Belgique

La grande majorité des jihadistes belges en Syrie sont originaires de Flandre, seuls deux sur 385 viennent de Wallonie, estime le blogueur Pieter Van Ostaeyen, dans un décompte qu’il vient de faire sur le nombre de Belges partis se battre dans les rangs des groupes islamistes.

En scannant constamment les comptes Facebook et Twitter de ces jihadistes, ce Malinois connaissant l’arabe est devenu l’une des références en Belgique sur ce phénomène, même si ses chiffres sont en partie contestés par la Task-Force Syrie.

Pour Van Ostaeyen, "le nombre total de combattants belges étant ou ayant été en Syrie ou en Irak est stable à 385". Il estime aussi à 32 le nombre de Belges qui ont été tués. Un seul Belge, originaire de Mazée (Viroinval), se vante selon lui de se battre dans les rangs de l’armée gouvernementale syrienne.

Le fait le plus marquant selon lui est que "la plupart des combattants belges connus viennent de Flandre et spécialement de l’axe Anvers-Malines-Vilvorde-Bruxelles", probablement encouragés par un phénomène d’autoémulation sur Internet et attirés par le groupe Shariah4Belgium. Cependant, plusieurs recrues de la région bruxelloise et de Vilvorde sont francophones, selon les interviews faites par "La Libre". L’âge moyen serait de 24,5 ans.

La Task-Force Syrie, qui coordonne au ministère de l’Intérieur les informations en provenance de la police judiciaire, de la Sûreté de l’Etat et des polices locales, a une estimation un peu plus basse de 300 à 350. "Nous estimons toujours le nombre de returnees à 70 environ, de morts à une trentaine et à 200-250 le nombre de Belges sur place", explique l’un des responsables de cette Task-Force, qui souhaite garder l’anonymat. "Mais il y a eu aussi ceux qui ont essayé de se rendre, ceux qui ont été empêchés de partir. Nous avons eu quelques succès."

Très visibles sur le Net

Quoi qu’il en soit, les jihadistes belges ont une visibilité alarmante en Syrie et, pour quelques-uns, en Irak. Les journalistes de "Libération" détenus à Alep, en même temps que l’Américain James Foley, l’ont été en 2013 par des geôliers belges, sous la direction d’un Néerlandais d’origine marocaine, nommé responsable de la sécurité à Alep. Accusé d’espionnage, ce dernier pourrait avoir été exécuté par ses comparses de l’Etat islamique (EI), un jour après la diffusion de la vidéo de James Foley, selon "Het Laatste Nieuws" de jeudi.

C’est aussi un Belge, originaire de Genk, qui a pris une vidéo d’un Japonais fantasque, Haruna Yukawa, capturé à Alep par l’EI au début du mois d’août. Enfin, c’est bien un jeune gamin de six ans, écolier à Saint-Josse, qui apparaît dans une vidéo tournée à Raqqa, la "capitale" de l’EI, endoctriné au jihad par "Abdullah al-Belgian", qui s’est révélé être son beau-père de nationalité française.

Les autorités belges ont été les premières à agir au niveau européen et à cerner ce phénomène des jihadistes. La France, puis le Royaume-Uni et les Etats-Unis, avec le meurtre de James Foley, en ont pris conscience bien plus tard. Certains pays continuent à faire la sourde oreille tant et si bien que leurs chiffres peuvent être sous-estimés. Dans plusieurs pays, la cote d’alerte a été dépassée. C’est notamment le cas de la fragile Tunisie, dont 3 000 de ses ressortissants se battent en Syrie et en Irak. D’autres pays ont adopté la méthode forte pour dissuader les départs vers la Syrie et l’Irak. L’Albanie a ainsi adopté une loi qui condamne à 15 ans de prison toute personne qui se rend dans cette zone de guerre.

Du pain sur la planche

La coalition en phase de négociation au plan belge a l’intention de resserrer les boulons sur ce dossier et a entrepris de consulter. La Task-Force Syrie estime que l’un des acquis des années Milquet est la collaboration des polices locales, désormais beaucoup plus attentives à la radicalisation des jeunes musulmans. Mais il y a encore du pain sur la planche. "Il faut renforcer la Sûreté, les unités de terrain de la police judiciaire fédérale, impliquer encore la police locale, travailler sur la déradicalisation et le contre-discours sur Internet", explique le responsable. "Enfin, il faut faire de la prévention en impliquant davantage les communautés."