Bruxelles, ce joli nid d’espions

Ch. Ly. Publié le - Mis à jour le

Belgique

Bruxelles, ville de diplomates, est aussi une ville d’espions. On le savait, mais à lire le livre que vient de consacrer Kristof Clerix aux services secrets étrangers en Belgique, on mesure mieux le nombre d’affaires qui se sont déroulées, parfois en toute impunité, dans les rues, appartements et restos de la capitale belge.

Kristof Clerix est un journaliste d’investigation de la nouvelle génération, né en 1978, travaillant pour le magazine flamand sur la mondialisation MO (*).

Mais il a recours aux principes classiques et inusables du journalisme pour récolter et vérifier les faits : un grand nombre d’interviews, un éventail de sources le plus large possible, le souci du détail, la précision.

Son livre "Les services secrets étrangers en Belgique. En toute impunité ?" vient de paraître en français aux Editions Racine. La petite histoire retiendra que l’une des traductrices (en plus de Nathalie Buisseret) n’est autre qu’Emilie Haquin, la fille de René Haquin, qui fut l’une des figures marquantes du journalisme d’investigation de la Belgique francophone.

Dans son ouvrage, Clerix évoque toutes les histoires d’espionnage qui ont frappé la Belgique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pendant des années, l’Otan monopolisa l’attention. Il ne se passait pas une année sans qu’un conseiller commercial de l’ambassade russe, un sous-directeur d’Aeroflot, un journaliste des "Isvestia" ou un fonctionnaire de l’Otan soit accusé d’avoir tenté de percer les secrets de l’Alliance atlantique. Les journaux de l’époque raffolaient de ces histoires. Qui se souvient encore des trois "Mata Hari" de l’Otan - Ingrid Garbe, Ursel Lorenzen et la Belge Imelda Verrept - qui défrayèrent la chronique entre1978 et1980 ?

Boîtes noires au Juste Lipse

Plus récent est l’intérêt que portent les services de renseignement pour l’Union européenne.

Notre confrère flamand ne rate pas la découverte, en février2003, dans le bâtiment Juste Lipse, de cinq boîtes noires permettant d’écouter depuis des années les conversations téléphoniques de six pays, et non des moindres, puisqu’il s’agissait de la France, de l’Italie, de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne, de l’Espagne et de l’Autriche. L’affaire, révélée au grand jour par un entrefilet du "Figaro", n’a pas encore été éclaircie par la Justice.

Kristof Clerix balaie large, inclut dans son livre des thèmes médiatisés comme le système d’écoutes anglo-saxon Echelon, les vols de la CIA, les services de renseignement privés ou les réseaux islamistes. Il ramène aussi à la surface des sujets moins connus. L’un des plus intéressants est l’espionnage économique, dont le patron de la Sûreté, Alain Winants, ne cesse de rappeler l’acuité aux autorités belges.

L’un des chapitres les plus intéressants a trait aux vols à répétition d’ordinateurs qui ont eu lieu, ces dernières années, dans des entreprises à haute technologie de Liège, dans le parc scientifique du Sart-Tilman. Tous les vols ne semblent pas liés à de l’espionnage industriel, mais certaines firmes firent l’objet de piratages informatiques venus apparemment des Etats-Unis, comme le centre spatial de Liège (CSL) après un important contrat signé avec l’Inde.

Bref, le livre éveille la curiosité et se lit comme un roman, avec beaucoup de plaisir.

Ch. Ly.

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