Belgique

Insondable dossier Belliraj, où les informations continuent d'osciller entre doutes et certitudes... L'une d'elles se précise en tout cas davantage. On avait appris qu'Abdelkader Belliraj, qui fait figure au Maroc de chef d'un réseau terroriste et est incarcéré pour cela depuis le 18 février à Salé (Rabat), avait permis de déjouer un attentat majeur dans un pays européen. Quand et lequel, c'était toutefois ignoré.

Si les autorités judiciaires et la Sûreté de l'Etat, dont Belliraj était l'informateur, avaient refusé de confirmer la chose, nous en avions cependant obtenu la confirmation par ailleurs ("La Libre" du 8/3). Or, on dispose désormais de davantage d'informations.

"La Libre" a en effet appris qu'il faut mettre l'affaire en relation avec des articles de la presse belge publiés trois semaines après les trois attentats qui avaient fait 56 morts et quelque 700 blessés à Londres le 7 juillet 2005 (sans que les deux dossiers soient liés, à notre connaissance).

Que disaient-ils ? Qu'un attentat de grande importance, programmé sur sol britannique pour une période antérieure à celle des attentats "réussis" à Londres, avait été déjoué grâce à des renseignements très précis des services belges - en fait, la Sûreté de l'Etat. "Une tragédie a été évitée", pouvait-on alors lire.

De fait. Les informations belges avaient donné lieu à des diverses perquisitions au Royaume-Uni, sait-on désormais, et notamment à Liverpool qui passait pour accueillir le noyau du réseau démantelé à cette occasion. Ces informations portaient sur une liste de noms de suspects.

Les perquisitions avaient permis de mettre la main sur du matériel, dont nous ignorons le détail, qui était rassemblé à Liverpool et qui pouvait permettre de tuer des dizaines de personnes. Des arrestations avaient bien sûr été opérées, même si cela avait été plus discret que d'ordinaire.

Où l'attentat devait-il être perpétré ? Liverpool ? Londres ? Ailleurs ? Nous l'ignorons aussi. L'affaire pouvant avoir des connexions avec d'autres, les Anglais étaient restés fort discrets sur le sujet, de même que les services belges par la suite. Mais il y eut bien commencement d'exécution car, en la matière, réunir du matériel et organiser un projet concret d'attentat, cela suffit bien entendu à constituer un délit.

L'affaire avait d'ailleurs revêtu suffisamment d'importance pour que, à l'occasion d'un sommet européen ultérieur, le gouvernement britannique remercie, avec la discrétion nécessaire, le Premier ministre belge, Guy Verhofstadt, nous indique-t-on encore dans le monde politique.

Agent double ?

Par ailleurs, il se pourrait, a-t-on pu lire sur le site de l'hebdomadaire marocain "Telquel", qu'Abdelkader Belliraj n'ait pas été l'informateur que de la Sûreté belge. Un cadre d'un service marocain s'interroge à ce sujet sans exclure qu'il ait été à la solde de la DGED ("Direction générale des études et de la documentation", les renseignements extérieurs), rapporte "Telquel" (n°314), qui souligne que le roi Mohamed VI, en félicitant les services de sécurité dernièrement, n'a omis qu'un seul d'entre eux. La DGED...

Enfin, on a appris, à la veille du week-end, que le Grand-Duché de Luxembourg serait prêt à envoyer une commission rogatoire internationale à Rabat. Il s'agit d'y recueillir les éléments marocains concernant le hold-up sans doute perpétré par un supposé complice de Belliraj, Abdellatif Bekhti, le 17 avril 2000 à Kehlen, contre le siège du transporteur de fonds Brink's Ziegler.