Belgique

Autant dire qu’ils s’en sont mordu les doigts toute la journée de lundi. Et le ministre de la Recherche scientifique en tête. Interrogé vendredi dernier - en marge d’un discours tenu à Charleroi sur le thème du développement économique de la ville, notamment par son bourgmestre Paul Magnette (PS) ainsi que par le ministre wallon de l’Economie Jean-Claude Marcourt (PS) - Jean-Marc Nollet (Ecolo) avait confirmé à la presse l’information selon laquelle un mandat visant à déménager le siège du Fonds de la recherche scientifique (FNRS) de Bruxelles à Charleroi lui avait été donné par le gouvernement de la Communauté française.

"La ville de Charleroi a l’avantage de ne pas être marquée par une université puisqu’elle n’en compte pas sur son territoire", avait ainsi déclaré le ministre carolo, que l’on sait par ailleurs favorable à la mise en place d’une université "mi-physique, mi-virtuelle" au cœur de sa région. Il avait d’ailleurs précisé alors que "le siège de l’institution serait situé dans le quartier de la Ville Haute, où seraient également localisés les futurs projets de la Cité des métiers et de l’Université ouverte".

Dans la foulée, il avait laissé sous-entendre que le déménagement du siège du FNRS émanait de la volonté de plusieurs responsables politiques carolos, dont le bourgmestre socialiste Paul Magnette, de miser sur l’enseignement pour relancer Charleroi. Et de préciser enfin que ce dossier de transfert n’était toutefois pas entièrement bouclé, son montage financier devant encore être trouvé.

Communication maladroite dans son chef ou mauvais procès à son encontre une chose est sûre, le ministre Ecolo aurait visiblement mieux fait de s’abstenir.

L’arbre qui cache la forêt

En témoignent les propos du recteur de l’Université de Liège (ULg), Bernard Rentier, par ailleurs vice-président du Conseil d’administration du FNRS, postés sur son blog personnel quelques heures après l’annonce ministérielle :

"Le FNRS à Charleroi ? Non consulté, le FNRS reste stupéfait. C’est une personne morale, une fondation de droit privé. Seul son CA prend les décisions qui le concernent, un point, c’est tout. C’est un peu comme si votre bourgmestre décrétait que vos meubles de jardin feraient meilleur effet dans le parc de l’Hôtel de Ville que chez vous, et les faisait emporter sans rien vous demander. On croit rêver". Bing ! Volée de bois vert pour le ministre écologiste.

En réalité, il semblerait qu’il y ait eu un malentendu entre la majorité gouvernementale (PS-CDH-Ecolo) - M. Nollet en première ligne donc - et les hautes sphères de la recherche scientifique.

Didier Viviers, le recteur de l’Université libre de Bruxelles (ULB), par ailleurs président du CA du FNRS, est on ne peut plus clair : "Fin mars, le pouvoir politique a approché l’administration du FNRS pour demander d’étudier la faisabilité ou non d’envisager la mise en place d’une antenne en Wallonie. J’en ai immédiatement informé le Bureau du FNRS, qui a rendu un avis tranché : il s’est déclaré totalement opposé au transfert du siège. Quant au CA, il n’a jamais été consulté et ne s’est donc jamais prononcé sur la question. Dans tous les cas, un déplacement du siège ne se fera que si le CA estime que cela a un intérêt certain pour le FNRS". Et le ministre Nollet de se défendre en réaffirmant "qu’il n’a jamais été question que le gouvernement outrepasse ses pouvoirs, qu’il ne s’agissait là que d’une piste de faisabilité à étudier."

Une prise de bec avec le monde académique qui semblait finalement arranger l’ensemble des partenaires de l’Olivier francophone ce lundi, tant la difficulté à trouver une position commune au sein de chaque parti était perceptible. Si ce n’est pour s’interroger plus ou moins prudemment sur la "valeur ajoutée" et les motivations "carolos" d’un tel déménagement.