce que la cour d’appel de la Jeunesse a, de manière singulière, dissocié les sorts de deux mineurs d’âge, pourtant impliqués dans un même dossier. Quelle que soit la bonne volonté des jurés, et l’évident scrupule de la Cour, le risque est grand d’aboutir à un verdict boiteux.