Belgique

Les images, filmées par un téléphone et postées sur le site de partage de vidéos YouTube, avaient choqué. Elles avaient été reprises sur la plupart des sites d’information belges.

On était en août 2012. La vidéo montrait un homme au sol malmené par des policiers. Les inscriptions "Police Politie" dans leurs dos ne laissaient aucun doute : on était en Belgique. Plus précisément près du parc du Cinquantenaire à Etterbeek. Les policiers appartenaient à la zone de police locale.

La victime, dont on apprendra plus tard qu’il était ivre et venait de frapper sa femme, n’avait pas porté plainte. L’enquête avait été ouverte d’initiative par le parquet de Bruxelles lorsqu’il avait appris l’existence de cette vidéo.

L’auteur de la vidéo, qui avait monté une partie des images, avait pu être identifié. C’était un riverain qui, ayant entendu du bruit dans la rue, avait filmé depuis sa fenêtre grande ouverte. Il avait dit l’avoir diffusée sur le Net car il avait été choqué par l’intervention policière.

Sur la base des images, trois policiers ont été poursuivis en correctionnelle. Leurs défenses ont voulu écarter les images accablantes. Mercredi, le tribunal correctionnel n’a pas suivi leur raisonnement. Il a estimé que tout citoyen a le droit de filmer une scène dans la rue, que ce soit un accident, une fête ou une intervention policière.

Peu importe, a-t-il dit, les opinions politiques du vidéaste qui, dans le cas présent, ignorait ce qui allait se passer quand il a lancé l’enregistrement.

Aucun parallèle avec Gaia, qui a filmé des brutalités animales à l’abattoir de Ciney, ne peut être fait, a dit le juge. Les images avaient été écartées. On n’est pas ici en face d’une caméra cachée et l’homme qui a filmé n’a pas cherché - à l’inverse de Gaia - à s’immiscer dans l’enquête. La preuve en est qu’il n’a pas dénoncé les faits.

Des images plus fiables qu’un témoignage

Pour le juge, la preuve est régulière. Elle est même plus fiable qu’un éventuel témoignage qu’aurait pu faire ce vidéaste amateur, a relevé le juge.

Le juge a détaillé les faits repris sur la vidéo. La victime est assise, menottée dans le dos. L’homme profère des grossièretés. Un des trois inspecteurs fond sur lui alors qu’il ne se rebelle pas. Un deuxième lui porte froidement un coup de pied et repart tranquillement. Pour le juge, il s’agit là d’une "violence soudaine et démesurée".

L’homme se laisse alors conduire vers le véhicule de police. Le troisième policier lui porte une "légère tape". L’homme lui lance un "lâche-moi, putain !" Le policier le tire alors avant de le projeter sur le montant de la portière.

Pour le juge, ces coups ne sont nullement nécessaires, ni justifiés. Il s’agit de violence "injuste, gratuite ou excessive", mais on ne peut les qualifier de traitement inhumain et dégradant.

Les policiers ne reconnaissaient pas les faits. Ils ne pouvaient donc bénéficier d’une suspension du prononcé. Ils ont été condamnés à trois mois avec sursis. Ce qui pèsera sur leur carrière.