Belgique

Alors, révolution au MR ou simples ajustements? Pro et anti-Reynders avaient chacun leur lecture de l’accord soumis, lundi soir, aux membres du Conseil de fédération, destiné à mettre un terme au conflit qui mine le parti depuis quelque temps. Que contient cet accord ?

Première idée : il n’y aura plus de cumul au MR directement après les prochaines élections législatives, prévues en 2011. A ce moment-là, quoi qu’il arrive - autrement dit, même en cas de victoire électorale du MR -, il y aura une élection interne au MR. Le mandat de Didier Reynders sera donc amputé de plus d’un an (il est normalement en poste jusqu’en octobre 2012).

Deuxième idée : les compétences sont désormais partagées entre le président du MR et le nouveau vice-président. Le texte dit : "Le vice-président, issu de la composante libérale, disposera de compétences politiques et exécutives propres. Il présidera le Conseil du Mouvement réformateur lorsque les domaines relevant de sa compétence seront abordés. Le calendrier et l’agenda des conseils seront fixés de commun accord entre le président et le vice-président. En cas d’absence du président, le vice-président présidera également le bureau. Le vice-président coordonnera, en accord avec les composantes, la politique du MR dans les Régions et les Communautés, dans les Provinces et les communes. Il préparera avec le président du MR le Printemps des réformes et sera chargé de la communication externe dans les domaines qui relèvent de sa compétence. Il gérera la communication interne en collaboration avec le président."

Le vice-président sera chargé de la préparation des élections communales et provinciales de 2012 en ce compris les contacts avec les autres formations politiques. Il devra également animer les activités des sections et des fédérations du Mouvement réformateur.

Le vice-président sera aussi chargé de l’organisation interne du parti, en étroite collaboration avec le président du MR. Conjointement, il disposera de l’autorité sur le personnel du MR. Le vice-président bénéficiera également d’un budget propre dans le cadre de son action et disposera, si nécessaire, de moyens supplémentaires pour son action.

Les désignations dans les organismes publics feront également l’objet de propositions établies en commun avec le président.

Les choix des têtes de listes pour les prochaines élections seront réglés dans les Provinces et les communes en Wallonie et à Bruxelles. Ils seront ensuite soumis à la concertation entre le président et le vice-président avant d’être soumis au Bureau.

Selon les membres du groupe "Renaissance", il s’agit en fait d’une co-présidence plus que d’une vice-présidence puisque le président n’aura quasiment plus aucun pouvoir seul. En Régions et en Communautés, le président n’aurait de fait plus rien à dire.

Un engouement que tempèrent fortement les légalistes proches de Didier Reynders. Qui tiennent évidemment un tout autre discours. Pour eux, l’essentiel est que Didier Reynders conserve la compétence pleine et entière de président du MR. Le cumul demeure donc en l’état et Didier Reynders n’est, en aucune manière, affaibli dans son action au niveau fédéral puisqu’il conserve l’ensemble de ses prérogatives dans les dossiers fédéraux. De plus, si une négociation institutionnelle doit s’ouvrir dans les prochains mois, c’est bien Didier Reynders, et lui seul, qui participera à la négociation ou lui qui consentira à se faire remplacer ou accompagner par son vice-président. Olivier Maingain, le président du FDF, limitait aussi l’impact de ces changements : pour lui, il s’agit seulement de quelques ajustements. Il s’agit seulement, dit-il de faire fonctionner "encore mieux" le MR.

Restait évidemment à désigner le vice-président. Une tâche qui revenait au groupe "Renaissance". Là, deux tendances sont apparues. Les premiers estimaient qu’il appartenait à Charles Michel d’accepter cette charge. Notamment parce que ce vice-président héritera de compétences importantes et parce que Charles Michel appartient à cette génération de jeunes hommes politiques, de la trempe d’un Jean-Michel Javaux (Ecolo) ou d’un Benoît Lutgen qui, selon toute vraisemblance, devrait bientôt prendre la succession de Joëlle Milquet. L’autre possibilité était de confier cette présidence à Willy Borsus, chef du groupe MR au Parlement wallon, celui qui a piloté le groupe "Renaisssance" depuis sa création, il y a une semaine.

C’est finalement Willy Borsus qui a été choisi pour relever ce défi que d’aucuns annoncent déjà très délicat. Car la révolte laissera des traces.

Vers 22 heures, après une ultime crispation quant au rang du nouveau vice-président, le Conseil de fédération du MR a avalisé l’accord. Fin (provisoire) des hostilités.