Belgique

AUDIENCE

Le jury s'est montré sans aucune pitié pour Michelle Martin, ex-épouse de Marc Dutroux. Une femme qui savait tout des sinistres forfaits de son mari, mais qui n'a rien dit et rien fait pour sauver les 6 enfants séquestrés successivement à Marcinelle. Par peur de désobéir à son époux violent. Par lâcheté coupable: la maman de Frédéric, Andy et Céline n'a pas dénoncé les actes de Dutroux parce qu'elle craignait qu'on lui enlève ses enfants. Elle n'a rien tenté pour sortir Julie et Mélissa, enfermées dans «le trou» de la cave. Les petites n'y ont pas survécu... On garde en mémoire l'image de cette jeune mère de famille qui va nourrir ses chiens, mais pas les fillettes.

Toutes les détentions

Devant la cour d'assises d'Arlon, Michelle Martin avait déclaré se sentir responsable de la mort des deux gamines de Grâce-Hollogne. Elle a préparé des repas, lavé le linge, apporté des jouets pour les petites détenues. Le jury a reconnu l'accusée coupable, comme coauteur, de la séquestration de Julie Lejeune et Mélissa Russo, avec les circonstances aggravantes que les petites ont été soumises à des menaces de mort et des tortures corporelles ayant entraîné leur décès.

Même verdict pour la séquestration des victimes heureusement libérées vivantes: Michelle Martin a agi comme coauteur de son époux pour la séquestration de Sabine Dardenne, qui a passé 80 jours dans la cache en été 1996, et Laetitia Delhez, qui l'y a rejointe pendant 5 jours en août. Toutes les circonstances aggravantes ont été retenues: menace de mort, tortures corporelles, incapacité. Les jurés ont donc estimé que son rôle (peindre la cache en jaune, faire des courses, laver le pull rouge de Sabine, nettoyer le mobile-home après le rapt de Laetitia,... constituaient une aide indispensable à Marc Dutroux pour commettre ses monstrueux forfaits. Ils n'ont donc pas considéré que MmeMartin était une personnalité faible et soumise, qui n'aurait fait qu'obéir à un mari dominateur et manipulateur, décrit par les experts psychiatres comme un psychopathe à un degré tel qu'on en rencontre rarement.

Pas complice, mais auteur...

Les jurés ont également estimé qu'elle était coauteur, des séquestrations d'An Marchal et d'Eefje Lambrecks, âgées de 17 et 19 ans à l'époque, mais ils n'ont pas retenu comme circonstances aggravantes que les deux adolescentes limbourgeoises sont mortes des sévices infligés à Marcinelle. Une manière d'indiquer que son rôle était moins grave -si on ose écrire... - pour ces détentions que pour les autres.

Dans la même logique, l'accusée est jugée coupable d'avoir fait partie, délibérément, comme auteur, d'une association de malfaiteurs dirigée par son mari et impliquée notamment dans les enlèvements et séquestrations de 6 mineures. Sa défense avait plaidé la complicité, estimant que si elle avait été en contact avec les autres accusés, c'est uniquement parce qu'elle était l'épouse du premier: Marc Dutroux. Les jurés n'ont pas suivi cette approche.

Enfin, les juges populaires ont considéré que MmeMartin était coauteur du viol, par Dutroux, fin juillet 1996, de Yancka Mackova, en vacances à Sars-la-Buissière. Michelle Martin contestait avoir eu le choix quand elle a versé de l'Haldol dans le café de la jeune Slovaque avant que Dutroux abuse de la jeune fille endormie par le puissant neuroleptique. Circonstance aggravante: Yancka était mineure.

© La Libre Belgique 2004