Belgique

L’avenir de la Wallonie "passe par trois ou quatre Régions aux pouvoirs accrus et avec des accords de coopération entre elles. Nous sommes solidaires avec Bruxelles, mais pas avec la Communauté française qui est un formidable échec, ni avec quelque fédération Wallonie-Bruxelles qui en est une resucée floue" Ainsi, lundi soir à Charleroi, dit le dramaturge Jean Louvet, son président, à l’entame d’"une grande réunion-débat" régionalisante initiée par le Mouvement du manifeste wallon.

On pourrait s’en tenir là, mais tout est à répéter. Dans un auditoire de l’UT, guère plus de deux centaines de fidèles. Quelques visages inhabituels, tout de même. Tel, au PS, celui du ministre Paul Magnette, s’étonnant du peu de jeunes ou de Belges d’origine immigrée dans l’assistance. Un Ecolo aussi : Bernard Wesphael, invité personnellement, s’en dit "ravi". Un CDH, le maïeur Jean-Jacques Viseur, qui sert dans le sillage des Fêtes de Wallonie un vibrant : "N’ayons pas peur de la Wallonie !" Un patron, Thierry Castagne, d’Agoria, convenant : "Le patronat n’a pas toujours été à la pointe du régionalisme." Un régionaliste bruxellois, le professeur Philippe Van Parijs, conforme aux attentes : "Il faut dire adieu non seulement à la Belgique unitaire de grand-papa, mais aussi à la Belgique communautaire de papa. Libérons-nous du fédéralisme ethnique pour un fédéralisme territorial avec des identités fortes !"

Une vingtaine d’intervenants se succèdent, quatre heures et demie durant sans la moindre pause. Quand on aime, on ne compte pas. De même quand on n’aime pas. La Communauté française, pour "son incapacité à être un pouvoir public fort", développe Christiane Cornet (CGSP); et ses prolongements dans "cette idéologie conformiste de la belgitude qui est un écran opaque" , pour l’historien Jean Pirotte. La résolution distribuée (pas débattue) en fin de liturgie appuie : c’est "impasse politique" que cette "hypothétique fédération Wallonie-Bruxelles".

Quoi, rejetterait-on Bruxelles ? Non, mais "se battre pour la Région bruxelloise, ce n’est pas se marier avec elle", dit Philippe Destatte (Institut Jules Destrée). D’ailleurs, c’est tant vers Bruxelles que vers la Wallonie qu’il faut transférer les compétences scolaires et culturelles de la Communauté. C’est que, pour Collignon père (Robert), "la dualité Wallonie-Bruxelles, sous prétexte de solidarité, a castré la Wallonie de compétences essentielles". Et ne remballons pas l’intrafrancophone "après", prévient Collignon fils (Christophe) : "C’est maintenant qu’il faut mobiliser les forces vives autour d’un projet wallon." On ne trouve vraiment qu’un Magnette, interpellé, pour souffler que pareille régionalisation "n’a pas d’importance"; moins en tout cas que travailler un projet wallon sur "les villes, l’industrie, l’immigration"

Pourquoi, régionaliser ? M. Van Parijs relaie une étude : l’école flamande est mieux cotée que la francophone par les enquêtes Pisa "en raison d’une mobilisation collective. Ce dont nous avons besoin, c’est la prise en mains plus cohérente des destins respectifs des différentes régions". D’ailleurs, quoique sans embrayer sur un débat Région/Communauté qui lui paraît "dépassé", M. Castagne assure : "De manière générale, la régionalisation, ça fonctionne." Celle de l’agriculture a même été "une expérience parfaitement réussie", prolonge Yvan Hayez, secrétaire général de la FWA (qui, il est vrai, l’a vécue au cabinet de José Happart ).

Quant à référencer "le raffermissement du projet wallon que rien ne pourra ralentir" (M. Wesphael) à quelque "nationalisme", M. Viseur admet que le terme est trop négativement connoté. Il veut bien parler d’"appartenance". Au cabinet du ministre Marcourt, on défend plutôt "le patriotisme économique". Mais "plus qu’identitaire", rebondit Toni Demonte (CSC) "la vraie question, c’est : quel système socio-économique voulons-nous ?" .

Paroles, paroles, qui s’égrènent dans le contexte délétère que l’on sait Thierry Bodson (FGTB) commente ainsi des négociations fédérales "à reculons, qui n’arrivent à rien de concret, à aucune amélioration de bien-être". Avant la conclusion de Robert Collignon : "Si un Etat se meurt, il faudra changer d’Etat."