Baptêmes étudiants: lettre de Ségolène Royal à Elio Di Rupo

Jonas Legge Publié le - Mis à jour le

Belgique

Fin septembre, lors d'un week-end entre "bleus" à Marche-en-Famenne, une étudiante en section vétérinaire à l'ULg était tombée dans le coma après avoir été forcée d'ingurgiter une grosse quantité d'eau. Suite à cet incident, Ségolène Royal a écrit à Elio Di Rupo, le 8 octobre, lui précisant qu'elle avait été "bouleversée en apprenant le bizutage dont a été victime, à l'école vétérinaire de l'université de Liège, la jeune étudiante française que ces violences d'un autre âge ont plongée dans le coma, mettant sa vie en grand danger".

Dans ce courrier (voir ici), Mme Royal fait part de la situation qu'elle a vécue lorsqu'elle était ministre de l'Enseignement.

"Certaines réactions qu'ont suscitées ces faits inadmissibles au prétexte de "traditions" et du consentement de cette jeune fille aux sévices qu'elle a subis m'ont rappelé, mot pour mot, celles que j'ai affrontées en France lorsque, ministre de l'Enseignement scolaire, j'ai décidé de combattre plus énergiquement ces atteintes dégradantes à la dignité et à la sécurité des élèves et des étudiants.

Chez nous aussi, la loi du silence couvrait des violences dont seuls les "dérapages" étaient occasionnellement dénoncés, sans remettre en cause les rituels d'humiliation qui sont le propre du bizutage et de son chantage à l'intégration.

Chez nous aussi, diverses tentatives d'atténuation ou de prohibition avaient fait la preuve de leur inefficacité, laissant le champ libre aux bizuteurs, étouffant la voix des victimes et de leurs familles.

C'est ce constat qui m'a conduite à la conclusion qu'il fallait donner force de loi à l'interdiction du bizutage.

C'est forte de mon expérience de ministre et d'un combat toujours actuel contre les violences du bizutage que je me permets, Monsieur le Premier ministre, de vous recommander de donner à leur prohibition force de loi.

Bien sûr, il ne suffit pas - quoique ce soit nécessaire - d‘appeler les choses par leur nom, de mener d'actives campagnes de prévention et de dire le droit avec fermeté pour que disparaissent, du jour au lendemain, ces pratiques délictueuses. Il y faut une vigilance constante.

Mais la loi pénale donne des armes pour les combattre plus efficacement. Elle inverse le rapport de forces au profit des victimes dont la parole est désormais légitimée et des adversaires du bizutage qui ont le droit pour eux.

La loi indique, sans ambiguïté ni échappatoires, aux institutions et aux personnels éducatifs l'action qui doit être la leur dans l’exercice de leurs fonctions.

Voilà pourquoi je prends la liberté, Monsieur le Premier Ministre et cher ami, de vous recommander de donner à l'interdiction effective du bizutage toute la force d‘une loi."

L'ancienne candidate socialiste à la présidentielle a joint à la lettre "quelques documents qui témoignent de la similitude des situations face auxquelles, dans nos deux pays, les pouvoirs publics sont tenus d’agir et qui plaident pour que la loi apporte son renfort au devoir de protéger les élèves et les étudiants".

Après avoir énuméré la liste des documents (voir ici), l'actuelle présidente de la Région Poitou-Charentes ajoute : "Je ne doute pas que les faits qui se sont récemment produits à Liège vous révoltent autant que moi, c'est pourquoi je m'autorise à vous le dire sans détour : légiférez pour mettre le bizutage hors la loi !"



Découvrez la lettre de Ségolène Royal à Elio Di Rupo.


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