Belgique Ce matin, "La Libre" publiait la version des faits du policier qui a tiré sur Mawda. Laurent Kennes, son avocat, décrivait dans un courrier les circonstances qui ont amené son client à faire usage de son arme.

"La Libre" a toutefois relevé une incohérence dans ce récit. En effet, V., le policier, affirme qu'il ignorait que des personnes étaient dans la camionnette. "À aucun moment celui-ci n’a tiré ni pour tuer, ni pour blesser. Par ailleurs, rien ne lui a laissé penser que plusieurs personnes étaient réfugiées dans cette camionnette destinée au transport de marchandises et non de personnes", écrit son avocat. C'est ce dernier élément qui pose question. En effet, quelques heures à peine après la fin de la course-poursuite, plusieurs médias rapportaient que les migrants avaient exhibé les enfants, allant jusqu'à dire que ceux-ci auraient servi de "boucliers humains". Si ceci se confirme, l'enquête devra déterminer si les enfants ont été repérés en début, en milieu ou en fin de course.

Selon une source proche du dossier, la communication durant la course-poursuite était chaotique. "Je ne sais pas quand les enfants ont été aperçus. Ni qui les a vus. Mais ce qui est sûr, c'est que l'information est mal passée, c'était la foire totale au niveau de la communication. Il n'est donc pas impossible que toutes les équipes n'étaient pas au courant de la présence de migrants dans la camionnette", nous explique-t-on. En outre, dans un article de nos confrères de la "Dernière Heure", l'utilisation du réseau de communication Astrid était également pointée du doigt.

Dans son courrier, Laurent Kennes explique que son client, policier depuis un peu plus de dix ans, et son coéquipier "n’ont pas pu obtenir d’informations sur les motifs de l’intervention policière en cours". Des équipes de police ont-elles effectivement vu, avant le tir fatal pour Mawda, des enfants à bord de la camionnette ? Si oui, pourquoi n'ont-ils pas transmis cette information aux renforts ? Pourquoi V., le policier qui a tiré, n'a-t-il pas pu obtenir d'informations sur les motifs de l'intervention policière ? Contacté par nos soins, son avocat explique que V. n'a eu aucun contact avec les autres policiers impliqués dans la course-poursuite. "Il a seulement eu contact avec la centrale. Il a demandé à pouvoir parler aux équipes mais à la centrale, on lui a dit que ce n'était pas possible et qu'il fallait intervenir rapidement". V. et son coéquipier sont montés sur l'autoroute alors que la course-poursuite touche à sa fin.

La demande de régularisation de la famille a été introduite hier

Nous apprenons également que les avocats de la famille de Mawda ont déposé hier leur demande de régularisation pour motif humanitaire. Remise au bourgmestre de la commune où ils séjournent actuellement, "celui-ci devrait la déposer à l'Office des Étrangers dans la journée", indique Selma Benkhelifa, une des avocates de la famille.

L'avocate salue par ailleurs les propos tenus par le policier qui a tiré sur Mawda. "Le fait qu'il dise avoir été heurté par les propos de Bart De Wever signifie beaucoup pour nous. Ca nous a tous fait du bien de lire ça. Et c'est très important qu'il le dise. Ses propos ont plus de poids que ceux de n'importe quel politique. En cela, son courrier est salutaire."

Pour rappel, dans ce courrier, Laurent Kennes déclarait que son client "ne s’associe en rien à tout propos stigmatisant les migrants comme délinquants. Il a lui-même, malgré sa situation délicate, été profondément heurté que la responsabilité des parents soit envisagée dans un tel contexte. Au-delà du décès de Mawda, il est épouvantable que 28 personnes - à suivre la presse, se soient entassées dans une camionnette de transport de marchandises et aient été mises en danger dans le cadre d’une course poursuite. La misère qui pousse ces personnes à vivre de telles situations ne peut qu’inspirer tristesse et compassion. C’est ce qu’a toujours ressenti cet homme, et c’est plus encore ce qu’il ressent aujourd’hui."