Belgique

Voici des mois qu’un débat agite les spécialistes de la sécurité routière à propos de l’intérêt de mettre au point un système élargi de vitesses variables sur autoroutes.

François Bellot, ministre MR de la Mobilité, se dit favorable à un tel dispositif. Il y voit un stimulant pour continuer à développer sa politique en faveur des systèmes de transport intelligents (ITS).

Mais son idée de rendre possible, dans des zones fluides et non-accidentogènes, l’installation de tronçons d’autoroute où la limitation de vitesse pourrait être portée à 130km/h est loin de faire consensus.

L’IBSR pour des variations... à la baisse

Une étude de l’Institut belge pour la sécurité routière (IBSR) a conclut que le recours à des vitesses variables, en fonction de la densité du trafic, de la météo ou d’incidents éventuels, pourrait s’avérer efficace.

Selon M. Bellot, “en modernisant notre signalisation routière par le recours à des panneaux dynamiques, il existe de réelles opportunités de réduire une partie de la congestion routière belge de 15 à 30% en heure de pointe tout en diminuant le nombre de morts de 5 à 6%”.

Ce que le ministre omet de dire c’est que l’IBSR a conclu que de tous les scénarios envisagés, c’est la...baisse progressive de la limitation, essentiellement aux heures de pointe, dans les zones congestionnées et/ou accidentogènes, qui produisait le plus d’effets positifs : diminution des temps de parcours jusqu’à 25%, baisse du nombre d’accidents de 3% et de tués de 6%, réduction des émissions de particules fines de 7% et hausse de la vitesse moyenne des véhicules de 44 à 57 km/h.

L’IBSR a étudié l’hypothèse de porter la vitesse maximale à 130 km/h mais a estimé qu’une telle augmentation n’aurait que très peu d’impacts positifs. En heure de pointe, le réseau belge étant totalement saturé, “il n’existe virtuellement aucun avantage à modifier à la hausse la limitation de vitesse”, dit l’étude. En heure creuse, le constat est presque le même.

L’étude montre certes une amélioration du temps de parcours pendant la nuit, mais au détriment de l’environnement (augmentation de 6% du CO et de 3% des particules fines).

“En termes de sécurité routière, le passage à 130 km/h entraînerait une hausse du nombre d’accidents (± 5 %) et de leur gravité”, indique l’IBSR.

Tous contre François Bellot sauf Touring

Bref, l’Institut ne va pas dans le même sens que M. Bellot, dont l’idée semble avoir déjà plus que du plomb dans l’aile.

Côté flamand, par la voix de son député Jef Van den Bergh, le CD&V s’y est opposé. “Une augmentation de la vitesse maximale augmente le risque d’accidents graves”, a commenté M. Van den Bergh. “De plus, il y a dans notre pays très peu de tronçons sans bretelle d’accès ou de sortie où pareil relèvement serait possible”.

Même son de cloche du côté du ministre flamand de la Mobilité Ben Weyts (N-VA). “Nous avons déjà en Flandre 400 morts sur les routes par an. Avoir encore plus de morts pour gagner quelques minutes est pour moi inacceptable”, a-t-il commenté. Selon lui, un relèvement de la limite de 10 km/h entraînerait 25 morts de plus par an. Dans l’opposition, le SP.A. a, lui aussi, exprimé son opposition au projet. “Le ministre Bellot prend des risques inconsidérés”, selon les socialistes flamands.

Côté wallon, c’est la même fin de non recevoir qui est opposée à M. Bellot: “augmenter la vitesse maximale sur autoroute de 120 à 130 km/h est une très mauvaise idée car cela pourrait accroître considérablement la gravité des accidents”, a réagi le ministre wallon de la Sécurité routière Maxime Prévot (CDH) ajoutant que si le fédéral est compétent pour fixer la vitesse maximale sur autoroute, ce sont les Régions qui sont aux manettes en ce qui concerne les limitations hors autoroute mais aussi...les variations en la matière sur autoroutes.

Le ministre se dit favorable au principe de faire varier la vitesse sur autoroute en fonction des circonstances. Mais équiper l’ensemble des 850 km d’autoroutes wallonne de panneaux à messages variable coûterait plus de 125 millions d’euros, a-t-il indiqué. Des études sont actuellement menées pour l’éventuelle implantation de tels équipements là où ce serait le plus utile, comme autour des grandes villes ou à l’approche de Bruxelles.

Bref, M. Bellot semble bien seul sur son île, même si Touring n’exclut pas une augmentation de la limitation de vitesse à 130 km/h sur les autoroutes en certains endroits ou à certaines heures, comme la nuit ou le dimanche. L’organisme flamand VAB ne voit par contre aucun argument rationnel pour justifier une telle hausse.