Belgique

Ce n’était certes pas le candidat favori, mais qu’il jette l’éponge peu de temps après la publication de l’appel d’offres du gouvernement belge reste une surprise : Boeing renonce à présenter son F/A-18 E/F Super Hornet dans la compétition pour le remplacement des chasseurs bombardiers F-16 de la Force aérienne.

L’annonce en a été faite par communiqué adressé à Gérard Gaudin, de l’agence Belga, avant même que le Premier ministre, le ministère de la Défense et le commandant de la Composante Air, le général Fred Vansina, en soient informés. "Nous regrettons qu’après avoir examiné la demande, nous ne voyons pas l’opportunité de concourir avec des règles du jeu véritablement équitables avec le Super Hornet F/A-18", dit en substance le communiqué, qui laisse entendre que la compétition n’est pas "pleine et ouverte".

De quoi choquer quelque peu les responsables belges, qui ont fait en sorte que la compétition soit la plus ouverte possible. L’appel d’offres (RfGP, request for Government Proposal) met même une sourdine sur des capacités nucléaires qui auraient totalement faussé le jeu. Suggérer que les dés sont pipés ressort d’une certaine mauvaise foi.

A moins qu’ils ne le soient du côté américain. En effet, les représentants des Etats-Unis en Belgique n’ont jamais semblé très heureux d’avoir deux concurrents dans la compétition : Boeing et son F-18, Lockheed Martin et le F-35. Semblant le moins soutenu officiellement, Boeing est apparu comme le moins enthousiaste des candidats.

Boeing absent de Florennes en 2016

Son absence des Belgian Air Force Days, fin juin 2016, avait commencé à susciter des doutes, les grands meetings aériens étant considérés comme les vitrines des avionneurs, des petits salons aéronautiques militaires où il faut se montrer et être vu (voire entendu quand il s’agit d’avion de combat).

Dans l’appel d’offres lui-même, il semble que Boeing ait buté sur un point particulier : la demande de partenariat dans le cadre de l’Otan et de l’Union européenne. Or, le F-18, avion naval à la base, est peu répandu dans les pays européens. Il vole en Suisse et en Finlande, qui sont hors Otan. A la fois membre de l’UE et de l’Otan, l’Espagne est équipée de F-18 Hornet d’ancienne génération. La condition de la coopération dans le cadre de l’Alliance atlantique et de l’Union européenne était donc difficile à remplir par Boeing.

Le retrait du constructeur américain peut paraître étrange malgré tout, dans la mesure où l’administration Trump a, en quelque sorte, relancé le Super Hornet. Face aux coûts jugés "hors de contrôle" de l’avion de Lockheed Martin, le président américain a évoqué la possibilité de remplacer une partie de la commande de F-35C, version navalisée, par des F/A-18 E/F. Dans la foulée, Boeing a proposé une version block 3 de son Super Hornet, avec une avionique dernier cri, des capacités de détection étendues, un plus grand rayon d’action, etc. Super Hornet par ailleurs acheté récemment par le Canada et le Koweit.

L’avionneur américain était donc absent, mercredi matin, à la conférence des soumissionnaires organisée par la Défense et présidée par le colonel Harry Van Pee, qui dirige le bureau de programme de l’état-major. La réunion des agences gouvernementales représentant les constructeurs a permis de clarifier certains points de l’appel d’offres.

Restent donc en lice pour le remplacement des F-16, le F-35 Lightning II de Lockheed Martin, le Rafale F3R de Dassault, le Saab JAS-39 E Gripen et l’Eurofighter Typhoon. Les agences gouvernementales les représentant doivent remettre leur offre pour le 7 septembre et des propositions chiffrées affinées pour le 14 février. Le gouvernement belge a ensuite trois mois pour entrer en négociation avec une agence étatique pour un type d’avion, successeur du F-16.