Belgique

Un peu de tourisme dans la capitale pour terminer les vacances de Noël en beauté, cela vous dit ? Alors, embarquez dans le bus affrété par le Réseau pour la justice fiscale (RJF) et partez à la découverte des espèces fiscales protégées de la capitale de l’Europe. Le RJF, et son pendant flamand FAN, regroupent diverses organisations syndicales, associations et ONG (Attac, Oxfam,…), soucieuses de dénoncer l’évasion fiscale et de réclamer une profonde réforme fiscale qui rééquilibre la taxation des revenus entre travail et capital. D’où l’organisation, ce vendredi matin, d’un petit safari dans les beaux quartiers bruxellois, pour montrer du doigt ceux qui pratiquent ou favorisent l’évasion fiscale.

Première étape pour la quarantaine de touristes-chasseurs-manifestants : le cabinet d’avocats Thierry Afschrift, avenue Louise. Pourquoi lui, plutôt qu’un autre fiscaliste ? "Car il défend de nombreux fraudeurs, scande Daniel Puissant (RJF). Car il promeut une vision ultralibérale anti-impôt. Car il dénonce toutes les tentatives de l’OCDE et de l’Union européenne d’instaurer davantage de transparence sur les revenus financiers. Mais l’impôt est nécessaire. Nous n’avons plus les moyens d’entretenir nos riches !"

"Ghetto de riches"

A quelques centaines de mètres de là, les habitants du Square du bois, alias le Square des milliardaires, ont dû se sentir visés. C’est là, devant ce "ghetto de riches" barricadés dans de cossues demeures classiques, à l’abri d’un grand portail doté de caméras de surveillance, que le bus de la transparence fiscale effectue son second arrêt. "On estime que 10 % des ménages belges détiennent près de 50 % du patrimoine, reprend Daniel Puissant. Mais on n’a pas de cadastre des fortunes dans ce pays. Les revenus issus de ces richesses ne sont pas taxés. L’impôt devrait redistribuer davantage. L’austérité n’est pas une fatalité." Claude Rolin, secrétaire général de la CSC, appuie : "Est-il normal qu’un euro gagné à la sueur de son front soit taxé alors qu’un million gagné en un clic en spéculant sur les marchés financiers ne l’est pas ? Non !"

Christine Mahy, secrétaire générale du réseau wallon de lutte contre la pauvreté, dénonce : "Les plus modestes doivent montrer tout ce dont ils disposent, leurs allocations sociales sont surconditionnées. Mais ils ne sont pas responsables de leur pauvreté. La pauvreté est une construction qui s’organise par le délitement des droits fondamentaux. Si certains font fortune, c’est sur le dos des autres. Il y a un lien étroit entre richesse et pauvreté. Il faut atteindre les responsables du système."

C’est pour cette raison que la RJF réclame que chaque contribuable soit tenu de déclarer tous ses revenus mobiliers, au-delà d’une tranche exonérée, y compris les plus-values sur placements financiers. Et que les banques et assurances soient tenues de communiquer au fisc les données de leurs clients. Cette transparence sur les revenus financiers existe aux Pays-Bas. Pourquoi pas en Belgique ?, demande-t-il.

Filiales dans les paradis fiscaux

Retour dans le bus. Anne Demelenne, secrétaire générale de la FGTB, n’en finit pas de pester contre ces responsables politiques qui ont promis de moraliser le secteur financier mais n’ont rien fait pour empêcher l’évasion fiscale : "Les banques en Belgique ont 1 639 filiales dans des paradis fiscaux. La Deutsche Bank à elle seule en compte 974. BNP-Paribas, 280. KBC, 100. Belfius, 16."

Troisième étape du safari, la banque HSBC, boulevard du Souverain. La banque mondiale la plus rentable, dont la responsabilité dans le blanchiment d’argent a été établie, affirme le RJF. En Belgique, HSBC est sous le coup d’une enquête judiciaire pour présomption de fraude fiscale organisée, blanchiment, organisation criminelle et exercice illégal de l’activité d’intermédiaire.

Tax freedom day

Quatrième et dernier arrêt à Woluwe, chez Price WaterhouseCoopers (PWC), l’un des "big four" de la consultance au niveau mondial, qui organisent l’évasion fiscale à large échelle, dénonce le RJF. Mais PWC est aussi à l’origine de la campagne "Tax freedom day", qui signale, dans chaque pays, la date à partir de laquelle le citoyen lambda arrête de travailler pour payer les impôts et commencer à gagner sa vie. L’an dernier, en Belgique, il s’agissait du 14 juin. Mais pour le RJF, cette campagne n’a pas de sens. "Travailler pour les impôts, c’est travailler pour soi", rectifie Daniel Puissant, faisant allusion aux services publics rendus possibles grâce aux contributions.

Pour le RJF, le 3 janvier est une date bien plus symbolique. C’est la date à laquelle les "protégés fiscaux" ont terminé de payer leurs maigres impôts sur les revenus du capital. Une date très précoce. Trop précoce.