Cameron déroule le tapis rouge pour la N-VA

Martin Buxant Publié le - Mis à jour le

Exclusif
Belgique Envoyé spécial à Londres

God save the Queen. Le président de la N-VA Bart De Wever a été reçu personnellement jeudi soir par le Premier ministre britannique David Cameron à sa résidence au 10th Downing Street à Londres. Le conservateur britannique s’est entretenu durant une quarantaine de minutes de la situation politique en Belgique avec le patron des nationalistes flamands. David Cameron, en sa qualité de leader des "Tories", le parti conservateur anglais, a également voulu marquer son appui à la N-VA - une formation politique qu’il considère comme proche des thèses de son parti sur de nombreux points.

Outre une réunion de travail avec le "Prime minister", c’est un véritable tapis rouge que les conservateurs britanniques ont déroulé pour les nationalistes flamands jeudi. Une réception a ainsi été organisée, toujours à Downing Street, afin d’introduire deux des cadres du parti, Jan Jambon et Liesbeth Homans, auprès des responsables du parti conservateur anglais. Deux représentants du gouvernement britannique étaient présents lors de cette réception. A côté de David Cameron, le secrétaire d’Etat David Lidington avait fait le déplacement. Dans la foulée, le "team " de la N-VA - auquel s’est joint le porte-parole du parti Jeroen Overmeer - a été invité au restaurant par les cadres du parti conservateur. Bref, il ne manquait que Sa Majesté Elisabeth II à ces réjouissances anglo-flamandes...

L’invitation lancée à la N-VA est exceptionnelle puisqu’il est rare que des personnalités politiques soient conviées aussi officiellement alors qu’elles ne sont pas membres d’un gouvernement. L’initiative vient du patron des députés conservateurs britanniques au Parlement européen, Martin Callanan, un proche de David Cameron. Les conservateurs ont soigneusement étudié les thèmes défendus par la N-VA, notamment en matière socio économique. Sur l’immigration, sur la lutte contre le trafic de drogue, sur l’écologie, mais aussi, et surtout, en matière socio-économique, N-VA et Tories sont sur la même longueur d’ondes. En outre, souligne Bart De Wever, "ce sont des gens qui ont dépoussiéré l’image des conservateurs. Comme nous, ils sont en faveur de droits pour les homosexuels par exemple. Nous avançons réellement dans la même direction. Par-dessus tout, nous sommes tous les deux pour l'orthodoxie budgétaire, la maîtrise des dépenses publiques".

David Cameron, qui a reçu Bart De Wever dans le "Cabinet Room", la salle où se réunit le gouvernement, a avant tout voulu que le président de la N-VA lui dresse un état des lieux de la situation politique en Belgique. "Je suis jaloux de votre situation : en neuf jours, vous avez pu ficeler un accord de majorité solide", a ainsi lâché Bart De Wever devant le successeur de Gordon Brown. "Chez nous, c’est extrêmement compliqué. C'est un peu comme si après votre alliance avec les lib-dems, on vous avait demandé de négocier la formation d’un gouvernement avec le Labour. Et encore, avec le vieux Labour, le très vieux Labour..." David Cameron a évidemment concédé que cela relèverait de la mission impossible... Le conservateur a annoncé ensuite publiquement - après avoir introduit ses "special guests Bart, Liesbeth and Jan from the N-VA" dans une réception - vouloir faire du parti nationaliste flamand " un allié sur la scène européenne". "Nous allons voir dans le futur comment nous allons pouvoir collaborer ensemble", a ajouté David Cameron qui connaissait par cœur le CV de Bart De Wever. Ainsi lors de leur rencontre le Premier ministre britannique a-t-il mentionné les "chroniques" que le président de la N-VA publie régulièrement dans la presse flamande sur des faits de société.

Voilà donc un coup de tonnerre dans le ciel belgo-britannique. Alors que la Belgique est empêtrée dans une crise institutionnelle depuis les élections du 13 juin dernier et que le gouvernement est en affaires courantes, c’est un nationaliste flamand, dépeint côté francophone comme le principal responsable de l’impasse communautaire, qui est chargé d’exposer la situation de la Belgique au Premier ministre d’une grande puissance mondiale... Il est singulier, en outre, que les conservateurs soient passés outre au fait que la N-VA est un parti ouvertement séparatiste qui, dans le passé, a déjà marqué son soutien aux nationalistes écossais... "Il est clair", se réjouit Bart De Wever, "que le fait que nous soyons reçus ici à Downing Street, revêt une symbolique énorme pour nous alors qu’on essaye parfois de nous décrire comme des gens bizarres, malfaisants, voire bien pire. Je pense que ceux qui doutaient encore de la crédibilité de la N-VA comme interlocuteur valable et raisonnable peuvent revoir leur copie".

L’opération "London" de la N-VA, montée notamment avec le concours de l’ambassadeur britannique à Bruxelles, a été tenue confidentielle jusqu’à jeudi : la plupart des cadres nationalistes n’étaient pas au courant de ce déplacement en Grande-Bretagne de leur président de parti. Les ministres Geert Bourgeois et Filip Muyters n’ont, eux, pas pris part au déplacement afin de ne pas éveiller les soupçons de leurs collègues au gouvernement flamand. Car il est certain que la dose de crédibilité internationale que vient d’injecter David Cameron à la N-VA ne doit pas plaire à tout le monde.

Jeudi après-midi. Bart De Wever quitte Westminster. Il est sur le pont qui franchit la Tamise. Deux gamins en voyage scolaire le coursent et le rattrappent.

- "Hé, vous êtes Monsieur De Wever!", s’emballe le premier. Tous deux veulent lui serrer la main. Et ils sont francophones.

- "Ne vous en faites pas", leur répond De Wever. "Je reviens en Belgique ce vendredi..."

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